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Spinoza in China | novembre 2011 | 2015

 
 
 
couverture_Spinoza in China_pour impression
 
 
 
Spinoza in China, novembre 2011 | 2015 a paru aux éditions Dernier télégramme en novembre 2015. Vous pouvez commander le livre par ici. Ou dans votre librairie indépendante préférée.

Ci-dessous, l’ensemble des textes et images qui composent le livre :
 
 
 
Par ailleurs,
Spinoza in China | 0 novembre 2011
Spinoza in China | 1er novembre 2011
Spinoza in China | 2 novembre 2011
Spinoza in China | 3 novembre 2011
Spinoza in China | 4 novembre 2011
Spinoza in China | 5 novembre 2011
Spinoza in China | 6 novembre 2011
Spinoza in China | 7 novembre 2011
Spinoza in China | 8 novembre 2011
Spinoza in China | 9 novembre 2011
Spinoza in China | 10 novembre 2011
Spinoza in China | 11 novembre 2011 | 26 décembre 2014
Spinoza in China | 12 novembre 2011 | 27 décembre 2014
Spinoza in China | 13 novembre 2011
Spinoza in China | 14 novembre 2011 | 29 & 30 décembre 2014 | 1 & 2 & 5 janvier 2015
Spinoza in China | 15 novembre 2011 | 7 janvier 2015
Spinoza in China | 16 novembre 2011 | 8 & 9 & 10 janvier 2015
Spinoza in China | 17 novembre 2011 | 11 janvier 2015
Spinoza in China | 18 novembre 2011 | 12 janvier 2015
Spinoza in China | 19 novembre 2011 | 29 janvier 2015 | 10 juin 2015
Spinoza in China 20 novembre 2011 | 20 février 2015 | 11 juin 2015
Spinoza in China 21 novembre 2011 | 29 février 2015 | 29 avril 2015 | 29 mai 2015 | 23 juin 2015
Spinoza in China 22 novembre 2011 | 15 juin 2015 | 18 juin 2015
Spinoza in China 23 novembre 2011 | 24 juin 2015
Spinoza in China 24 novembre 2011 | 29 juin 2015 | 3 & 4 & 5 juillet 2015
Spinoza in China 25 novembre 2011 | 5 & 6 juillet 2015
Spinoza in China 26 novembre 2011 | 10 juillet 2015
Spinoza in China 27 novembre 2011 | 28 juillet 2015
Spinoza in China 28 novembre 2011 | fin juillet 2015
Spinoza in China 29 novembre 2011 | fin juillet 2015
Spinoza in China 30 novembre 2011 | fin juillet 2015
Précisions
 
 
 
Et aussi :
 
 
 
Ernesto 1968 – 1972
Ernesto 1972 – 1978
Ernesto 1978 – 1988
Ernesto 16 novembre 1989
Ernesto 1989 – 2001
Ernesto 11 septembre 2001
Ernesto 2001– 2011

Ernesto 8 avril 2012
Ernesto April 8, 2012

Ernesto 9 janvier 2013
Ernesto January 9, 2013
Ernesto 22 mars 2013
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

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Précisions

 
 
 
La traduction de l’Éthique de Spinoza, offerte à Ernesto par son cousin Ki, a d’abord été publiée aux éditions de l’éclat – http://www.lyber-eclat.net. Elle est aujourd’hui disponible en Livre de Poche. Elle est de Robert Misrahi.
 
 
 
Les trois mots alors, quelle arme ? composant pour partie le titre de l’un des albums de bande dessinée relatifs à l’embarquement d’Ernesto à Charles de Gaulle Airport, sont les trois derniers mots que Le client adresse au Dealer Dans la solitude des champs de coton, de Bernard-Marie Koltès.
 
 
 
On est cons, mais quand même pas au point de voyager pour le plaisir est une phrase de Beckett que cite Gilles Deleuze dans l’Abécédaire qu’il a réalisé avec Claire Parnet et Pierre-André Boutang. Qu’est-ce qu’on fait quand on voyage ? On vérifie toujours quelque chose. Il dit ça, aussi, Deleuze, évoquant alors un texte de Proust, où le vrai rêveur est celui qui va vérifier que ce qu’il a vu dans son rêve est bien .
 
 
 
[…] il est pris du désir de partir pour ce pays, il descend de chez lui, se fait rouvrir la porte, prend une voiture. Et tout en allant en cahotant vers Loisy, il se rappelle et raconte. Il arrive après cette nuit d’insomnie et ce qu’il voit alors, pour ainsi dire détaché de la réalité par cette nuit d’insomnie, par ce retour dans un pays qui est plutôt pour lui un passé qui existe au moins autant dans son cœur que sur la carte, est entremêlé si étroitement aux souvenirs qu’il continue à évoquer, qu’on est obligé à tout moment de tourner les pages qui précèdent pour voir où on se trouve, si c’est présent ou rappel du passé. Ceci est un extrait de Contre Sainte-Beuve de Marcel Proust.
 
 
 
Par ailleurs. Tkt, en langage sms, signifie t’inquiète.
 
 
 
Et. Dans le jardin, avec Anne, et Julie, on parle de la notion de perfection, chez Spinoza. Et c’est Julie qui la première décortique le mot : per-fection. Par. Le faire.
 
 
 
Et. Ici. Angela n’est plus Angela est toujours Angela. Ici. Angela et Anne Kawala sont sur un bateau et elles voient toutes les deux un énorme poisson qui surgit de la mer.
 
 
 
 
chewhale-ernesto-acab
 
 
 
 
Et. Mais. Ici. Angela n’est plus tout à fait Angela. Et. Je ne suis plus tout à fait Ernesto. Nous le sommes de moins en moins, au fur et à mesure que vous vous rapprochez de la fin de ce livre. Cela dit, comme je le suis encore un peu, Ernesto, un tout petit peu, encore, pendant quelques minutes – pendant les quelques minutes de votre lecture, jusqu’à la fin de ce livre – j’aimerais vous dire comment je suis devenu. Ernesto. Comment j’ai compris, un jour – c’est maintenant presque du passé – que je m’appelais Ernesto. Ça s’est fait très simplement, comme ça. J’ai compris que je m’appelais Ernesto le jour où j’ai eu la sensation, pendant toute une journée, d’avoir précisément entre dix et quarante-trois ans. Dans cette sensation d’écart entre deux âges, je me suis souvenu de ces mots : À ce moment- là Ernesto devait avoir entre douze et vingt ans. De même qu’il ne savait pas lire, de même Ernesto ne savait pas son âge. Il savait seulement son nom. C’est au tout début de La Pluie d’été de Marguerite Duras.
 
 
 
Par ailleurs. The Anatomy of Rage est une installation de Lu Yang. Avec de la vidéo 3D, des dessins et des schémas, sur des feuilles de papyrus. On peut voir une vidéo de ce travail, par ici : https://vimeo.com/29762925. Le site internet de Lu Yang est par là : http://luyang.asia.
 
 
 
Par ailleurs. Tina est venue déjeuner, il y a quinze jours. Elle est sortie de l’hôpital au mois d’août. On était tout contents de se retrouver, tous les trois, ici. Et pas dans le pavillon Picasso de l’hôpital machin.
 
 
 
Et. L’intelligence est attention et recherche avant d’être combinaison d’idées est une phrase inspirée du travail de Joseph Jacotot, extraite du livre Le maître ignorant, de Jacques Rancière. Et.
 
 
 
Je recommencerai toujours le monde avec l’idée d’un ennemi derrière moi est une phrase extraite du Discours aux animaux, de Valère Novarina. Et.
 
 
 
Qu’est-ce que c’est, dégueulasse ? est la dernière phrase prononcée par Jean Seberg dans le film À bout de souffle de Jean-Luc Godard.
 
 
 
Et. Les propos tenus par Ernesto et son Maître Wang Taocheng sont très librement inspirés du long rouleau dessiné et peint par Wang Taocheng – A Person Who Has Never Seen the Ocean – et de la vidéo de Ma Qiusha – From No.4 Pingyuanli to No.4 Tianqiaobeili. On peut voir le travail de Wang Taocheng ici : http://www.ovgallery.com/artist/wang-taocheng/#art, et celui de Ma Qiusha, là : http://www.maqiusha.com/en.
 
 
 
Et. En Chine. Le 35 mai fut une expression utilisée pour contourner la censure, sur internet, afin de pouvoir évoquer le 4 juin 1989 – premier jour de la répression sur la place Tian’anmen après plusieurs semaines d’occupation.
 
 
 
Et. En ce qui concerne le rendez-vous d’Angela avec Ernesto. Le 35 novembre, 2011. Il fut un 29 juin. Il fut en 2012.
 
 
 
As-tu quelque chose de prévu en arrivant ? Si rien, et si tu as envie, on peut se retrouver vers 17h00 à Parmentier. Le temps de prendre un verre, avant que je n’aille au 104. Qu’en dis-tu ?
 
 
 
Je dis oui. Mon train arrive à Montparnasse à 16h37. On se retrouve du côté du square Gardette ?
 
 
 
Et. Le 10 mai 1981, j’ai fermé mes volets est la toute première phrase d’un livre de Daniel Rondeau dont je ne souhaite pas donner le titre.
 
 
 
Et. Pour en finir avec le jugement de dieu est le titre d’une émission de radio – et d’un texte – d’Antonin Artaud.
 
 
 
Et. Hors les textes de la série Si l’état du monde est visible un peu sur mon visage alors je peux dire un peu je suis de ce monde – dont on trouvera les références précises ici : https://spinozainchina.wordpress.com/2015/10/16/visages-d-ernesto – et sauf indications contraires, les textes relatifs aux faits d’actualité, que vous avez pu lire dans les pages ci-avant, sont composés d’extraits d’articles de l’Humanité, et parfois de Mediapart.
 
 
 
Et. Urgence ZAD. Appel à mobilisation. Suite à l’ouverture d’une maison au lieu-dit la Noë Verte pour l’installation d’un collectif en maraîchage et conserverie. Les forces de l’ordre affirment clairement leur volonté d’expulser. Ne les laissons pas faire. On a besoin de monde sur place. À diffuser largement.
 
 
 
Et. Les noms des cercles A prenant dans leur maillage le vaste du cœur de la ville réelle sont à disposition dans le document suivant : Vocabulaire de l’économie et des finances, enrichissement de la langue française, consultable ici : http://academie-francaise.fr/sites/academie-francaise.fr/files/economie_finances_2012.pdf.
 
 
 
Et le texte coécrit par Antoine Dufeu et Fabien Vallos, dont un extrait est lu par Ernesto lors d’un des rendez-vous du 29, a pour titre Dialogue. Il est en ligne ici : http://cequisecret.net/dialogue.
 
 
 
Et le texte que Frédéric Neyrat consacre à Franco Berardi, dont un extrait est lu par Ernesto lors d’un des rendez-vous du 29, a été publié dans le numéro 4 de la revue exemple http://www.editions-nous.com/exemple.
 
 
 
Et. Ici. Évoquant les rendez-vous des 29. Dire ceci. Cette après-midi. Constatant qu’une voiture est arrêtée devant la maison – une porte est ouverte, côté passager, la place est vide – j’ouvre la fenêtre. Une femme, à proximité de la voiture, me demande : il n’y a pas de nom sur votre boîte aux lettres ? Je lui dis que non. Elle dit : c’est pour la réunion. D’abord, je ne comprends pas. Puis elle dit qu’il n’y avait personne sur la place le 29 août. Alors je la reconnais. C’est Malika, qui nous avait invités, en juillet, pour le repas au pied des immeubles. Je lui dis qu’en effet nous n’étions là ni le 29 août ni le 29 septembre. Je lui dis que le rendez-vous aura bien lieu fin octobre. Elle dit qu’elle viendra. C’est dans même pas quinze jours.
 
 
 
Et que soit ici remerciées, et remercié, et saluées et salué : Éléonore Léger, Hélène Michoux, et Jany Pineau, pour les relectures qu’elles firent du livre Spinoza in China novembre 2011 | 2015, et Frédéric Laé, pour la couverture qu’il réalisa.
 
 
 
Et. Les deux phrases de Félix Guattari revenant à la mémoire d’Ernesto, alors qu’il marche au bord du lac Qianhai, sont extraites du livre Les Années d’hiver, publié par Les Prairies ordinaires – http://www.lesprairiesordinaires.com.
 
 
 
Et. On peut entendre la chanson laotienne qu’Ernesto fredonne, à Beijing, à chaque approche d’un nouveau carrefour, sur l’album India Song et autres musiques de films, de Carlos d’Alessio.
 
 
 
Et les dates choisies par l’empereur Qianlong pour ces journées d’enseignement un peu spéciales – les 25 février, et les 11 septembre – ont été choisies en raison des liens qu’elles entretiennent avec la mort de Pierre Overney, militant maoïste tué par un vigile travaillant à l’usine de Renault à Boulogne-Billancourt, le 25 février 1972, et, avec le coup d’État du 11 septembre 1973, au Chili.
 
 
 
Et. On peut voir la vidéo de Pascal Lièvre, Abba Mao, ici : http://lievre.fr/abba-mao/.
 
 
 
Et. En ce qui concerne la littérature considérée comme une activité parallèle pas totalement liée à l’artistique, on peut consulter cette page : http://www.ouest-france.fr/culture-des-licenciements-en-cours-au-lieu-unique-nantes-3298803.
 
 
 
Et. On peut lire la revue Tiqqun en partie par ici : http://bloom0101.org.
 
 
 
Et. Avec la lettre adressée aux députés européens – objet : prolongation illimitée de détention au-delà de la période maximale des 18 mois en Grèce. Lettre écrite par Trésor Bomenga. On peut lire trois textes de Marie Cosnay, ici : http://www.vacarme.org/rubrique471.html.
 
 
 
Je pense à Trésor. L’appeler. Sans plus tarder. Prendre de ses nouvelles. Lui en donner.
 
 
 
Je pense à Mustapha. Rencontré il y a trois jours. Il vient du Soudan. Il parle un parfait anglais. Il vit, survit, à Nantes, dans un squatt investi par des migrants. Il dit : je n’en peux plus des pansements, je n’en veux plus, je veux guérir, je ne veux pas de pansements, je veux un endroit où dormir, seul, où pouvoir dormir, tout seul, et ne plus avoir froid, je n’en peux plus, je respecte beaucoup ce que vous faites, mais je n’en peux plus ; tu peux venir, quand tu veux, tous les jours, je suis là, tu peux venir, pour parler, mais tu abandonneras, tu verras, moi, je suis ici tous les jours, il commence à faire froid, ce ne sont pas des conditions de vie, chez moi, au Soudan, jamais je n’ai vécu ça.
 
 
 
Et. La partie de foot, sur la place Tian’anmen, avec une boule de feu en guise de ballon, est très librement inspirée du film Phantoms of Nabua, d’Apichatpong Weerasethakul.
 
 
 
Et. Parfois, un sentiment infiniment fraternel m’envahit : dans cet univers de savants et de discoureurs, quelqu’un, comme moi peut-être, pense quant à lui ne rien savoir, et veut vivre. Ces mots. Sont inspirés de l’extrait suivant des Vies minuscules de Pierre Michon : un sentiment infiniment fraternel m’envahit : dans cet univers de savants et de discoureurs, quelqu’un, comme moi peut-être, pensait quant à lui ne rien savoir, et voulait en mourir.
 
 
 
Et. La conférence qui devait avoir lieu en mars 2015 à la médiathèque de Chantelle n’a finalement pas eu lieu – ce n’est que partie remise, je l’espère. Par contre, les interventions dites en costume et cravate vert fluo ont pour la plupart pris la forme d’ateliers d’écriture, en lycée généraliste, à Nantes, en lycée professionnel, à Limoges, en maison d’arrêt, à Laval, au Mans, à La Roche-sur-Yon, à Fontenay-le-Comte, à Nantes. On peut lire les textes écrits par les participantes et participants, ici : https://tenirjournalici.wordpress.com.
 
 
 
Par ailleurs. Les paroles de Perfect Day – la chanson de Lou Reed – on essaye de les traduire, avec Anne, là, ce matin, sur la petite table en bois, dans la cuisine, ici, au 29 rue Alexandre Gosselin, à Nantes, tandis que de la confiture de tomates vertes cuit dans la cocotte-minute de droite, et qu’un curry aux joues de porc avec légumes de notre love shabada jardin mijote dans la cocotte-minute de gauche.
 
 
 
Juste. Simplement. Un jour parfait. Une parfaite journée. À boire de la. Une sangria dans le au parc. Juste une parfaite journée. Au parc. On boit de la sangria. Et puis plus tard. Quand vient le noir la nuit tombe. Nous allons à la maison. On va à la. On rentre. Juste un jour parfait. Une parfaite journée. Au zoo, on nourrit les animaux. Et puis plus tard, aussi, après. Un film. Après, on rentre. Oh. C’est une journée tellement si parfaite. Suis heureuse contente. De l’avoir passée avec toi. Oh. C’est si parfait cette journée. Passée avec toi, je suis content heureux. Oh. Ce jour si parfait. Tu me permets juste de tenir bon. Juste. Un jour parfait. Une parfaite journée. Tous les problèmes s’en sont allés. Nous laissant, nous, les weekenders, à nous-mêmes. C’est un tel amusement, une telle joie, plaisir. C’est tellement bon. Juste, un jour parfait. Tu m’as fait oublier qui j’étais. Je me suis senti alors senti être quelqu’un d’autre. Quelqu’un de bon. Oh. Ce jour si parfait. Tu me permets juste de tenir bon. Juste. Un jour parfait. Une parfaite journée. On va récolter ce qu’on a semé. Oui. On va récolter ce qu’on a semé.
 
 
 
Et. Toutes les adresses web, ici, sur ce papier [est-il écrit dans le livre], ci-dessus, ce n’est pas super pratique pour activer les liens, j’en conviens. En conséquence de quoi, voici une dernière adresse où vous pourrez retrouver toutes les adresses ici citées : https://spinozainchina.wordpress.com/2015/10/16/liens.
 
 
 
Par ailleurs. J’aimerais terminer en signalant que des fragments et des formes diverses de Spinoza in China ont été publiés dans les revues Aka, Chimères, Général Instin, Hors-sol, La tête et les cornes, La vie manifeste, Libr-critique, Multitudes, Nioques, Ouste, Pli, et Remue.net. Que celles et ceux qui font vivre ces lieux soient ici remerciées, remerciés, saluées et salués.
 
 
 
Des fragments et des formes diverses de Spinoza in China ont également été lus en public, parfois seul, parfois en compagnie de Benoit Cancoin, ou de Vincent Tholomé. À l’Akademie Schloss Solitude – où Anne était alors en résidence –, au FiEstival Maelström, à Khiasma, à la Librairie Vent d’Ouest, avec la Maison de la poésie transjurassienne, au Moulin, à POL’n, ou encore à La très petite librairie. Ainsi que chez Camille Hervouet, Carla Pallone, Emma Chambon, Grégory Valton, Josette Darçon, Laurence Chevalier, Martine Perrault, Olivier Orus, Pierre-Louis Carsin, Raymond Perrin, Richard Savic, Vincent Pouplard. Que celles et ceux qui ont rendu possibles ces moments soient ici également remerciées, remerciés et saluées et salués.
 
 
 
Et. Que soit enfin ici saluée Honorine, née dans la nuit de vendredi à samedi, tandis que ce livre se termine. Et saluées et salués : amies et amis et parentes et parents, présentes, présents, et à venir.
 
 
 
Avec Anne. Présentement dans la pièce juste à côté de celle où j’écris encore ces quelques mots.
 
 
 
Et.
 
 
 
Ici.
 
 
 
Une adresse e-mail, active : mp.marcperrin[arobase]gmail[point]com.
 
 
 
À bientôt.
 
 
 
 
 
 
 
couverture_Spinoza in China_pour impression
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
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Spinoza in China 30 novembre 2011 | fin juillet 2015

 
 
 
Jour de retour.
 
 
 
Une dernière marche, brève. Dans les hutongs, et jusque vers le bord du lac Houhai. C’est encore la nuit. Les hommes dans leurs longs manteaux doublés de fourrure ne sont pas arrivés dans le petit jardin quand je le traverse. Nulle cage suspendue aux branches des arbres. Nul chant d’oiseau. Le seul chant que j’entends, c’est au bord du lac. Un chant choral et militaire de soldats. La vibration de basse des voix des soldats, entre les murs d’une caserne. Non loin, un homme est en train de pêcher, son regard concentré sur le flotteur au bout du fil tombant à la verticale de sa canne à pêche. Le mobilier du salon de coiffure en plein air est là, vacant, disponible. Personne. Presque personne. Quelques hommes se baignent. Des ouvriers sur des chantiers commencent une nouvelle journée. Et sur le pas de la porte de l’échoppe où je suis venu manger, chaque jour ou presque, la patronne est là, qui sort. Nous nous regardons. Je lui fais un signe de la main. Je lui souris. Elle me salue d’un sourire en retour et rentre dans l’échoppe en riant. Il y a le touriste qui m’a fait les beaux yeux. Le plaisir de l’avoir revue, avant le départ.
 
 
 
Et. Deux baies d’un arbre de neuf cents ans recueillies une après-midi, au sol de la Cité interdite. Aujourd’hui dans une boîte d’allumettes, elles passent au point de contrôle des bagages. À l’aéroport. Le soleil frappe au travers des baies vitrées ouvrant sur les pistes d’atterrissage et de décollage. L’embarquement commence dans une heure.
 
 
 
Et. Le Cheval de Turin. À Paris. Dernier film de Béla Tarr. Deux fois dernier film de Béla Tarr. Dernier car dernier de ses films réalisés à sortir en salle – c’est aujourd’hui la sortie du Cheval de Turin en France – et dernier si l’on en croit les propos de Béla Tarr : il ne réalisera plus de film après celui-ci. Et comment ne pas le croire. Un à un, ici, genèse à rebours, tous les éléments nécessaires à la vie disparaissent. Jusqu’à la lumière. Noir. Dernier film.
 
 
 
Et nulle tristesse. Bien au contraire. Un sentiment proche de celui que Bram Van Velde a su traduire pour parler des textes de Beckett : tant de vie, dans tant de décombres. Non. Pas exactement cela. Ici, rien ne reste. On assiste à la disparition des choses. Et l’on éprouve par contrecoup l’intensité de leur nécessité.
 
 
 
Avais-je jamais ressenti de cette manière-là, physiquement, dans une œuvre d’art, la nécessité des éléments – de la nature, et des êtres ?
 
 
 
Nécessité de l’eau. Du feu – chaleur. De l’accueil. De la parole – écrite, dite. Nécessité de la lumière. Nécessité de l’animal. Nécessité des éléments. Nécessité de leur coexistence. Afin que ce que l’on nomme une vie puisse effectivement être une vie.
 
 
 
Et de fait c’est bien avec la sensation – et par là même avec la compréhension – de cette nécessité de coexistence que je sors de la salle. Puissance, et joie, de cette sensation. Puissance, et joie, de cette compréhension. Me font battre le cœur. Ce jour. Et. Accompagnent cette fin de voyage qui ne se termine pas. Ce jour.
 
 
 
J’ai rendez-vous bientôt avec Angela.
 
 
 
Et. De la servitude humaine. Ou. De la force des affects. À lire. Et. À vivre. Et. De la puissance de l’entendement. Ou. De la liberté humaine. À lire. Et. À vivre. Autant que faire se peut.
 
 
 

 
 
 
Juillet. On est sur la place, au bout de la rue. On y arrive vers 13h00. On installe une table, une chaise, à côté d’un banc. On s’installe sur cette place, à deux pas de chez nous. On n’est pas chez nous ici. On est dans un lieu pas totalement étranger pourtant. C’est un lieu qu’on fréquente habituellement en y passant. Aujourd’hui, on y vient. Je repense à Cyprien. Je me souviens que l’un des tout premiers textes que j’ai écrits avait pour titre Étranger. Un comédien le jouait, seul, dans des bars. On avait fait une affiche, sur laquelle le mot étranger faisait ressortir en lui le mot anglais anger, colère. Étr-anger. Être colère. Le texte commençait comme ça : Je m’y reprends toujours à deux fois avant d’entrer dans un lieu comme celui-ci. Toujours je m’y reprends à deux fois. Mais toujours, j’entre. Et si en apparence j’entre seul, méfiez-vous, nous sommes en vérité à l’intérieur de moi en quantité innombrable. Je me souviens qu’il y avait un passage, dans le texte, que Folle Chienne aimait beaucoup. C’était à propos de la langue étrangère, et de l’accent étranger, d’un étranger, parlant dans une langue étrangère. Ça t’arrache l’oreille ? Tant mieux, moi, ça m’arrache la bouche.
 
 
 
Le sourire d’une femme qui passe à côté de nous. On se dit bonjour. Et là. Une femme et deux enfants qui montent dans une voiture. Un concert d’aboiements dans un appartement. Un vieil homme gazouille avec un bébé, dans une poussette, devant l’entrée de l’immeuble, au 8 de la rue. Il faut être tranquille quoi, être là, apprendre à être là. Voilà, c’est ça. Je me souviens aussi de L’Attente l’oubli de Blanchot. Et de l’attente considérée comme une attention : une attente qui n’attend rien, une disponibilité. J’ai froid. Je vais chercher des chaussettes dans la maison. Angela reste sur la place. La porte de l’immeuble au 8 de la rue est ouverte. Le silence, la rumeur du boulevard Jules Verne, un mégot, écrasé au sol puis ramassé, le bruissement du vent dans la ramure des arbres – quels sont ces arbres ? quel est leur nom ? À l’une des fenêtres du premier étage de l’immeuble, le sourire d’un homme, et derrière lui, une femme, dans l’ombre d’une pièce. Pierre, et Victoire, ce sont les prénoms de l’homme et de la femme. Les mots que vous êtes en train de lire, ici, parfois je les écris, parfois c’est Angela qui les écrit.
 
 
 
Et le rire d’Angela, quand je reviens de la maison. Elle parle avec Pierre, descendu sur la place. Il raconte la vie du quartier. Il raconte un peu sa vie. On échange quelques mots avec Victoire, qui nous parle depuis la fenêtre du premier étage. Elle nous montre Le Chat du Rabbin de Joann Sfar qu’elle vient de lire. La nuit, il y a des flics en civil qui patrouillent au pied des immeubles, sur la place, pour du petit trafic, nous dit Pierre. Il nous parle de nouveaux arrivants, des Lituaniens, qui vivent ici depuis quelques mois. On dit bonjour aux personnes qui passent. Angela part chercher une deuxième chaise au dépôt sauvage, rue Jean Mahé, derrière les immeubles. Pierre nous dit que par le passé cette place était très vivante, avec des petits commerces, un boucher, une mercerie, un Spar, et dans la rue Jean Mahé, là-bas, du côté du dépôt sauvage, il y avait un magasin de bricolage. Depuis combien de temps ce monde est-il en train de disparaître ?
 
 
 
On est là. On se pose là. On dit bonjour. On propose du café à celles et ceux qui répondent à nos bonjours. Antonia, sur son vélo, apparaît au bout de la place. Elle arrive avec des pâtisseries, des nonnettes. Angela va chercher une troisième chaise. Une femme s’arrête. On parle un peu. Il faut qu’elle rentre chez elle. Elle nous laisse son adresse e-mail. Le ballet des voitures, autour de la place. Les gens qui vivent ici, dans les immeubles. Ils se connaissent. Ils se retrouvent au bas des cages d’escalier, dehors, ils parlent, se parlent. Un gars rentre du travail et nous demande ce qu’on fait là. On parle des rendez-vous des 29, et de l’envie de faire ça autrement. Il dit : ah oui, c’est un peu comme un apéro. Oui, un peu. Se réunir autour d’une question qui nous préoccupe. Affichez une annonce en bas des cages d’escalier, nous dit le gars, ça peut le faire, du monde peut venir. Si vous voulez, laissez-nous votre adresse e-mail, on vous tiendra informé. Ah mais je n’ai pas d’e-mail. On va faire comme vous nous avez conseillés, oui, en bas des cages d’escalier. On déplace la table et les chaises, en fonction des déplacements des trous de soleil à travers le branchage des arbres. Il y a notre voisine, Marie-Blanche, qui nous rejoint un moment, avec son petit chien. Le petit chien tire sur sa laisse dans tous les sens et saute et jappe tandis que Marie-Blanche nous parle. Il y a Mamail, un gars que j’imagine vivre à la rue, avec un chien, aussi, sans laisse. Mamail nous dit qu’il a vécu dans les immeubles, quelques temps. Il retrouve un copain à lui qui habite ici. Le copain de Mamail le rejoint sur la place. Il travaille à Nantes Habitat. Ils vont refaire toutes les fenêtres des immeubles nous dit-il. Elles n’ont pas été changées depuis la construction, dans les années 50. Une jeune femme, Malika, vient vers nous d’un pas décidé et nous demande ce qu’on fait là. On raconte. Elle nous parle du repas qu’elle organise aux pieds des immeubles, dans deux jours. Elle dit que c’est toujours les mêmes qui viennent. Les vieux ne viennent pas. Elle nous invite. On ne pourra pas venir cette fois-ci. On est déjà invités ailleurs. On lui demande son adresse e-mail. Elle nous la donne. On salut Thierry et Kevin, deux gars, au pied de l’immeuble, quand ils s’en vont. On décide de rejoindre le jardin, derrière la maison. Le soir. Avec Angela et Quentin et Roland. On parle de faire un journal de quartiers. Au pluriel. Quartiers. Avec nos paroles étrangères. Et les donner à entendre. Et les mettre en lien.
 
 
 
Et. Au mois de mai. Baruch est allé vivre sa vie de chat en dehors de la maison. On ne l’a pas revu depuis. Virginia également est allée vivre sa vie en dehors de la maison. Elle a eu deux petits chats. Et comme ils sont nés le 5 mai, et qu’Alfred de la Coquillette à Bruxelles se réjouissait que la naissance de leur deuxième enfant, à lui et à Louise du jour et de la nuit, ait eu lieu ce jour, le 5 mai, même jour que la naissance de Karl Marx, me dit-il, on a décidé avec Angela de nommer les deux petits chats Karl et Marx. Mais. Ça sonnait moyen. Karl est devenu Carlito, et Marx est devenu Philippe car il avait des grosses poches sous les yeux, un peu comme Philippe Séguin. Mais. Philippe ça sonnait moyen. On a commencé à donner plein de noms à Karl-Philippe. Et à force de lui donner plein de noms, on s’est dit : tiens, on va l’appeler Pessoa.
 
 
 
Et. De sa petite langue Carlito ronronne sur mes genoux et me lèche l’intérieur de l’avant-bras droit tandis que j’écris ces mots, puis il change de position.
 
 
 
Aujourd’hui, à Sarajevo, Béla Tarr tient parole. Il enseigne à l’école de cinéma qu’il a participé à fonder, en 2012.
 
 
 
Et dans le couloir aérien qui file juste devant la fenêtre passe un avion. Il survole Nantes. Grand soleil. Un moineau piaille puis s’envole du fil électrique où il se tenait. Hier, la fille de Tina m’a appelé pour me dire que sa mère avait été hospitalisée. C’est une bonne nouvelle me dis-je. Je ne sais pas. Douceurs paradoxales de ce jour. Angela travaille dans la cabane, dans le jardin. Vent léger dans le cèdre du Liban, là-bas, rue Jean Mahé. Soleil. Virginia est maintenant endormie sur un dessin d’Angela : POISSON CHEWHALE DE MER (CALL ME ERNESTO-ACAB). Pessoa prend la place de Carlito sur mes genoux. Angela me rejoint. On téléphone à Marie. On téléphone à Trésor. On va accueillir Trésor chez nous quelque temps. Je téléphone à Tina. Elle est dans le pavillon Picasso de l’hôpital machin. Je vais la voir tout à l’heure.
 
 
 
 
 
 
 

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Spinoza in China 29 novembre 2011 | fin juillet 2015

 
 
 
Et. Pour ce dernier jour qu’Ernesto va passer à Beijing. On peut parler à nouveau d’une journée un brin fantastique.
 
 
 
Une fois encore, le ciel est à peine en train de blanchir. Une fois encore, une lumière pâle pénètre dans la chambre où Ernesto se réveille. Et. À nouveau.
 
 
 
Ernesto ne se réveille pas dans la chambre 7721 du Hanting hotel. Mais dans le pavillon de l’Harmonie Soutenue. Bien.
 
 
 
Ernesto reconnaît l’endroit, illico. Ernesto croit même reconnaître, de dos, la silhouette de l’empereur Qianlong, en train de lui préparer son petit déjeuner. Mais non. Quand la silhouette se retourne, et surtout, quand la silhouette s’approche d’Ernesto, Ernesto voit bien que le gars qui s’approche n’est pas l’empereur Qianlong, pas du tout, mais un gars avec une chemise blanche, en lin, manches longues, pantalon également en lin, écru, des lunettes fines, ses cheveux sont ras, il a la quarantaine, élégante, il se présente : Weerasethakul. Apichatpong Weerasethakul.
 
 
 
Apichatpong Weerasethakul est un cinéaste de nationalité thaïlandaise né le 16 juillet 1970 à Bangkok.
 
 
 
Et. Ce jour. Et. À ce moment précis de ce jour – attention, ça va se passer en une seconde – Ernesto regarde à sa gauche, et constate qu’en fait l’empereur Qianlong est bel et bien là. Mais. Sous une forme bien particulière. À savoir : sous l’apparence d’un cheval. Et – tout cela se passe en une seconde – tandis qu’Ernesto constate la présence du cheval-empereur, une espèce d’image mentale vient lui perforer les deux rétines. Une image, extraite d’un film de Jia Zhangke – cinéaste, chinois, né cinquante-trois jours avant Apichatpong Weerasethakul – une image, extraite d’un film que Jia Zhangke n’a pas encore tourné, Touch of Sin, mais dont il est peut-être en train d’écrire le scénario, là, maintenant, ce matin, à la seconde précise, ce qui permettrait d’expliquer le surgissement de l’image, perforant – en une seconde – les deux rétines d’Ernesto. En tout cas, l’image est bel et bien là, elle aussi. Et, elle se compose de deux mouvements. Premier mouvement : un homme fouette un cheval. Deuxième mouvement : un cheval, dont la robe est comme peinte d’un rouge terne, erre dans un paysage industriel désolé.
 
 
 
Et. À gauche d’Ernesto. Nul cheval-empereur.
 
 
 

 
 
 
Et. Ce jour. Dans les allées et pavillons de la Cité interdite. Sur les terrasses. Dans les jardins. On retrouve Apichatpong et Ernesto déambulant et débattant, calmement, longuement, vivement, drôlement, tous les deux. Un peu comme s’ils poursuivaient une conversation commencée en classe de maternelle – petite section. Une conversation, très précise, relative aux rapports de langage et d’instinct qu’entretiennent entre eux l’être animal animal et l’être animal humain.
 
 
 
Et. Ce jour. Si l’on prend la peine de les accompagner, tous les deux, dans les allées et pavillons de la Cité interdite, sur les terrasses, dans les jardins et partout, on peut les entendre parler, papoter, chantonner, se marrer, argumenter, tout ça, et, mais, chose pas complètement étonnante, on y comprend que dalle. Parce que. Ce que l’on entend. Dans l’hypothèse où l’on parvienne à entendre quelque chose. Ce que l’on entend de ce qu’ils échangent l’un l’autre, ce sont des choses un peu comme des chants d’oiseaux, des feulements, des grognements, des aboiements, des choses comme provenant d’un lieu très proche et très loin en même temps, des choses, un peu, comme provenant du fond de leur estomac, par là même où la digestion et les émotions se côtoient. On entend ce qui pourrait être le frotté-glissé d’un serpent, rampant sur des feuilles humides, ou sèches, selon les saisons, ou, selon la forêt, ou le champ, ou encore, on entend comme le pas feutré d’un tigre, lourdes lentes pattes en la progression de l’animal sur une branche grosse, comme un tronc, gisant là, au sol, dans une forêt, de nuit. On entend tout un tas de sons et de bruits animaux. Et. Pas une seule parole humaine.
 
 
 
Y a-t-il dans les images quelque chose qui n’appartient pas à celle ou celui qui a filmé, peint, capturé ?
 
 
 
Y a-t-il dans les images quelque chose qui fait que celle ou celui qui filme, peint, capture, regarde ou entend autre chose que l’image qu’elle ou il pense être en train de faire?
 
 
 
Y a-t-il dans les images quelque chose qui fait que celle ou celui qui filme, peint, capture, est regardé ou entendu par autre chose que par ce qu’elle ou il pense être en train de filmer, peindre, capturer ?
 
 
 
Le singulier. Pluriel. N’est pas une abstraction.
 
 
 
Il est 9h23.
 
 
 

 
 
 
Et la vengeance. Est un désir. Et la cruauté. Est un désir. Et la férocité. Est un désir. Et la peur. Est un désir. Et l’audace. Est un désir.
 
 
 

 
 
 
Et. À la nuit tombée. Tandis que commence la cérémonie du drapeau sur la place Tian’anmen. On voit Ernesto et Apichatpong comme deux brothers gamins raser les murs des pavillons, marcher à quatre pattes, partout, pour ne pas être vus. Mais.
 
 
 
On les voit marcher dans les jardins, dans les allées. On les voit marcher à la vitesse de l’éclair et rejoindre tout au sud de la Cité interdite, à quatre pattes, rasant les murs. On les voit rejoindre le balcon dominant la place Tian’anmen.
 
 
 
Et. Ce soir. Sur le balcon de la Cité interdite dominant la place Tian’anmen. Tandis que le détachement de soldats responsables de la cérémonie du drapeau rejoint le centre de la place. On voit Apichatpong et Ernesto sortir de leurs poches des ballons-baudruches à gonfler. On les voit gonfler les ballons-baudruches et quand les ballons-baudruches sont gonflés, on les voit regarder, un à un, les ballons-baudruches qui s’envolent.
 
 
 
Êtes-vous heureux ? Unknown simulations. Êtes-vous heureuses ? Unknown forces. Êtes-vous heureux ? Unknown faith. Êtes-vous heureuses ? Unknown forces and simulations. Êtes-vous heureux ? Unknown simulations and faith. Êtes-vous heureuses ? Unknown faith and forces. Êtes-vous heureux ? Un des ballons-baudruches ne s’envole pas.
 
 
 
Un des ballons-baudruches n’a pas exactement la même forme que les autres. Ni le même poids. Relativement à quelque réaction chimique, le ballon-baudruche a une forme sphérique presque parfaite. Il a tout d’un ballon de football.
 
 
 
Et. Ce soir. Tandis que l’un des jeunes soldats est en train de délicatement plier le drapeau rouge au centre de la place. Sur le balcon, on voit Apichatpong et Ernesto en train de commencer à jouer avec le ballon, dribbler, jongler, s’arrêter, reprendre, arrêter, reprendre. Et. À un moment donné, ne pas reprendre. À un moment donné, on les voit tous les deux regarder en même temps en direction de la place Tian’anmen. Et. Sans un mot. Décider de sauter du balcon et de rejoindre les soldats.
 
 
 
Et. Ce soir. Sur la place Tian’anmen. Les soldats et Apichatpong et Ernesto s’organisent en défenseurs et attaquants et gardien de but. Et. Ernesto demande : est-ce que je peux être le gardien de but ? On lui dit ok. Il se place sous le portrait de Mao. Et. À chaque tir d’un attaquant qui tente de faire entrer le ballon dans la Cité interdite par la porte de la Paix Céleste, Ernesto plonge. Il plonge et vole et plonge pour attraper le ballon comme on fait quand on est gardien de but. Il garde le but. Il vole et plonge pour que le ballon n’entre jamais dans la Cité interdite par la porte de la Paix Céleste. Et. Apichatpong et les soldats attaquants shootent et shootent et shootent et shootent et shootent et Ernesto plonge et plane dans les airs et intercepte le ballon. Ernesto roule-boule au sol. Ernesto relance la balle.
 
 
 
Et. Ce soir. Quand un éclair tombe du ciel, ou remonte depuis le sol, jusque vers les étoiles – invisibles, ce soir. Quand un éclair fait du ballon son paratonnerre et le transforme en boule de feu. Quand un éclair et encore un éclair viennent frapper l’un et l’autre des deux écrans vidéo géants de la place Tian’anmen. Quand le jeune soldat, qui tout à l’heure pliait délicatement le drapeau rouge de la place Tian’anmen, shoote dans le ballon devenu boule de feu. Ernesto. Ne plonge pas. Il regarde la boule de feu. Elle vole et fuse au-dessus de la porte de la Paix Céleste. Il la regarde percuter le portrait de Mao.
 
 
 
Et. Sur la place Tian’anmen. Tout est soudain profondément silencieux.
 
 
 
Et. Sur la place Tian’anmen. Chacun ralentit ses mouvements et regarde le portait de Mao en train de brûler. Apichatpong se retourne et regarde les deux écrans vidéo géants, également en train de brûler.
 
 
 
Alors, on entend, qui proviennent du cœur de la Cité interdite, des chants d’oiseaux, des feulements, des grognements, des aboiements, quelque chose comme provenant d’un lieu très proche et très lointain en même temps, quelque chose, un peu, comme provenant du cœur de chacun. On entend le frotté-glissé d’un serpent rampant sur les feuilles humides, ou sèches, d’une forêt, ou dans un champ, ou, sur les pavés de la cour intérieure de la Cité interdite. On entend le pas feutré d’un tigre, lourdes lentes pattes en la progression de l’animal, sur une branche, grosse comme un tronc, gisant au sol, dans une forêt, de nuit. On entend aussi les rires des femmes et des hommes chantant dans le grand corridor du temple du ciel. On entend les rires des hommes, aussi, jouant aux cartes et tournant le dos à leurs cerfs-volants. On entend le rire de la patronne de la petite échoppe. Et aussi les rires des enfants qui courent et crient et tombent et se relèvent au milieu des maquettes, dans le musée de la capitale. On entend les rires des rois du sud, du nord, de l’ouest et de l’est. On entend les rires de Buddha et de Skanda Wei Tuo et de toutes les femmes et de tous les hommes qui un jour leur on fait une offrande. On entend le rire de Mao, aussi. Jusqu’à ce que son portrait entièrement cramé se détache de la façade et s’écrase au sol.
 
 
 
Et. Sur la place Tian’anmen. Tout est à nouveau profondément silencieux.
 
 
 
Et. Dans le silence. On voit un cheval sortir de la Cité interdite. Un cheval qui avance, au pas, avec la plus extrême lenteur que l’on puisse imaginer. Une lenteur, comme sans pesanteur, peut-être.
 
 
 
On voit le cheval passer aux côtés d’Ernesto. Et. Sans qu’ils se regardent l’un l’autre. On sent l’intensité d’une joie. Une joie par laquelle Ernesto et le cheval se considèrent, se reconnaissent, et se souhaitent le meilleur. Le cheval ne s’arrête pas. Il poursuit son chemin en direction du centre de la place. Il passe entre les deux écrans vidéo, toujours en feu. Il continue jusqu’au mausolée de Mao qu’il contourne par la gauche, et, par là-bas, derrière le mausolée, il disparaît.
 
 
 
Parfois, un sentiment infiniment fraternel m’envahit : dans cet univers de savants et de discoureurs, quelqu’un, comme moi peut-être, pense quant à lui ne rien savoir, et veut vivre.
 
 
 

 
 
 
et, un hélicoptère survole le site de Notre-Dame-des-Landes pendant que se déroule le forum Luttons ensemble avec les Grecs contre l’euro-libéralisme destructeur des peuples,
 
 
 
et, les mots et la voix et l’émotion de Patrick au téléphone, quand il me parle des trois heures qu’il vient de passer avec son père, trois heures, pour la première fois en quarante-sept années de vie,
 
 
 
et, j’ai peur que ça me transforme dit-il,
 
 
 
et, je demande à Léa quand tu en appelles à la révolution est-ce que tu imagines pouvoir tuer des personnes humaines ?
 
 
 
et, sa réponse est oui,
 
 
 
et, ce matin, un lapin, a tué un chasseur, c’était un lapin, qui avait un fusil, sont les paroles d’une chanson de Chantal Goya,
 
 
 
et, on prend la route, avec Angela, on prend les nationales, on s’arrête pour dormir quand on a besoin de dormir, on prend une petite route, sur le bas-côté, la voiture doucement s’immobilise, et, sur cinq cents mètres Angela conduit la Xsara, modèle coupé, turbo diesel, couleur huile d’olive, avec des reflets d’or, et, j’aime être excitée en te branlant, comme ça, et, il ne faudra pas oublier de s’arrêter encore une petite fois, un peu plus loin, pour faire l’amour,
 
 
 
et, on rejoint Laurent et on prend l’apéro avec lui, sur la terrasse, en haut de l’immeuble, Natascha nous rejoint un peu après, on mange tous les quatre, là-haut, ensuite on sort deux grands matelas, on dort dehors, tous les cinq, avec Dzeta, on est réveillé le matin, qui par la lumière du jour, qui par le frais du vent, qui par suffisamment dormi,
 
 
 
et quelques heures plus tard on entre dans le cimetière du Père-Lachaise, on y retrouve Isabelle, on est une centaine pour la cérémonie, pour Barbara,
 
 
 
et sur la route, de retour vers Nantes, on écoute Perfect day de Lou Reed,
 
 
 
et pour stopper l’asphyxie financière, et conjurer le risque d’une expulsion de la zone euro, le gouvernement grec a repris de nombreuses mesures exigées par les institutions européennes, et, sur les retraites, les concessions sont lourdes, avec une réforme incluant la hausse des cotisations et la suppression progressive, d’ici 2020, de l’allocation de solidarité sociale aux retraités,
 
 
 
et de Washington à Moscou en passant par Téhéran les dirigeants du monde saluent l’accord nucléaire conclu à Vienne y voyant la chance d’une nouvelle ère dans les relations internationales, à l’exception d’Israël qui dénonce une erreur historique,
 
 
 
et nous n’avons pas perdu le soutien de la société, nous ne permettrons pas qu’un gouvernement de gauche soit renversé, nous ne ferons pas à nos opposants la faveur d’être une parenthèse,
 
 
 
et il faut faire cesser les grèves dans les écoles, je ne pense pas que ces grèves soient justes, comment est-il pensable qu’il puisse être bon pour l’éducation de nos enfants d’être perturbés ainsi par les syndicats, il est temps de légiférer,
 
 
 
et avec Angela, on s’essaye à traduire Perfect day,
 
 
 
 
 
 
 

… jour suivant →


 
 
 
 
 
 
 
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Spinoza in China 28 novembre 2011 | fin juillet 2015

 
 
 
Et. Après un mois passé en Chine, Ernesto rencontra Élise. Ils déjeunèrent dans un restaurant vietnamien. Traversèrent la rue, après le repas, et rejoignirent le Nai Fen Dessert Café. Là, Ernesto, assis sur la banquette au fond à droite, face à Élise, ressentit les paroles échangées comme l’essence même de la vie. Pas plus. Pas moins. L’essence même de la vie, sous les attributs conjugués du corps et de la pensée. Voilà. Vibrations des voix. Vibrations des pensées. Puis ils se quittèrent. Ernesto se souvint de l’e-mail qu’il reçut d’Angela, le 0 novembre au matin. Ce fut tout. Ernesto était déjà en train de doucement revenir en France.
 
 
 
Et le contentement. Fut une joie. Et la déception. Fut une tristesse. Et la faveur. Fut une joie. Et cette joie. Fut un amour. Et l’indignation. Fut une tristesse. Et cette tristesse. Fut une haine. Et l’envie. Fut une tristesse. Et cette tristesse. Fut une haine. Et l’humilité. Fut une tristesse. Et l’orgueil. Fut un effet de l’amour. De soi. Et la gloire. Fut une joie sous la forme d’un délire. Et la honte. Fut une tristesse. Et le regret. Fut un désir. Et l’émulation. Fut un désir. Et la reconnaissance. Fut un désir. Et la gratitude. Fut un désir. Et la colère. Fut un désir. Et la bienveillance. Fut un désir.
 
 
 
Et. Quand il levait la tête, le passé simple s’effondrait dans ce que l’œil à l’instant voit, dans les feuilles qui bougent et le soleil qui réapparaît.
 
 
 
Et. Ernesto referme les Vies minuscules.
 
 
 
Il s’enfonce dans les hutongs. Il s’arrête devant des feuilles qui bougent ? Il s’arrête devant des cages suspendues à des arbres. Il écoute le chant des oiseaux. Il cherche des yeux les hommes dans leurs longs manteaux doublés de fourrure. Il marche dans les hutongs. Il s’arrête devant des murs, gris, blancs. Il s’arrête devant des palissades. Il regarde des inscriptions, peintes à même les murs, ou collées sur les palissades. Il regarde des camions, remplis jusqu’à la gueule, de briques, de feuilles de cartons empilés, de fruits et légumes, qu’il croit reconnaître, de fruits et légumes, qu’il ne connaît pas. Il regarde les visages des femmes, des hommes. Certains, certaines, lui sourient. Ernesto sourit en retour. Il regarde le va-et-vient des mobylettes, les départs et les arrivées des livraisons, devant des hangars. Il s’arrête devant un homme, accroupi, en train de couper en petits morceaux une cagette en plastique, à la hachette, comme on fait pour faire du petit bois. Il regarde passer les femmes et les hommes portant leur masque anti-pollution. Il marche dans les hutongs. Il rejoint le bord des lacs. Il sent l’émotion monter en lui à cheminer dans ces lieux devenus familiers. Il sent l’émotion monter à la perspective de ne plus y cheminer. C’est aujourd’hui l’avant-dernier jour d’Ernesto à Beijing.
 
 
 
Et. Dans le parc du temple du soleil. Ernesto regarde les cerfs-volants dans le ciel. Il regarde les fils au bout desquels sont attachés les cerfs-volants. Il les voit disparaître dans le bleu du ciel. Il regarde un homme tenant serré dans l’une de ses mains le fil le reliant à son cerf-volant, là-haut, très haut dans le ciel, peut-être à plusieurs kilomètres au-dessus de la surface du sol. Il entend les sons des klaxons, dans la ville. Il voit un groupe d’hommes sous un kiosque à musique, en train de jouer aux cartes, tous tournant le dos à leurs cerfs-volants. Il voit les cerfs-volants, chacun attaché par leur fil à l’un des piliers du kiosque à musique. Il voit les fils des cerfs-volants se croisant dans le visible, à proximité du sol. Il voit cinq taches de couleur, là-haut, très haut. Il voit cinq formes au-dessus de la ville. Et les hommes en train de jouer aux cartes ouvrent quelques bières. Crachent au sol. Rient. Fument. Les cerfs-volants sont dans le ciel. Ernesto regarde le visage des hommes, en train de jouer aux cartes. Leurs visages rayonnent. Il ne sait pas le dire autrement.
 
 
 
Et. Dans un café fréquenté par des expatriés occidentaux. À l’est de la ville. Ernesto. Avec son gros cahier à feuilles disparates, assemblées par des rivets en métal. Ernesto. Au milieu des écrans d’ordinateur, des téléphones intelligents, des liseuses. Ernesto. Buvant une bière au milieu des chocolats chauds et des thés. Ernesto. Tout regard vers une jeune femme, portant mini-short et collants, et pull moulant, et gardant son masque anti-pollution. Ernesto. Tandis que la lumière de l’écran de l’ordinateur portable de la jeune femme éclaire son visage. Ernesto ressent une charge érotique bien vivace.
 
 
 
Et. À la nuit tombée. Dans le long corridor du temple du ciel. Ernesto s’arrête aux côtés de groupes de femmes et d’hommes en train de chanter.
 
 
 
La beauté de ce chant, choral.
 
 
 
La puissance des chœurs.
 
 
 
La joie de chacun et chacune en action dans le chœur, chantant.
 
 
 
Et. L’émotion d’Ernesto à les entendre : ils chantent ensemble. L’émotion d’Ernesto à les entendre éclater de rire, à chaque fin de chant. Dans le long corridor. À la nuit tombée. Leurs visages rayonnent. Ils sont ensemble.
 
 
 

 
 
 
00:29:06 | Beijing | Ernesto sent you a message.
 
 
 
Chère Angela. Ces quelques mots pour te dire que je serai à Paris le 35 novembre. Et. Sans rien vouloir précipiter, je me demande, et, t’écrivant, conséquemment je te demande également, ou plutôt, je pose la question, là, comme ça, ici, entre nous, le plus délicatement possible, la voici : est-ce aussi certain que cela qu’il faille que nous soyons et toi prête et moi prêt pour nous lancer dans un amour love love love love love love love love love love love love love love love mega love ? Et. Sans réponse. Et. Présumant que la réponse est pratique et non théorique. J’espère te voir la semaine prochaine. Vivement. Très vivement. Ernesto.
 
 
 

 
 
 
et, avec Angela, on découvre ce jeu où je te balance un fringue, tu le plies, tu me balances un fringue, je le plie, et en trente secondes de jeu on se retrouve à poil et on baisse le rideau parce que sinon on est comme dans la rue avec la fenêtre grande ouverte, et, rideau baissé, on baise comme deux petits lapins de Gosselin dans cet après-midi de fin juillet,
 
 
 
et, le communisme est peu affaire d’hypothèse ou d’idée mais une question terriblement pratique, essentiellement locale, parfaitement sensible, est une phrase extraite du numéro 2 de la revue Tiqqun,
 
 
 
et, vous vous souvenez sans doute que j’ai rencontré Trésor Bomenga au camp de rétention de Corinthe l’été dernier, et, avec Trésor et l’aide de Florent et de Sarah, nous avions écrit cette lettre : lettre aux députés européens, objet : prolongation illimitée de détention au-delà de la période maximale des 18 mois en Grèce, nous, migrants enfermés au centre de rétention, ancien camp militaire, de Corinthe, nous vous informons de notre situation et vous adressons un appel vibrant, nous avons besoin de vous, le ΝΣΚ, service de consultation juridique et de représentation juridictionnelle de l’État grec, a publié le 20 mars 2014 l’avis 44/2014 à la suite d’une demande formulée par la direction de la police au sein du ministère de la protection des citoyens, l’avis se prononce en faveur d’une prolongation illimitée dans le temps de la rétention des migrants, nous, migrants enfermés au camp de Corinthe, avons réagi à cette décision grecque par une grève de la faim au mois de juin 2014 mais nos efforts sont restés vains, cette prolongation de rétention est complètement opposée à l’esprit et à la lettre de la directive 2008/115/CE du Parlement européen relative aux normes et procédures applicables dans les États membres en ce qui concerne le retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier, la directive, qui préconise une rétention aussi brève que possible, en fixe le terme maximum à dix-huit mois, nos conditions d’arrestation et de rétention sont en tous points opposées au droit de l’Union européenne : retenus depuis 18 mois ou plus, nous n’avons jamais vu un juge, nous ne disposons d’aucune voie de recours devant une autorité judiciaire (article 15), à l’intérieur du centre nous n’avons aucune distraction, ne pouvons nous laver, nous mangeons une nourriture insuffisante malgré les fonds européens destinés à nous nourrir, nous ne bénéficions plus des services de Médecins du Monde dont les spécialistes (dentistes, dermatologues, psychiatres) intervenaient très régulièrement, les tentatives de suicide sont fréquentes, notre désespoir est immense, nous vous demandons de faire en sorte que la Grèce respecte les standards européens en matière d’immigration et nous vous demandons instamment de repenser ce terrible enfermement d’une grande partie, la plus pauvre, de la population mondiale, enfermement en camps dont les conséquences historiques, pour l’Europe, ne sont pas mesurées, nous, migrants enfermés au camp de Corinthe, ce 15/08/2014, vous remercions pour votre intervention en notre faveur, Trésor Bomenga, pour les retenus du camp de rétention de Corinthe,
 
 
 
et, Lucie et Martin ont traduit cette lettre en allemand, Kiko en anglais, nous l’avons fait circuler auprès des parlementaires européens, puis, au mois de février, Syriza a mis un terme à la rétention illimitée des migrants, aujourd’hui, Trésor est libre, et il est à Paris depuis quelques jours, si jamais vous avez des chambres provisoires, des idées de chambres provisoires, des idées de lieux d’accueil, des idées de personnes à contacter pour des idées de lieux d’accueil, eh bien faites-moi signe, merci pour lui, Marie,
 
 
 
et, on répond à Marie ceci : chère Marie, on pense avec Angela depuis quelques temps à avoir un espace dans la maison pour accueillir quiconque pourrait temporairement en avoir besoin, et, si aujourd’hui la maison n’est pas « prête » pour cela, l’occasion pourrait accélérer, précipiter l’idée, la réaliser, tout simplement, comme c’est possible aujourd’hui, en sachant qu’en août on ne sera presque pas là, mais c’est bien sûr possible d’accueillir Trésor, même si du coup une maison vide c’est un peu étrange comme accueil, l’arrivée de Trésor pourrait se faire maintenant, fin juillet, on part le 3 août, on repasse le 7-8 août dans la maison, et on revient entre le 23 et le 29, qu’en penses-tu ? appelons-nous si ça te semble intéressant pour Trésor, voici nos numéros de téléphone, on t’embrasse, Angela, Ernesto,
 
 
 
et, chers vous deux, j’ai obtenu un rendez-vous d’urgence, pour Trésor, à la Cimade Paris, on va voir s’il peut faire une demande d’asile et être logé en CADA, moi ça m’étonnerait, je vous le dis dès lundi, Marie,
 
 
 
et, à propos du prochain rendez-vous des 29, on va le faire dehors, là-bas, au bout de la rue, devant les immeubles, on sera sur la place Don Bosco, à partir de midi, avec une table, ou en train d’en construire une, ou en train de construire un grand panneau, on a des planches, des clous, deux marteaux, deux scies, on amènera une ou deux ou trois chaises et des feuilles et des feutres et des crayons gris et rouge et noir, on vous propose de nous rejoindre quand vous le souhaitez, à partir de midi, avec ce qu’il vous semblerait bon d’amener, pour habiter la place, au plaisir de se voir, Angela, Ernesto,
 
 
 
et, si sortir de l’idée du monde des idées est une idée, et, si sortir de l’hypothèse du monde des hypothèses est une hypothèse, sortir de notre salon pourrait être une manière de pratiquer la pratique locale, et sensible, mais, le commun ne se produisant pas par décret de salon, nous voilà peut-être en train de comprendre l’adverbe terriblement dans la phrase le communisme est peu affaire d’hypothèse ou d’idée mais une question terriblement pratique, essentiellement locale, parfaitement sensible,
 
 
 
 
 
 
 

… jour suivant →


 
 
 
 
 
 
 
couverture_Spinoza in China_pour impression
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

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Spinoza in China 27 novembre 2011 | 28 juillet 2015

 
 
 
Et. Aujourd’hui. On peut parler d’une journée exceptionnelle. Une journée extraordinaire. Un brin fantastique, même.
 
 
 
Imaginez un peu. Le ciel est à peine en train de blanchir. Une lumière pâle pénètre dans la chambre où se réveille Ernesto. Et. Ernesto ne se réveille pas dans la chambre 7721 du Hanting Hotel. Mais dans le pavillon de l’Harmonie Soutenue, au cœur de la Cité interdite. Ernesto se réveille en synchro totale avec le soleil. Il entend, par-delà les murs de la Cité interdite, les pas des soldats qui effectuent la cérémonie du drapeau, à son lever, sur la place Tian’anmen. Et. Dans le pavillon de l’Harmonie Soutenue, Ernesto remarque la présence d’une autre personne. Il voit d’abord une silhouette, de dos, habillée d’une longue robe jaune, qui se retourne, s’approche, et, s’approchant, Ernesto commence à distinguer le visage d’un homme, qui se présente.
 
 
 
— Empereur Qianlong, 1711-1799. Sois le bienvenu, Ernesto. Tu prends du café ou du thé ?
 
 
 
— La même chose que toi.
 
 
 
— Ce sera du thé.
 
 
 

 
 
 
Deux heures plus tard. L’empereur Qianlong est en plein récit de sa vie. Il raconte à Ernesto comment il règne sur toute la Chine, à partir de 1735. Il raconte à Ernesto comment il transmet son titre, avant sa mort, en 1796 – afin que son règne ne dépasse pas en longévité le règne de son grand-père. Il raconte vite, très vite, il parle très vite. Il sert du thé, dès qu’une tasse est vide.
 
 
 
— Mais tu sais, ma vie d’empereur, ce n’est pas ce que j’ai préféré. Ce que j’ai préféré, et que je continue de préférer, c’est ma vie de globe-trotter. À partir de 1912. Le top. Et, le top du top, c’est les trente années que je passe – tu devines où ? En France. Oui. Je te raconte, tu vas voir.
 
 
 
J’arrive à Paris en 58. De Gaulle vient juste de prendre le pouvoir. Le petit Sollers vient de faire paraître Une curieuse solitude. Je lis le bouquin de Sollers. Je veux rencontrer ce gars. Je le rencontre. Je suis en admiration totale pendant quelques mois. Trois mois. Je déjeune avec lui tous les midis. Pendant trois mois. Ensuite, fini. Je ne le vois plus. Ensuite, je fais des petits voyages. Précisément, entre 58 et 62, je fais des voyages entre Paris, la Corse, et Alger. Et, en 62, en Corse, je rencontre Ju Como, un guitariste cameraman. Il est corse par son père, amérindien par sa mère, il revient de Californie. Et avec lui, au printemps 62, on forme un duo nomade. Entre 62 et 68, on réalise des scopitones. On les diffuse un peu partout, sur les marchés, à la sortie des usines, à la sortie des écoles, maternelles, primaires, secondaires, et devant les églises et les pharmacies, aussi. On peut dire que ces scopitones constituent une espèce de portrait critique des années 62-68, avec le regard particulièrement braqué : 1. sur la côte ouest des États-Unis d’Amérique du Nord ; 2. sur la côte sud de la Chine continentale ; 3. sur la côte est de la Chine continentale ; 4. sur toute l’étendue intérieure de la Chine continentale ; 5, sur l’usine Renault de Boulogne-Billancourt. Tout ça, entre 62 et 68. En 68, on fait la fête. En 69, on fait la fête. En 70, on fait la fête. En 71, on fait la fête. En 72, le 25 février, on arrête la fête.
 
 
 
— Je peux dire un truc ?
 
 
 
— Tout à l’heure. Le 26 février, on réalise à nouveau un scopitone. Ce sera le dernier. Il est muet. C’est un plan fixe sur le visage de Pierre Overney, vivant. Ensuite, pendant un an et demi, on disparaît complètement de la circulation. Chacun de notre côté. On se retrouve le 1er novembre 73, et ce jour-là, on décide officiellement d’arrêter notre collaboration. Je me lance alors dans une formation aux métiers de l’enseignement. Et, cinq ans plus tard, et pendant onze ans, les lundis, les mardis, les jeudis et les vendredis, je suis instituteur pour des élèves de cours moyen deuxième année, à l’école primaire Paul Bert, rue de la Pradelle, à Clermont-Ferrand, et les mercredis, les samedis et les dimanches, je suis professeur d’analyse de films à l’université Paris 8, d’abord à Vincennes, ensuite à Saint-Denis.
 
 
 
Ici. L’empereur Qianlong marche jusque vers un rideau, qu’il tire, et derrière lequel Ernesto découvre une réplique de la salle de classe de l’école Paul Bert.
 
 
 
L’empereur s’assoit derrière le bureau de la salle de classe. Il est alors au premier étage du bâtiment B de l’école. À sa droite, par-delà de grandes fenêtres donnant sur les voies ferrées, il regarde passer un train qui roule en direction de Bordeaux, de Tulle, de Brive-la-Gaillarde ou de Chamalières. L’empereur Qianlong est alors plongé à fond dans les années 78-89.
 
 
 
Et. Dans cette plongée. Si le jour est un 25 février. Ou. Si le jour est un 11 septembre. Et si un élève ou une élève vient de faire un peu trop la ou le mariole, ou que tous gardent le silence alors que la parole vient de leur être donnée, Qianlong lisse de deux doigts de sa main droite les poils ras de sa moustache postiche et grisonnante de laquelle il s’affuble, indéfectiblement, pour son enseignement. Et. Il dit : rions trois fois par saccades de deux. Ah-ah, ah-ah, ah-ah.
 
 
 
Il dit ça, puis il se lance dans une improvisation relative à sa manière de concevoir l’éducation nationale dans le cadre d’un enseignement avec marioles et silence quand la parole est donnée. À réaction, réaction et demie. Les 25 février. Et les 11 septembre.
 
 
 
Il dit ça, et aussi : figurez-vous, les enfants, qu’entre les pauvres et l’essentiel et l’accessible à tous il existe un passage pour la pensée mais ici je ne vais pas vous apprendre ça. Ici, je vais vous apprendre la grammaire et l’histoire.
 
 
 
Il dit aussi : pas utile ici de penser je veux pas que tu m’éduques, tu vas pas m’éduquer, j’apprends pas la grammaire avec toi, je veux pas ton histoire, je veux pas sentir les poils de ta moustache d’éducateur national. Pas utile. Non.
 
 
 
Il dit aussi : pas utile non plus de penser je veux comprendre, je veux que tu me donnes le goût d’apprendre, je veux que tu nous trouves un moyen pour nous faire comprendre et vivre une réalité de l’égalité. Pas utile. Non plus.
 
 
 
Il dit aussi : pas utile d’attendre de ma part un quelconque enseignement par lequel trouver ou produire un moyen pour comprendre cette chose que peut-être certaines ou certains d’entre vous sentent et souffrent de ne pas parvenir à comprendre, cette chose, là, par quoi nous appartiendrions à ce que certaines ou certains d’entre vous pensent que nous avons en commun.
 
 
 
Et aussi : mon travail, ici, c’est pas ça. Mon travail, ici, c’est de vous éduquer. Mon travail, ici, c’est de vous aimer par l’éducation nationale. Mon travail, ici, c’est de vous éduquer la face bien nationale, de la tête au pied, en étant bien attentif à votre expression lorsque je dis rions trois fois par saccades de deux. Ah-ah, ah-ah, ah-ah.
 
 
 
Et aussi : mon travail, ici, c’est de vous apprendre le fonctionnement de la machine intérieure nationale. Trois fois. Par saccades biannuelles. Si possible. Les 25 février. Et les 11 septembre.
 
 
 
Et encore : maintenant, les enfants, que vous vous sentiez pauvres ou riches, savants ou ignorants, ignorés ou aimés, ou, et, quoi que vous sentiez, sachez que mon travail national est ici de vous apprendre que ma moustache est ma moustache est ma moustache est ma moustache est ma moustache. Et. Maintenant. Les enfants. Si ça vous amuse. Considérez-moi avant tout comme un représentant de la justice éternelle nationale.
 
 
 
Il dit ça à ses élèves de cours moyen deuxième année les 25 février et les 11 septembre, entre 78 et 89. Quand le 25 février ou le 11 septembre tombe un lundi, un mardi, un jeudi ou un vendredi.
 
 
 
Si le 25 février, ou le 11 septembre, tombe un mercredi, un samedi, ou un dimanche, l’empereur Qianlong projette un film aux étudiantes et étudiants qui viennent assister – et pour certains participer – à son cours d’analyse de films, à l’université Paris 8, à Vincennes, d’abord, puis à Saint-Denis. Ces jours- là, il projette Hurlements en faveur de Sade, de Guy Debord, les années paires, et Salo, de Pier Paolo Pasolini, les années impaires.
 
 
 
Et. Le 15 avril 1989. L’empereur Qianlong rentre en Chine. On peut le voir dès le 16 avril du côté de la place Tian’anmen. L’empereur Qianlong regarde Ernesto. Il lui dit : tu sais, dans le hall de ton hôtel, la femme de ménage qui nettoie le sol en faux marbre, je la connais bien. Demain midi, elle ira servir à manger au mariage de son dernier fils, qui épouse ma dernière fille.
 
 
 
Il est 11h00.
 
 
 
La sonnerie réveil du téléphone d’Ernesto sonne dans son petit sac à dos. Ernesto va jusque vers le sac et coupe la sonnerie. Il fouille dans ses affaires. Il en sort des chaussures de course hyper légères et un short.
 
 
 
— Excuse-moi, empereur. J’ai un truc à faire. Je reviens dans une heure.
 
 
 
Ernesto se change. Il rejoint à foulées vives la petite échoppe. Ça lui prend un quart d’heure. Quand il entre dans l’échoppe, ruisselant de sueur, un rire se propage sur les visages des ouvriers en train de manger. Ernesto s’assoit. La patronne vient lui servir un plat de pâtes. Elle lui dit quelques mots.
 
 
 
Qu’Ernesto semble comprendre.
 
 
 
Il sort alors de son petit sac à dos son gros cahier à feuilles disparates, assemblées par des rivets en métal, et, sur une des feuilles, il fait un dessin rapide : il dessine une carte du monde, avec les continents, plus ou moins reconnaissables. Avec la Chine bien au centre.
 
 
 
Ernesto est tout fier et sourit à la patronne.
 
 
 
Il est 11h29. Ernesto rejoint le Nai Fen Dessert Café. Il s’assoit sur la banquette, au fond de la salle, à droite. Il commande un café. Ouvre l’Éthique. Il est 11h30. Reprise.
 
 
 

 
 
 
Le désir d’Ernesto est l’essence même d’Ernesto.
 
 
 
L’essence d’Ernesto fait tourner le moteur d’Ernesto.
 
 
 
Le moteur d’Ernesto met Ernesto en action.
 
 
 
Ernesto en action est nécessaire au vivant d’Ernesto.
 
 
 
Par ailleurs, une joie est un passage d’une perfection moindre à une perfection plus grande.
 
 
 
Par ailleurs, une tristesse est un passage d’une perfection plus grande à une perfection moindre.
 
 
 
Par ailleurs, la phrase Par perfection et par réalité, j’entends la même chose, Ernesto la traduit aujourd’hui comme ça : la perfection n’est pas de l’ordre d’un degré à atteindre, mais de l’ordre d’une qualité de présence, à vivre. Une qualité de présence dans la réalité. Une qualité de présence à vivre dans la réalité. Une qualité plus ou moins intensive. Selon les possibles. Toujours une qualité.
 
 
 
Attention. La joie. Est un passage.
 
 
 
Attention. La tristesse. Est un passage.
 
 
 
La joie n’est pas la perfection. La tristesse non plus. La joie ou la tristesse sont à chaque fois un passage. Un passage d’une perfection à laquelle Ernesto participe à une autre perfection à laquelle il participe également.
 
 
 
Un passage, c’est-à-dire un mouvement dans l’action. Un passage, c’est-à-dire un moment de l’action.
 
 
 
Et. Joie ou tristesse. Sont des affects en acte. C’est-à-dire. Des passages dans la réalité à laquelle Ernesto comme quiconque participe. Selon les possibles.
 
 
 
Il n’y a rien à quoi Ernesto comme quiconque ne puisse participer.
 
 
 
Par ailleurs. Le plaisir. La mélancolie. La douleur. L’amour. La haine. L’inclination. L’aversion. L’adoration. La dérision. L’espoir. La crainte. La sécurité. Le désespoir.
 
 
 
Est une joie. Est une tristesse. Est une tristesse. Est une joie. Est une tristesse. Est une joie. Est une tristesse. Est un amour. Est une joie. Est une joie. Est une tristesse. Est une joie. Est une tristesse. Est un passage. Est un passage. Est un passage. Est un passage. Est un passage. Est un passage. Est un passage. Est un passage. Est un passage. Est un passage. Est un passage.
 
 
 
Ernesto prend tout son temps pour rejoindre la Cité interdite.
 
 
 

 
 
 
Et. À 17h32. Tandis que la nuit commence à tomber. On retrouve Ernesto et Qianlong dans les allées de la Cité interdite.
 
 
 
Et. À 17h33. On les voit tous les deux croiser les soldats qui rejoignent la cérémonie du drapeau, sur la place Tian’anmen.
 
 
 
Et. À 17h34. On les voit tous les deux, de retour, dans le pavillon de l’Harmonie Soutenue. Le décor a un peu changé. Un ensemble de vitrines, dans lesquelles sont exposées des pierres précieuses, a remplacé le lit où Ernesto s’est réveillé ce matin.
 
 
 
Et. À 17h35. On les voit tous les deux en train de s’approcher d’une vitrine où sont exposées les plus précieuses des pierres de jade de la collection de l’empereur Qianlong.
 
 
 
Et. À 17h36. On sent que l’empereur est tout heureux à l’idée de montrer sa collection de pierres de jade à Ernesto.
 
 
 
Et. À 17h37. Ernesto regarde l’empereur et constate que l’empereur commence à dodeliner un tout petit peu du cul, un peu comme s’il se mettait à danser sur l’air d’une chanson disco. Si si.
 
 
 
Et. À 17h38. En s’approchant un peu de l’empereur, Ernesto l’entend qui fredonne, en effet, une chanson du groupe Abba. Money Money Money. Et. Il l’entend fredonner cette chanson dans une version un petit peu particulière – celle réalisée par un vidéaste français, Pascal Lièvre, et qui a pour titre Abba Mao.
 
 
 
Ernesto entend l’empereur fredonner les paroles de la chanson. Notre littérature et notre art servent au même titre la grande masse du peuple, au premier chef : les ouvriers, les paysans, et les soldats. Et. À croire que notre littérature et notre art aient davantage à servir les soldats que les ouvriers ou les paysans, Ernesto entend l’empereur fredonner au moins cinq fois de suite la phrase suivante : Une armée sans culture est une armée ignorante, et, une armée ignorante ne peut vaincre l’ennemi.
 
 
 
Voilà. Pour l’ambiance. Abba. Mao. L’empereur qui fredonne en dodelinant du cul. Tout ça, juste avant d’ouvrir la vitrine où sont exposées les pierres de jade les plus précieuses de la collection de la dynastie Qing. Ma dynastie, dit l’empereur en bombant le torse, et en continuant à dodeliner du cul.
 
 
 
Et. À 17h39. L’empereur ouvre la vitrine et saisit un ruyi en jade blanc. C’est un sceptre, d’environ un pied et demi de longueur, sur lequel sont gravées deux phrases composées de six caractères chinois. L’empereur saisit le ruyi en jade blanc, et le tend à Ernesto.
 
 
 
— Tiens, je te le donne, c’est cadeau. Ce ruyi-là m’est particulièrement précieux.
 
 
 
Je l’ai offert, déjà, une fois, et il m’est revenu. Je l’ai offert le 10 août 1793, dans la cinquante-huitième année de mon règne. Je l’ai offert au roi d’Angleterre, George III, qui n’a pas su le recevoir. Il n’a pas su le recevoir quand son émissaire, ce crétin de George Macartney, lui a remis en main propre, à son retour, là-bas, à Buckingham. Ce que j’ai su, c’est que le roi d’Angleterre, George III, a souri de haut, quand on lui a traduit les phrases gravées dans le blanc du jade, j’ai su cela, et j’ai fait le nécessaire pour que ce ruyi en jade blanc me revienne. Le voici. Cadeau. C’est pour toi.
 
 
 
Et. À 17h40. Ernesto saisit le ruyi en jade blanc. Tandis que l’empereur recommence à fredonner Money Money Money.
 
 
 
Et. À 17h41. Faisant tourner le ruyi en jade blanc dans sa petite main, Ernesto commence à traduire les caractères chinois. Comme si la chose était possible. Il traduit. Caractère 1. La Finance. Caractère 2. N’est rien. Caractère 3. Qu’une modalité. Caractère 4. De la destruction du vivant. Caractère 5. La Jouissance. Caractère 6. Est son alliée la plus fidèle.
 
 
 
Et. À 17h42. Ernesto et l’empereur échangent un sourire dans le silence du pavillon de l’Harmonie Soutenue. Et. Pour remercier l’empereur, Ernesto sort un œuf dur de sa poche et lui dit : regarde. Regarde empereur. Ceci est un œuf dur de poche. Et je vais maintenant jongler avec cet œuf dur de poche et avec le ruyi en jade blanc que tu viens de m’offrir. Et voilà. Maintenant, regarde. Maintenant je jongle avec mon œuf dur de poche et avec ton ruyi en jade blanc et par le volume que forme l’espace dans lequel se déploie la jonglerie. Regarde. Par ce volume, et dans ce volume, se produit quelque chose comme un corps. Oui. Un corps sans contour figé. Mais un corps cependant bien présent. Un corps présent par la seule association des mouvements et de la vitesse des objets pris dans la jonglerie. Un corps, parcouru par toutes sortes d’intensités qui le traversent : depuis le bout de mes doigts qui relancent sans arrêt les deux objets en l’air, jusque dans le fond de ton cœur, peut-être. Ou. Jusque dans le fond de mon âme. Ou. Jusque dans ta moelle épinière. Un corps. Parcouru par des intensités contradictoires. Et. Complémentaires. Et. Réciproques, parfois. Un corps. Parcouru par des intensités reliant peut-être le fond de mon cœur au jaune de l’œuf dur, et reliant peut-être aussi ta moelle épinière aux veines de mes doigts qui relancent sans arrêt les deux objets en l’air. Regarde, empereur, je jongle avec mon œuf dur de poche et avec ton ruyi en jade blanc, et j’ai d’autres œufs durs dans les poches, et ta vitrine est pleine de ruyi en jade vert, ocre, jaune, de toutes les couleurs, et alors regarde : hop, hop, hop, hop, hop. Il est 17h43.
 
 
 
Et. À 17h43. L’empereur Qianlong saisit au vol un œuf dur pris dans la virevolte et le porte à sa bouche et le coupe en deux morceaux avec ses dents. Un morceau pour Ernesto. Un morceau pour lui. C’est ce que j’appelle savoir recevoir. Dit l’empereur.
 
 
 
Il est 17h44. Respirations.
 
 
 
Et. À 17h45. Qianlong et Ernesto ont tous les deux à peu près dix ans et vingt-sept jours. Et. Comme deux brothers gamins. On les voit sortir du pavillon de l’Harmonie Soutenue en rasant les murs et en marchant à quatre pattes, pour ne pas être vus. Mais. On les voit. Ils sortent du pavillon de l’Harmonie Soutenue. Ils marchent dans les jardins, dans les allées de la Cité interdite. Ils marchent à la vitesse de l’éclair, et rejoignent tout au sud de la Cité interdite, à quatre pattes et rasant les murs à la vitesse de l’éclair, ils rejoignent le balcon qui domine la place Tian’anmen.
 
 
 
Et. À 17h46. Sur le balcon. Qianlong et Ernesto, cachés derrière un muret, sont assis en tailleur, par terre, l’un en face de l’autre. Ils respirent calmement, profondément. Tandis que sur la place Tian’anmen comme tous les soirs les soldats évacuent les derniers badauds.
 
 
 
Et. À 17h47. Sur le balcon. À l’abri des regards. Qianlong et Ernesto disposent au sol les œufs durs de poche et les ruyi en jade de toutes les couleurs de la dynastie Qing.
 
 
 
Et. À 17h48. Ernesto et Qianlong commencent une partie de go quelque peu inédite. Avec œufs durs de poche et ruyi en jade de toutes les couleurs. Avec, aussi, qui leur trotte dans la tête, l’air disco de la chanson du groupe Abba. Money Money Money. Et les mots de Mao.
 
 
 

 
 
 
et, Angela me demande si n’évoquant ici de notre histoire love que les moments heureux, et n’évoquant ni aucun doute, ni aucune querelle, je ne serais pas en train de participer à une espèce de perpétuation du romantisme à l’envers, et je réponds : ok, c’est un fait, en tant que Spinoza in China est une ode à l’amour, et se voudrait être une ode à la réalité de l’amour, et non à son idéal, il serait bon, oui, que je ne laisse pas trop entendre ici que nos jours sont faits d’heures éthérées et de rose et de vif et d’accord et de compréhension et de partage et d’écoute et de disponibilité et de patience et d’attention douce et néanmoins pas mièvre pour un clou – sans oublier la bienveillance – et de tant et tant de bonnes et fortes et stables et denses et belles choses et de rien d’autre, non, il ne faudrait pas que je laisse croire ça, alors, voilà, c’est fait, je viens de faire ce qu’il faut pour ne pas laisser croire que notre amour n’est que de rose et de vif et d’accord et de compréhension et de partage et d’écoute et de disponibilité et de patience et d’attention douce et néanmoins pas mièvre pour un clou et qu’il n’est que vivant de tant et tant de bonnes et fortes et stables et denses et belles et bienveillantes choses et de rien d’autre, voilà, c’est dit, c’est fait, c’est ici, et, pour le reste, je ne parlerai de notre amour que par là où il nous donne, ou, pour le dire plus justement : par là où je sens qu’il donne, par les manières que nous avons de le vivre et de le comprendre au fur et à mesure de sa production love, telle que je la ressens et peux la traduire,
 
 
 
par ailleurs, ce jour, 28 juillet 2015, je souhaite citer ici des propos tenus par deux personnes humaines, ces deux personnes humaines sont : Patrick Gyger, directeur du Lieu dit Unique, scène nationale de Nantes, et Petros Broteos, un des coordinateurs de la clinique sociale d’Hellinikon, en Grèce, je commence, chronologiquement, par les propos de Patrick Gyger, rapportés par le journal Ouest-France, le 2 avril 2015, alors que le conseil d’administration du Lieu dit Unique, scène nationale de Nantes, vient en ce début de mois d’avril 2015 d’adopter un plan de restructuration validé par les partenaires principaux, à savoir : la ville de Nantes, la région Pays de la Loire, et le ministère de la Culture, ce plan de restructuration prévoyant une réduction de la programmation artistique, et la suppression de quatre emplois, les propos de Patrick Gyger sont les suivants : on est en train de mettre en place cette restructuration, et, nous allons réduire des éléments périphériques de la programmation. Mais nous ne pouvons pas trop couper dans l’activité, puisque nous devons respecter le contrat d’objectifs passé avec l’État, qui impose un certain niveau de dépenses dédiées à l’artistique, et, nous supprimons aussi quatre postes sur des activités parallèles pas totalement liées à l’artistique, les propos de Petros Broteos, rapportés par le journal l’Humanité, ce 28 juillet 2015, sont les suivants : ici, il y a cinq principes immuables, nous ne recevons pas d’argent, nous refusons de faire de la publicité aux compagnies qui nous fournissent des médicaments, nous n’avons aucune relation avec les partis politiques, tous les gens qui travaillent ici sont des volontaires, et, surtout, nous traitons les gens d’égal à égal, ici, les gens qui viennent savent que nous ne leur faisons pas la charité, ici nous parlons de solidarité et de dignité, l’un des plus beaux exemples de ce que je vous avance, ce sont les médicaments que nous recevons du monde entier, savez-vous qui nous en envoie le plus parmi les particuliers ? eh bien ce sont les Allemands, il ne faut pas confondre les peuples et les gouvernements, et, en ce qui concerne les propos de Patrick Gyger, après les mots nous ne pouvons pas trop couper dans l’activité puisque nous devons respecter le contrat d’objectifs passé avec l’État, qui impose un certain niveau de dépenses dédiées à l’artistique, l’article du journal Ouest-France précise qu’en effet Patrick Gyger ne peut pas trop couper dans les dépenses dédiées à l’artistique, sous peine, pour le Lieu dit Unique, de se voir retirer le label scène nationale, et, si le label scène nationale est retiré, je ne suis pas un spécialiste, mais j’imagine que l’argent, qui va avec le label, est aussi retiré, et, l’article du journal Ouest-France ne va pas jusqu’à faire une analyse de texte en pointant l’emploi du verbe pouvoir par Patrick Gyger et non du verbe vouloir, en effet, Patrick Guyger ne dit pas qu’il ne veut pas trop couper dans les dépenses dédiées à l’artistique, il dit juste qu’il ne peut pas, car l’État impose un certain niveau de dépenses dédiées à l’artistique, il ne peut pas, s’il veut continuer à bénéficier de l’argent de l’État, et, l’article du journal Ouest-France ne va pas non plus jusqu’à se demander ce qui se passera, ce qui se passerait, en termes de pouvoir et de vouloir, si l’argent venait à ne plus venir de l’État, voire, à ne plus venir du tout, et, l’article du journal Ouest-France ne précise pas non plus que parmi les quatre postes supprimés – Patrick Gyger parle de postes supprimés, et non de personnes humaines licenciées : nous supprimons aussi quatre postes sur des activités parallèles pas totalement liées à l’artistique – l’un des postes est le poste dédié – jusque-là – à la programmation littérature, d’où, l’on pourrait conclure que la littérature est désormais dans la programmation du Lieu dit Unique une activité parallèle, pas totalement liée à l’artistique, ce qui, d’un point de vue révolutionnaire, n’est peut-être pas sans intérêt, et, en ce qui concerne les propos de Petros Broteos, je souhaite juste ici à nouveau les donner à entendre : il y a cinq principes immuables, nous ne recevons pas d’argent, nous refusons de faire de la publicité aux compagnies qui nous fournissent des médicaments, nous n’avons aucune relation avec les partis politiques, tous les gens qui travaillent ici sont des volontaires, et, surtout, nous traitons les gens d’égal à égal, ici, les gens qui viennent savent que nous ne leur faisons pas la charité, ici nous parlons de solidarité et de dignité, l’un des plus beaux exemples de ce que je vous avance, ce sont les médicaments que nous recevons du monde entier, savez-vous qui nous en envoie le plus parmi les particuliers, eh bien ce sont les allemands, il ne faut pas confondre les peuples et les gouvernements,
 
 
 
 
 
 
 

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Spinoza in China 26 novembre 2011 | 10 juillet 2015

 
 
 
Et. Ne se connaissant lui-même que par les affections de son corps. Ernesto développe sa puissance d’agir dans l’expérience de cette connaissance. Et. S’efforçant d’imaginer ce qui développe cette puissance d’agir. Et. Parvenant à imaginer deux ou trois trucs qui développent cette puissance. Ernesto. Aujourd’hui. Est affecté de joie. C’est tout pour aujourd’hui.
 
 
 

 
 
 
et, le 10 juillet 2015, je demande à Angela mais si les propositions du gouvernement grec répondent positivement aux attentes de celles et ceux nommés les créanciers alors ces propositions sont-elles une trahison du gouvernement grec à l’égard de celles et ceux qui ont voté pour Syriza ? Ou bien s’agit-il d’une trahison à l’égard de l’ensemble du peuple grec – qu’est-ce qu’un peuple ? ce à quoi Angela répond : il y a un film de Roberto Rossellini, La machine à tuer les méchants, qui est projeté tout à l’heure, à 14h30, au Katorza, tu viens avec moi ? et, en début d’après-midi, avec Angela on va voir La machine à tuer les méchants, c’est l’été, la température extérieure est de 32°C, c’est bon, le soleil est bon, sa chaleur est bonne, et, dans La machine à tuer les méchants, parmi les multiples choses que l’on voit, on voit ceci : on est en 1948, c’est l’été, aussi, et, une famille d’Américains arrive dans un petit village italien car le père de la famille d’Américains, qui fut soldat et débarqua sur les côtes italiennes pour libérer l’Europe du joug nazi, selon l’expression en usage, est actuellement en pourparler avec le maire du petit village italien pour acheter un morceau de terrain, et construire un hôtel, peut-être, en déplaçant le cimetière du village, si nécessaire, et, durant tout le film on voit la famille d’Américains ne trouver aucune maison qui lui convienne pour se loger, essentiellement parce que dans chaque maison où la famille d’Américains arrive, une personne humaine meurt, et, durant tout le film la famille d’Américains est baladée d’une maison à une autre maison et à chaque fois qu’ils arrivent dans une nouvelle maison, une nouvelle personne humaine meurt, mais, l’arrivée de la famille d’Américains n’est pas la cause explicite de chacune de ces morts, non, la cause explicite de chacune de ces morts est la suivante : il y a, dans le village, un photographe qui au tout début du film fait la découverte suivante : il découvre que lorsqu’il prend en photo une photo sur laquelle est visible une personne humaine qu’il a par le passé photographiée, à l’instant où il prend la photo en photo : la personne humaine meurt dans la vie présente, et, chose remarquable, la personne humaine meurt dans la même position que celle dans laquelle la photo l’avait, oui, immortalisée, et quand le photographe s’aperçoit une première fois par accident de ce pouvoir qu’il a entre les mains, il souhaite avoir confirmation de ce pouvoir, qu’il a entre les mains, et, pour cela, il fait un test, et sur qui fait-il le test ? il ne fait pas le test sur une personne humaine, non, il fait le test sur un animal, oui, il sort de sa boutique, et il prend en photo le premier âne qui passe par là, il développe et révèle la photo, il prend en photo la photo de l’âne, et l’animal meurt, il a bien ce pouvoir de pouvoir tuer, et, ensuite, il tue les personnes humaines méchantes qui pourrissent la vie du village, et comment le photographe établit-il qui est méchant et mérite d’être tué ? il l’établit selon le jugement suivant : est méchant ou méchante quiconque vit sous le régime des chiffres, des nombres et des comptages, si si, je vous assure, par exemple, parmi les nombreuses personnes humaines que le photographe tue, il tue un ancien fasciste, qui est toujours fasciste, bien sûr, et, c’est drôle, c’est très drôle, c’est un film très drôle parce que l’on y voit les choses très clairement, on y voit, par exemple, que l’ancien fasciste est toujours fasciste, et, quand le photographe tue l’ancien fasciste toujours fasciste, en prenant en photo une photo du fasciste en train de faire le salut fasciste, l’ancien fasciste toujours fasciste meurt avec le bras bien raide du salut fasciste, et, dans La machine à tuer les méchants, on voit le cercueil avec dedans le fasciste mort, dont le bras mort a gardé par sa raideur de mort le salut fasciste, on voit le cercueil qui traverse le village avec une excroissance phallique dans laquelle gît la raideur morte du salut fasciste, et après la projection avec Angela on va boire une bière et deux en terrasse du bar Le Landru, c’est un nouveau bar, ouvert il y a huit mois par Thierry qui ouvre un nouveau bar tous les cinq ans, il a ouvert Le Violon dingue, il a ouvert le Stakhanov, il en a ouvert d’autres, peut-être, avant, je ne sais pas, et quand on lui demande : est-ce que tu organiseras des concerts dans ton nouveau bar, comme tu faisais au Violon dingue et au Stakhanov ? Thierry nous dit non merci, j’ai fait ça pendant dix ans et plus, là, j’arrête, c’est super épuisant, avec Le Landru, je retourne aux fondamentaux,
 
 
 
l’expression nous plaît bien, retourner aux fondamentaux,
 
 
 
et, je demande à Angela : est-ce que tu crois que c’est retourner aux fondamentaux qu’ont pensé possible celles et ceux qui ont voté pour oxi, en Grèce ? et, sortant son carnet de dessins de son sac en bandoulière et commençant à dessiner dans son carnet avec des feutres aux couleurs super vives, Angela me demande ce que j’entends par fondamentaux, et je dis que pour les fondamentaux, j’en reste à la définition suivante : les fondamentaux sont les modalités permettant de considérer la vie des personnes humaines avec amour, je rougis un peu, je regarde les couleurs vives pétantes du dessin d’Angela, et, je rappelle Patrick qui m’a laissé un message hier en me disant : ce que j’ai à te dire, je ne peux pas te le dire en te laissant un message, et, ce qu’il me dit aujourd’hui c’est ceci : j’ai quarante-sept ans, comme tu sais, et comme tu sais, je n’ai toujours pas rencontré mon père, eh bien, figure-toi que mon père a décroché son téléphone, pas pour m’appeler, d’abord, non, pour la bonne et simple raison qu’il ne savait pas que j’existais, avant de décrocher son téléphone, non, il a décroché son téléphone pour appeler ma mère, qu’il ne savait pas être ma mère, non plus, il n’appelait pas ma mère, il appelait un amour de jeunesse à qui après quarante-sept années de silence il souhaitait à nouveau parler, ou, pour être plus précis, et plus juste, parler avec cet amour de jeunesse lui était nécessaire pour se mettre au clair avec sa conscience, après quarante-sept années de vie avec une conscience pas cent pour cent tranquille, et, bon, il a décroché son téléphone, il a composé le numéro de téléphone de ma mère, le téléphone de ma mère a sonné, ma mère a décroché, ce fut un choc pour elle, oui, ce fut un choc, après quarante-sept années sans entendre la voix de cet homme, de l’entendre, et, pour partie, de la reconnaître, et, après quarante-sept années sans se parler, ils se sont parlé, ma mère lui a dit : tu as un fils, ce fut un choc pour lui, maintenant c’est un choc pour moi, ce père sur l’absence de qui j’ai bâti pendant quarante-sept années ma vie, il n’est plus absent, c’est une chose importante, je voulais te le dire, je voulais partager ça avec toi,
 
 
 
et, le projet de la loi Macron est voté à nouveau par le recours à l’article de la constitution de la République française dit engagement de responsabilité, permettant au gouvernement d’imposer l’adoption d’un texte par l’Assemblée nationale, immédiatement, et, sans vote, et, la police est passée ici régulièrement depuis plusieurs jours pour expliquer qu’il fallait partir avant mercredi soir, et, à l’inverse des places occidentales, l’écrasante majorité des investisseurs des bourses chinoises sont des particuliers s’étant endettés pour investir, et, l’écroulement de la valeur des titres qu’ils ont achetés les prive des moyens d’honorer leur dette, et, la Tunisie annonce la construction d’un mur le long de la frontière avec la Libye pour renforcer sa sécurité,
 
 
 
et, je regarde le dessin qu’est en train de faire Angela, je regarde les couleurs vives et je pense à Patrick, je suis heureux pour lui, je regarde les couleurs vives du dessin d’Angela, je regarde Angela,
 
 
 
 
 
 
 

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Spinoza in China 25 novembre 2011 | 5 & 6 juillet 2015

 
 
 
Et.
 
 
 
— Sur la place Tian’anmen ?
 
 
 
— Sur la place Tian’anmen.
 
 
 
Au lever du soleil. Tandis que les soldats sortent de la Cité interdite et traversent le boulevard deux fois sept voies pour la cérémonie du lever de drapeau. Ernesto trafique un petit tour de hacking avec son téléphone portable.
 
 
 
Et. Sur les deux écrans vidéo géants qui barrent la place sur toute sa largeur, les slogans patriotiques matinaux se brouillent et sont remplacés par Mamalouloutte ! Mamaloulutte ! Mamaluloutte ! Mamalulutte ! Mamaolouloutte ! Mamaoloulutte ! Mamaoluloutte ! Mamaolulutte ! Maomalouloutte ! Maomaloulutte ! Maomaluloutte ! Maomalulutte ! Maomaolouloutte ! Maomaoloulutte ! Maomaoluloutte ! Maomaolulutte !
 
 
 
Tandis qu’en bas de chaque écran défile Mamalouloutte n’est pas Mama. Attention. Mamaloulutte n’est pas Mao. Attention. Mamaluloutte n’est ni Mama, ni Mao. Mamalulutte n’est ni dame ni monsieur avec matrice originaire de qui après neuf ou dix mois ou soixante-deux ans de gestation ou procédure pour adoption ou révision. Mamaolouloutte c’est différent. Mamaoloulutte est une espèce d’entité mentale super charnelle. Mamaoluloutte est une espèce d’entité charnelle super mentale. Mamaolulutte est douce et puissante. Maomalouloutte est fuyante et présente. Maomaloulutte est sans âge. Maomaluloutte a tout âge. Maomalulutte est vieille de quatorze et deux cent deux mille et quinze années. Maomaolouloutte est une gamine, et, un gamin, âgés tous les deux de seize ans le jour de leurs fiançailles mentales et charnelles. Maomaoloulutte est délicieuse d’insouciance. Maomaoluloutte est rayonnante de raison. Maomaolulutte irradie. Et. Mamalouloutte irradie aussi. Et. Mamaloulutte irradie aussi. Et. Mamaluloutte irradie aussi. Et. Mamalulutte irradie aussi. Elles irradient, toutes. Au point qu’il est nécessaire de se mettre à distance afin de ne pas se cramer tous les vaisseaux. Elles irradient, toutes. Au point qu’il est impensable de ne pas se mettre en relation avec elles.
 
 
 

 
 
 
Et. Le chant des oiseaux dans les cages accrochées aux arbres. Les hommes dans leurs longs manteaux doublés d’épaisses fourrures. Le Nai Fen Dessert Café. La banquette, au fond à droite.
 
 
 

 
 
 
Et. À 9h00 pétantes. Ernesto et Mamaolouloutte ouvrent l’Éthique de Spinoza.
 
 
 
Et. À 9h01. Ernesto et Mamaoloulutte sont d’accord : tout objet peut être par accident cause d’espoir, ou, de crainte.
 
 
 
Et. À 9h02. Ernesto et Mamaoluloutte sont d’accord : ils croient aisément ce qu’ils espèrent, et difficilement ce qu’ils craignent.
 
 
 
Et. À 9h03. Ernesto et Mamaolulutte sont d’accord : ils surestiment ce qu’ils espèrent, et sous-estiment ce qu’ils craignent.
 
 
 
Et. À 9h04. Ernesto et Maomalouloutte se regardent intensément. Intensément. Intensément. Intensément. Intensément.
 
 
 
Et. À 9h05. Ernesto et Maomaloulutte énumèrent les fluctuations de l’âme qui naissent de l’espoir et de la crainte.
 
 
 
Et. À 9h06. Ernesto et Maomaluloutte sont d’accord : pas d’espoir sans crainte, ni de crainte sans espoir.
 
 
 
Et. À 9h07. Ernesto et Maomalulutte sont d’accord : ils aiment toute chose qui produit en eux de l’espoir.
 
 
 
Et. À 9h08. Ernesto et Maomaolouloutte sont d’accord : ils haïssent toute chose qui produit en eux de la crainte.
 
 
 
Et. À 9h09. Ernesto et Maomaoloulutte, en tant que personnes humaines différentes, sont affectés de manières différentes par un même objet.
 
 
 
Et. À 9h10. Ernesto et Maomaoluloutte sont individuellement affectés par le même objet, mais de manières différentes qu’ils ne l’étaient il y a une minute.
 
 
 
Et. À 9h11. Ernesto et Maomaolulutte respirent intensément. Intensément. Intensément. Intensément. Intensément.
 
 
 
Et. À 9h12. Ernesto et Mamalouloutte comprennent que Mamalouloutte éprouve de la haine pour ce qu’Ernesto aime.
 
 
 
Et. À 9h13. Ernesto et Mamaloulutte comprennent qu’Ernesto craint telle chose que Mamaloulutte ne craint pas.
 
 
 
Et. À 9h14. Ernesto et Mamaluloutte comprennent que Mamaluloutte aime aujourd’hui ce qu’Ernesto haïssait hier.
 
 
 
Et. À 9h15. Ernesto et Mamalulutte comprennent qu’Ernesto éprouve de la haine aujourd’hui pour ce que Mamalulutte aimait hier.
 
 
 
Et. À 9h16. Ernesto et Mamaolouloutte sont d’accord : ils jugent selon leurs affects de ce qui est bon, de ce qui est mauvais, de ce qui est pire, de ce qui est meilleur.
 
 
 
Et. À 9h17. Ernesto et Mamaoloulutte sont d’accord : ils varient dans leurs comportements et dans leurs raisonnements, autant selon le jugement que selon l’affectivité.
 
 
 
Et. À 9h18. La jeune serveuse qui travaille aujourd’hui au Nai Fen Dessert Café amène à Ernesto et Mamaoluloutte deux parts de gâteau et deux cafés.
 
 
 
Et. À 9h19. Ernesto et Mamaolulutte saisissent chacun la petite cuillère placée dans l’assiette, à gauche de la part du gâteau.
 
 
 
Et. À 9h42. Ernesto dit à Maomalouloutte : toi, tu es intrépide. Tu méprises le danger dont j’ai habituellement peur.
 
 
 
Et. À 9h43. Maomalouloutte dit à Ernesto : toi, tu es audacieux. Tu fais du mal aux personnes humaines pour lesquelles tu éprouves de la haine, et, tu fais du bien aux personnes humaines pour lesquelles tu éprouves de l’amour. Et cela sans réprimer ce désir par la crainte d’un mal par lequel je suis parfois retenue.
 
 
 
Et. À 9h44. Ernesto dit à Maomaloulutte : tu es timorée. Tu crains ce mal qu’habituellement je méprise.
 
 
 
Et. À 9h45. Maomaloulutte dit à Ernesto : tu es pusillanime. Ton désir est réprimé par la crainte d’un mal qui ne peut m’arrêter.
 
 
 
Et. À 9h46. Ernesto et Maomaluloutte regardent par delà la porte vitrée les mouvements des choses, des corps, des objets divers, en mouvement, sur le boulevard et sur les trottoirs, dehors.
 
 
 
Et. À 9h47. Ernesto et Maomalulutte sont d’accord : le repentir est une tristesse, accompagnée de l’idée de soi-même comme cause.
 
 
 
Et. À 9h48. Ernesto et Maomaolouloutte sont d’accord : la satisfaction de soi est une joie, accompagnée de l’idée de soi-même comme cause.
 
 
 
Et. À 9h49. Ernesto et Maomaoloulutte sont d’accord : en raison du fait que les personnes humaines se croient libres, le repentir, et la satisfaction de soi, sont des affects extrêmement violents.
 
 
 
Et. À 9h50. Ernesto et Maomaoluloutte sont d’accord : ils considèrent durant un temps bien plus long un objet singulier – c’est-à-dire un objet dont ils ne reconnaissent rien en lui qui soit présent dans un autre objet – qu’un objet avec en lui des choses, des parties, des corps, des machins, des machines, qu’il a en commun avec d’autres objets, ou, qu’un objet perçu en même temps que d’autres objets.
 
 
 
Et. À 9h51. Ernesto et Maomaolulutte décident de se prendre en photo.
 
 
 
Et. À 9h52. Ernesto prend Mamalouloutte en photo tandis qu’elle mime l’admiration.
 
 
 
Et. À 9h53. Mamaloulutte prend Ernesto en photo tandis qu’il mime l’épouvante.
 
 
 
Et. À 9h54. Ernesto prend Mamaluloutte en photo tandis qu’elle mime la vénération.
 
 
 
Et. À 9h55. Mamalulutte prend Ernesto en photo tandis qu’il mime l’horreur.
 
 
 
Et. À 9h56. Ernesto prend Mamaolouloutte en photo tandis qu’elle mime la ferveur.
 
 
 
Et. À 9h57. Mamaoloulutte prend Ernesto en photo tandis qu’il mime la haine.
 
 
 
Et. À 9h58. Ernesto prend Mamaoluloutte en photo tandis qu’elle mime l’espoir.
 
 
 
Et. À 9h59. Mamaolulutte prend Ernesto en photo tandis qu’il mime la sécurité.
 
 
 
Et. À 10h00. Ernesto prend Maomalouloutte en photo tandis qu’elle mime le mépris. Et. À 10h00. À l’instant du déclic. Grâce à la posture particulièrement expressive et précise de Maomalouloutte. Ernesto croit comprendre alors ce qu’est le mépris. Le mépris, se dit Ernesto, est un effet de la déception. Une déception produite en conséquence de la compréhension suivante : une puissance, ayant produit telle admiration, tel amour ou telle crainte, en fait, n’existe pas. Le mépris, alors, est bel et bien à entendre au sens de la méprise. Quelque chose – en quoi l’on a cru – n’existe pas.
 
 
 
Et. À 10h01. Maomaloulutte prend Ernesto en photo tandis qu’il mime la dérision.
 
 
 
Et. À 10h02. Ernesto prend Maomaluloutte en photo tandis qu’elle mime le dédain.
 
 
 
Et. À 10h03. Maomalulutte prend Ernesto en photo tandis qu’il mime la vénération.
 
 
 
Et. À 10h04. Ernesto prend Maomaolouloutte en photo tandis qu’elle mime l’amour.
 
 
 
Et. À 10h05. Maomaoloulutte prend Ernesto en photo tandis qu’il mime l’espoir.
 
 
 
Et. À 10h06. Ernesto prend Maomaoluloutte en photo tandis qu’elle mime la gloire.
 
 
 
Et. À 10h07. Maomaolulutte prend Ernesto en photo tandis qu’il mime lui aussi l’amour.
 
 
 

 
 
 
Chère Mamalouloutte. Sans doute c’est davantage à toi qu’à Folle Chienne que j’ai besoin de dire ce que je suis venu faire ici. En Chine. Chère Mamaloulutte. Je vais te dire : je suis venu ici en Chine pour poursuivre les réglages nécessaires quant à la production d’une distance adéquate entre toi et moi. Chère Mamaluloutte. Je suis venu ici en Chine, aussi, pour continuer les réglages de production et de distances adéquates et nécessaires entre un maximum de trucs. C’est certain. Chère Mamalulutte. Je suis venu ici, en Chine, pour produire la distance adéquate et nécessaire qui me permet à l’instant de trouver les mots pour t’écrire cette lettre d’amour. Car ceci est une lettre d’amour. Chère Mamaolouloutte. Je suis venu ici, en Chine, pour continuer de comprendre comment cette circulation d’amour est parfois possible et parfois non. Chère Mamaoloulutte. Je suis venu ici en Chine pour continuer de comprendre comment les causes et conséquences se conjuguent, dans ce qui circule par possibilités d’amour, parfois, et parfois non. Chère Mamaoluloutte. Je suis venu ici en Chine pour continuer de comprendre comment, dans ces causes et conséquences conjuguées, il m’est possible de vivre. Chère Mamaolulutte. Je vais te dire quelque chose. Après, je ne te dirai plus rien. C’est comme ça que j’ai envie de venir vers toi. En même temps un peu comme pour une première et une dernière fois. Chère Maomalouloutte. Ceci est une première et dernière lettre d’amour. Non pas pour toi. Mais avec toi ? Avec toi comme témoin ? Je ne sais pas. La seule chose que je crois savoir, aujourd’hui, c’est ça : en guise d’amour, jusqu’à ce jour, je n’ai fait que cramer les vaisseaux. Et cela, en faisant bien attention à ne pas les cramer tous. Et. Pour ne pas les cramer tous, à part la séparation, je n’ai rien trouvé d’autre à vivre. Voilà comme j’ai aimé. Chère Maomaloulutte. Je ne sais plus m’en débrouiller. Chère Maomaluloutte. Partout j’ai cherché et trouvé la séparation nécessaire. Chère Maomalulutte. Partout j’ai trouvé les partenaires pour la séparation nécessaire. Les partenaires, pour cramer à chaque fois les vaisseaux. Mais pas tous. Chère Maomaolouloutte. Jusqu’à ce jour j’ai pensé que les vaisseaux devaient cramer. Chère Maomaoloulutte. Jusqu’à ce jour j’ai pensé que les vaisseaux en cramant libéraient un feu, un truc comme un feu, un truc bien chaud, bien chaud et qui pulse. Chère Maomaoluloutte. Je t’écris, je crois, pour te dire que je sais de moins en moins qui tu es, et que ça me va très bien comme ça. Chère Maomaolulutte. J’ai la sensation qu’en t’écrivant tu existes non pas de moins en moins, mais de manière de plus en plus diffuse, et que c’est par là que je vais pouvoir cesser de vouloir cramer les vaisseaux. Chère Mamalouloutte. Je ne sais pas ce que sont ces vaisseaux, ni le feu que j’ai pensé qu’ils pouvaient donner. Je sens juste aujourd’hui que ce n’est pas en les cramant que je vais connaître la chaleur nécessaire. Chère Mamaloulutte. Je sens juste que je ne veux plus ni de ces vaisseaux ni de ce feu. Chère Mamaluloutte. Je sens juste que je vais vivre bientôt quelque chose dont je ne vais pas te parler. Voici tout mon amour. Chère Mamalulutte. Je suis venu, ici, en Chine pour réaliser cette distance, diffuse, et nécessaire, non pas entre toi et moi – et cela je ne le comprends qu’à l’instant – mais entre toi et d’autres vaisseaux qui pourraient faire autre chose que cramer. Cette distance. Est une distance d’amour. Nécessaire. Qui n’a rien à voir avec la séparation. La voici.
 
 
 

 
 
 
et, le 5 juillet 2015, tandis que la nuit tombe dans le jardin, Manu me parle de ses années de militant, au PCF, pendant près de vingt ans, jusqu’au référendum de 2005, ensuite, j’arrête dit-il, je suis écœuré, il me parle de son père espagnol, il parle des républicains, espagnols, tandis que les premières estimations du résultat du référendum en Grèce donne 60% pour oxi, non,
 
 
 
je me demande s’il y eut jamais dans l’histoire humaine des périodes durant lesquelles l’attention accordée aux personnes fut plus importante, plus portante, que l’attention accordée aux chiffres, aux nombres et aux comptages, quelles périodes ?
 
 
 
et dans la nuit qui tombe dans le jardin, je ne crois pas que nous soyons heureux de ces 60% d’oxi, non, je ne pense pas qu’il soit possible de l’être, avec ce résultat chiffré, avec cet oxi – non – au règne des chiffres et des nombres et des comptages s’inscrivant dans le règne des chiffres et des nombres et des comptages,
 
 
 
et, Angela, dont le g du prénom est à prononcer comme lorsque l’on prononce Virginia Woolf, ou Angela Davis, Angela est allongée dans le grand lit, sous les combles, elle achève sa lecture de La position du tireur couché, de Jean-Patrick Manchette,
 
 
 
et monsieur Macron Emmanuel dit que le Front national n’est que le visage d’un populisme et qu’il est, toutes choses égales, par ailleurs, une forme de Syriza à la française,
 
 
 
et monsieur Macron Emmanuel dit que la démocratie comporte toujours une forme d’incomplétude, car elle ne se suffit pas à elle-même, il y a dans le processus démocratique, et dans son fonctionnement, un absent,
 
 
 
et monsieur Macron Emmanuel dit que dans la politique française cet absent est la figure du roi, dont je pense fondamentalement que le peuple français n’a pas voulu la mort,
 
 
 
voilà ce que peut dire une personne humaine qui rend possible et produit le règne des chiffres et des nombres et des comptages, me dis-je, quand elle prétend parler de quoi ? de démocratie ?
 
 
 
quant à l’injonction régnante des chiffres et des nombres et des comptages, elle n’a rien d’inédit, me dis-je, elle dit seulement que les chiffres et les nombres et les comptages croissent et se multiplient – non ?
 
 
 
et, le 6 juillet 2015, en début d’après-midi, Corentin est dans le salon de la maison, 29 rue Alexandre Gosselin, à Nantes, et il chante trois fois Le chant des partisans, je lui ai demandé hier s’il était ok pour que je l’enregistre, il a dit ok, aujourd’hui il est assis dans le fauteuil en cuir de Dziadzia René, qui n’a jamais chanté je pense Le chant des partisans, mais son fauteuil est aujourd’hui dans ce salon, et, la sœur de Corentin, Juliette, âgée ce jour de cinq ans et six minutes, est assise à côté de moi, on est tous les deux en face de Corentin, on est assis tous les deux dans un canapé fait d’un entassement de trois matelas, et, Manu, et Robin encore ensommeillé de sa sieste, nous rejoignent, une fois qu’on a fait les enregistrements, qu’on écoute ensuite, tous les cinq, on écoute ensemble trois fois la voix jeune et claire de Corentin qui chante : ami entends-tu le vol noir des corbeaux sur nos plaines, ami entends-tu les cris sourds du pays qu’on enchaîne, ohé partisans ouvriers et paysans c’est l’alarme, ce soir l’ennemi connaîtra le prix du sang et des larmes, montez de la mine descendez des collines camarades, sortez de la paille les fusils la mitraille les grenades, ohé les tueurs à vos armes et vos couteaux tirez vite, ohé saboteurs attention à ton fardeau dynamite, c’est nous qui brisons les barreaux des prisons pour nos frères, la haine à nos trousses et la faim qui nous pousse la misère, il y a des pays où les gens au creux des lits font des rêves, ici nous vois-tu nous on marche nous on tue nous on crève, ici chacun sait ce qu’il veut ce qu’il fait quand il passe, ami si tu tombes un ami sort de l’ombre à ta place, demain du sang noir séchera au grand soleil sur nos routes, chantez compagnons dans la nuit la liberté nous écoute, ami entends-tu les cris sourds du pays qu’on enchaîne, ami entends-tu le vol noir du corbeau sur nos plaines, oh-oh-oh-oh-oh-oh-oh-oh-oh-oh-oh-oh-oh-oh-oh,
 
 
 
 
 
 
 

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Spinoza in China 24 novembre 2011 | 29 juin 2015 | 3 & 4 & 5 juillet 2015

 
 
 
Et. Dans l’eau du lac Houhai. Des hommes se baignent, le jour à peine levé. L’eau est froide, glacée, mais la surface n’a pas encore gelé. La température baisse chaque jour un peu plus. Il y a les nénuphars que l’on retire du lac. Il y a des hommes qui pêchent, à côté de ceux qui se baignent. Et quelques mètres derrière, la radio d’un salon de coiffure en plein air diffuse de la musique. La coiffeuse attend les clients.
 
 
 
Et. Au bord du lac Beihai. De la musique, encore. Deux musiciens et une chanteuse. L’agilité des doigts de l’un des musiciens au contact des touches de son piano électrique. Les doigts nerveux de l’autre, pinçant, grattant les cordes de sa guitare. Et la voix de la femme. Son chant.
 
 
 
Et. Trois hommes, à côté, jouant aux cartes autour d’une table basse.
 
 
 
Et. Dans le temple Miaoying. Le roi de l’est. Le roi du sud. Le roi du nord. Le roi de l’ouest. Et Buddha. Et Skanda Wei Tuo.
 
 
 
Et. Au pied de chaque statue, une offrande : un biscuit bien emballé dans son sachet protecteur.
 
 
 
Et. Buddha et son sourire qui lui traverse le visage. Et. Buddha et cet autre sourire : une large fente horizontale sur son gros ventre, juste au-dessus du nombril.
 
 
 
Et. Une femme adressant une prière à Skanda Wei Tuo.
 
 
 
Et. Dans une urne fendue, transparente, au pied de la statue de Skanda Wei Tuo, la femme glisse en offrande un billet à l’effigie de Mao.
 
 
 
Et. Dans les ruelles. Les tout jeunes enfants avec leur drôle de petit pantalon. Cul à l’air.
 
 
 
Et. Les femmes et les hommes et leur masque anti-pollution.
 
 
 
Et. Les oiseaux et les cages suspendues aux arbres. Et les hommes dans leurs longs manteaux doublés de fourrure. Et le froid, grandissant, chaque jour.
 
 
 
Et. Ernesto entre dans le Nai Fen Dessert Café. S’assoit sur la banquette, au fond, à droite. Ouvre l’Éthique de Spinoza.
 
 
 

 
 
 
Et. L’amour étant une modalité concrète de la joie. Et. La haine une modalité concrète de la tristesse. Et. Une haine pouvant être accrue par une haine réciproque. Et. Un amour pouvant être accru par un amour réciproque. Et. Un amour pouvant être détruit par une haine. Et. Une haine pouvant être détruite par un amour.
 
 
 
Et. Ernesto s’efforçant de prêter attention à toute personne humaine pour laquelle il éprouve de l’amour. Et. Ernesto s’efforçant de porter atteinte à toute personne humaine pour laquelle il éprouve de la haine.
 
 
 
À 9h42. Ernesto imagine commencer à haïr une personne humaine pour laquelle il éprouve de l’amour au point que l’amour est entièrement aboli. En conséquence de quoi, la haine envers la personne humaine qu’il aimait est plus grande que s’il ne l’avait jamais aimée.
 
 
 
Et. À 9h43. Ernesto imagine commencer à aimer une personne humaine pour laquelle il éprouve de la haine au point que la haine est entièrement abolie. En conséquence de quoi, l’amour envers la personne humaine qu’il haïssait est plus grande que s’il ne l’avait jamais haïe.
 
 
 
Et. À 9h44. Ernesto imagine qu’une personne humaine pour laquelle il éprouve de l’amour est affectée de haine envers lui. En conséquence de quoi, Ernesto est simultanément tourmenté par l’amour et par la haine.
 
 
 
Et. À 9h45. Ernesto imagine qu’une personne humaine pour laquelle il éprouve de la haine est affectée d’amour envers lui. En conséquence de quoi, Ernesto est simultanément tourmenté par la haine et par l’amour.
 
 
 
Et. À 9h46. Ernesto imagine qu’une personne humaine, pour laquelle il n’éprouve ni amour ni haine, lui fait mal. En conséquence de quoi, Ernesto s’efforce de lui faire mal également.
 
 
 
L’effort. Pour faire mal à cette personne humaine se nomme
colère.
 
 
 
L’effort. Pour retourner le mal se nomme vengeance.
 
 
 
Et. À 9h47. Ernesto imagine être la cause véritable de l’amour qu’une personne humaine éprouve à son égard. En conséquence de quoi, Ernesto connaît la gloire.
 
 
 
Et. À 9h48. Ernesto imagine être la cause véritable de la haine qu’une personne humaine éprouve à son égard. En conséquence de quoi, Ernesto éprouve de la honte.
 
 
 
Et. À 9h49. Ernesto imagine ne pas être la cause véritable de l’amour qu’une personne humaine éprouve à son égard. En conséquence de quoi, Ernesto éprouve en retour de l’amour pour cette personne humaine.
 
 
 
Et. À 9h50. Ernesto imagine ne pas être la cause véritable de la haine qu’une personne humaine éprouve à son égard. En conséquence de quoi, Ernesto éprouve en retour de la haine pour cette personne humaine.
 
 
 

Et. À 9h51. Ernesto imagine qu’une personne humaine, pour qui il éprouve de l’amour, n’est que partiellement – ou, même : aucunement – la cause de l’amour qu’il éprouve à son égard. En conséquence de quoi, l’amour qu’éprouve Ernesto pour cette personne humaine est amoindri. Ou détruit.
 
 
 
Et. À 9h52. Ernesto imagine qu’une personne humaine, pour qui il éprouve de la haine, n’est que partiellement – ou même : aucunement – la cause de la haine qu’il éprouve à son égard. En conséquence de quoi, la haine qu’éprouve Ernesto pour cette personne humaine est amoindrie. Ou détruite.
 
 
 
Et. À 9h53. Ernesto imagine l’objet de sa haine détruit, ou, affecté d’un affect qui lui fait mal. En conséquence de quoi, Ernesto éprouve de la joie. Cette joie. Ne naît pas sans quelque tristesse de l’âme.
 
 
 
Et. À 9h53. Un amour, ou une haine, à cause égale, est plus grand envers un objet imaginé libre qu’envers un objet nécessaire.
 
 
 
Ernesto tremble un peu. Il regarde par-delà la baie vitrée. Il ferme les yeux.
 
 
 
Et. Imaginant être affecté de joie ou de tristesse par une personne humaine d’une classe sociale différente de la sienne. Ernesto éprouve de l’amour ou de la haine pour cette personne humaine. Et. Aussi. Pour toutes les personnes humaines de sa classe sociale.
 
 
 
Un amour. Ou une haine. À cause égale. Est plus grand envers un objet imaginé libre. Qu’envers un objet nécessaire.
 
 
 
Il referme le livre.
 
 
 
Il pense à Angela.
 
 
 

 
 
 
Et. Ernesto rejoint la petite échoppe. Il mange les pâtes râpées. Sourit à la patronne qui lui sourit. Paye au moment de partir. Achète deux boules de pain dans une autre petite échoppe, à côté. S’enfonce dans les hutongs.
 
 
 
Et. À chaque approche d’un carrefour. Ernesto fredonne l’air d’une chanson laotienne. C’est une chanson qu’il a entendue dans un film de Marguerite Duras. À chaque fois qu’il reconnaît un carrefour où il est déjà passé. Il fredonne l’air de la chanson. À chaque fois qu’il approche d’un carrefour où il n’est jamais passé. Il fredonne l’air de la chanson. À chaque fois qu’il reprend un chemin déjà emprunté. Il fredonne l’air de la chanson. À chaque fois qu’il choisit un nouveau chemin. Il fredonne l’air de la chanson.
 
 
 
Et. Les mégaphones dans la rue, accrochés à tel poteau, tel arbre, telle barricade. Les voix enregistrées et diffusées par les mégaphones – pour informations, dans le métro ; pour ventes de billets ou d’objets souvenirs, aux abords de la place Tian’anmen, aux abords de la Cité interdite, à l’entrée de tel ou tel temple.
 
 
 
Et. Les rires à gorge déployée des rois du sud. Du nord. De l’est. De l’ouest. Et. Les rires à gorge déployée de Buddha. De Skanda Wei Tuo. Et. Les rires à gorge déployée de Mao et de la femme qui fait une offrande à Skanda Wei Tuo. À l’instant où elle glisse le billet dans l’urne transparente.
 
 
 
Et. Des bus qui emmènent des ouvriers sur un chantier. Et. Les casques jaunes des ouvriers, dans le bus qui les emmènent.
 
 
 
Et. Ernesto rejoint le 6ème périphérique. Il regarde, au loin, un vol de pigeons dans le ciel. Il entend le sifflement, soufflement, souffle.
 
 
 
Et. Dans la chambre 7721 du Hanting Hotel. La femme de ménage qui passe tous les jours dans la matinée a dû jeter les cartes avec jeunes femmes et numéros de téléphone. Plus une seule sur la tablette fixée au mur.
 
 
 
Et. Les Vies minuscules. Chacune de ces vies comme une beauté qui a besoin de sa dose d’absence, de manque et de malheur. Pour briller. Ernesto continue de lire les Vies minuscules. Comme un adieu qu’il ferait à cette beauté.
 
 
 

 
 
 
et, le 29 juin 2015, on se retrouve dans un jardin du côté du lac de Grand-Lieu, et parlant de quelles actions justes il nous semblerait bon de mener, la violence est à plusieurs reprises évoquée, sans pour autant qu’aucun ni aucune d’entre nous n’ait jamais participé à une quelconque action violente, qu’entendons-nous par action violente ? entendons-nous par violente une action avec une mort ou des morts humaines dont nous serions responsables ? une mort ou des morts humaines dont je serais responsable est une violence que je ne peux envisager,
 
 
 
et, je pense à certaines conditions de travail qui violentent certaines vies humaines, et je pense aux personnes humaines qui rendent possibles et produisent ces conditions violentes, je pense aux personnes humaines qui parviennent à considérer d’autres personnes humaines comme on considère en les déplaçant ou en les supprimant quelques variables d’ajustement dans un budget,
 
 
 
où est le cœur de ces personnes humaines ?
 
 
 
où est l’humanité de ces personnes humaines ?
 
 
 
et, le 3 juillet 2015, à Nantes, sur le mur de façade des ateliers des Compagnons du devoir, route de Sainte-Luce, le graffiti le hasard n’existe pas tient bon, il est là depuis maintenant au moins deux ans, et, derrière les ateliers des Compagnons du devoir, je passe devant des locaux associatifs, dont un petit local utilisé comme mosquée, avec des fils de fer barbelé, sur le toit, et, derrière le local, une voie de chemin de fer abandonnée, au bord de laquelle sont stationnées quelques caravanes, et au sol, des détritus, des objets cassés, rouillés, des déchets, je vois un enfant qui sort d’une caravane, et une femme allongée, qui se repose sur un matelas, dehors, il fait très chaud, et sur la voie ferrée, un peu plus loin, un peu partout, du papier hygiénique, des morceaux de papier blanc, des morceaux de papier rose, et l’odeur de merde, on peut supposer que ce sont ici les chiottes en plein air des habitants des caravanes,
 
 
 
le soir, je regarde une captation vidéo d’une partie de la soirée Six heures contre la surveillance, sous-titrée : Combattre pour nos libertés, proposée par Mediapart, j’écoute Mathieu Burnel, activiste proche du comité invisible, est-il écrit en incrustation, au bas de l’image, il parle, entre autres choses, de Tor, acronyme de The onion router, le routeur oignon, c’est un réseau informatique superposé, mondial, et décentralisé, c’est-à-dire une mise en œuvre du principe de réseau, composé de routeurs, organisés en couches, et appelés nœuds de l’oignon, transmettant de manière anonyme des flux TCP – TCP signifiant Transmission Control Protocol, c’est-à-dire : protocole de contrôle de transmissions – et, le réseau Tor peut rendre anonymes tous les échanges internet fondés sur le protocole de communication TCP, protocole de contrôle de transmissions, et, le projet Tor a reçu le prix du logiciel libre 2010 dans la catégorie projet d’intérêt,
 
 
 
quant au mot démocratie, il vient du mot grec dêmokratia, composé de dêmos, qui signifie territoire et peuple, et de kratein, qui signifie commander, sachant que dêmos vient de daiesthai, qui signifie partager, ou, et, déchirer, quant aux lieux que nous pouvons habiter ensemble, et, quant aux peuples que nous pouvons former, et, quant à ce qu’il en est pour certaines ou certains d’entre nous de vouloir commander, ou, et, de vouloir déchirer, ou, et, de vouloir partager, nos vies et nos manières de vivre font l’expérience de ces questions je crois, ces quelques lignes sont extraites de l’éditorial d’un journal à paraître où seront publiés des textes écrits par des personnes humaines détenues dans les maisons d’arrêt de Fontenay-le-Comte et de la Roche-sur-Yon en avril 2015,
 
 
 
et, le 4 juillet 2015, je compose le numéro de téléphone de Tina, elle ne répond pas, je lui laisse un message, elle me rappelle quelques minutes plus tard, elle ne veut pas parler, je lui dis que je suis là, si elle a besoin, je lui dis que je l’appellerai à nouveau, bientôt, je ne sais pas quoi faire,
 
 
 
et, le 5 juillet 2015, en début d’après-midi, Corentin âgé de six ans et onze mois et trois semaines est dans sa chambre, dans la maison voisine de celle où nous vivons, avec Angela, je suis en train de bêcher dans le jardin afin d’enfin planter les plants de salade et de betterave rouge, début juillet, oui, il n’est jamais trop tard, et, dans le jardin, bêchant et retournant la terre, j’entends la jeune voix de Corentin qui chante Le chant des partisans, dont les paroles du premier couplet sont les suivantes : ami entends-tu le vol noir des corbeaux sur nos plaines, ami entends-tu les cris sourds du pays qu’on enchaîne, ohé partisans ouvriers et paysans c’est l’alarme, ce soir l’ennemi connaîtra le prix du sang et des larmes, et je fais une recherche rapide sur internet et j’apprends que la version originale de ce chant à été écrite en russe, en 1941, par Anna Marly, les paroles du premier couplet sont les suivantes : de forêt en forêt la route longe le précipice, et loin tout là-haut quelque part vogue la lune qui se hâte, nous irons là-bas où ne pénètre ni le corbeau ni la bête sauvage, personne, aucune force ne nous soumettra ni ne nous chassera, vengeurs du peuple nous mettrons en pièces la force mauvaise, dût le vent de la liberté recouvrir aussi notre tombe, nous irons là-bas et nous détruirons les réseaux ennemis, qu’ils le sachent, nos enfants, combien d’entre nous sont tombés pour la liberté,
 
 
 
et, Aléxis Tsípras appelle les Grecs au sang-froid et à la détermination dans les heures cruciales qui les séparent du référendum, et, Henriette Zoughebi dit qu’un jeune lycéen fatigué qui s’endort sur sa chaise, et qui ne parvient pas à suivre, et qui est souvent absent, est peut-être un lycéen salarié, chacun doit avoir conscience de cette réalité, et la prendre en compte, et, Jean-Claude Juncker déclare qu’il ne faut pas se suicider parce qu’on a peur de la mort, et, Pascale Léglise explique que ceux qui sortent spontanément leur carte d’identité ou leur carte de séjour, on va moins les regarder que ceux qui détalent se cacher dans les WC, c’est ceux-là qu’on va contrôler car on sait qu’ils n’ont pas la conscience tranquille, et, Manuel Valls déclare nous ne voulons pas perdre cette guerre parce que c’est au fond une guerre de civilisation,
 
 
 
 
 
 
 

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Spinoza in China 23 novembre 2011 | 24 juin 2015

 
 
 
Et. Dans le hall d’accueil du Hanting Hotel. Tandis qu’Ernesto écrit un e-mail à Vince Parker pour le remercier de son hospitalité la semaine dernière.
 
 
 
Une femme de ménage passe une serpillière sur un sol en faux marbre.
 
 
 
Et. Dans le hall d’accueil du Hanting Hotel. Tandis qu’Ernesto commence son e-mail par mon cher petit connard chéri je te remercie pour ton hospitalité la semaine dernière.
 
 
 
Une femme de ménage passe une serpillière sur un sol en faux marbre.
 
 
 
Et. Dans le hall d’accueil du Hanting Hotel. Tandis qu’Ernesto écrit si la sympathie n’est pas obligatoire, l’estime est toutefois possible.
 
 
 
Une femme de ménage passe une serpillière sur un sol en faux marbre.
 
 
 
Et. Dans le hall d’accueil du Hanting Hotel. Tandis qu’Ernesto écrit les désaccords peuvent produire de salutaires éclats. Les accords, quant à eux, fortifient toutes sortes de puissances.
 
 
 
Une femme de ménage passe une serpillière sur un sol en faux marbre.
 
 
 
Et. Dans le hall d’accueil du Hanting Hotel. Tandis qu’Ernesto écrit le peupeu si je me l’arrache du cœur, j’en meurs, et toi, si tu te l’arraches du cœur est-ce que tu en meurs ?
 
 
 
Une femme de ménage passe une serpillière sur un sol en faux marbre.
 
 
 
Et. Dans le hall d’accueil du Hanting Hotel. Tandis qu’Ernesto écrit la continuité historique côtoie les tentatives de destruction de la mémoire.
 
 
 
Une femme de ménage passe une serpillière sur un sol en faux marbre.
 
 
 
Et. Dans le hall d’accueil du Hanting Hotel. Tandis qu’Ernesto écrit les paroles quand elles sont énoncées produisent une mémoire et quand elles sont tues les paroles tues produisent une autre mémoire.
 
 
 
Une femme de ménage passe une serpillière sur un sol en faux marbre.
 
 
 
Et. Dans le hall d’accueil du Hanting Hotel. Tandis qu’Ernesto écrit je ne connais pas ton cœur.
 
 
 
Une femme de ménage passe une serpillière sur un sol en faux marbre.
 
 
 
Et. Dans le hall d’accueil du Hanting Hotel. Tandis qu’Ernesto écrit l’humilité se fait orgueil, non ; la peur produit parfois un élan, non ; la terreur produit parfois une approche, non plus ; les puissances supposées hostiles diffèrent des puissances réellement hostiles, pourquoi pas.
 
 
 
Une femme de ménage passe une serpillière sur un sol en faux marbre.
 
 
 
Et. Dans le hall d’accueil du Hanting Hotel. Tandis qu’Ernesto écrit une confiance est possible, d’accord; des alliances sont souhaitables, ok.
 
 
 
Une femme de ménage passe une serpillière sur un sol en faux marbre.
 
 
 
Et. Dans le hall d’accueil du Hanting Hotel. Tandis qu’Ernesto écrit la destruction d’un État, les révolutions, les violences d’un État, les répressions, la négation des vivants, la destruction des villages, les exécutions de masse, la destruction des vivants, les cadavres.
 
 
 
Une femme de ménage passe une serpillière sur un sol en faux
marbre.
 
 
 
Et. Dans le hall d’accueil du Hanting Hotel. Tandis qu’Ernesto écrit celui qui connaît le monde découvre un cadavre, et celui qui découvre un cadavre, le monde ne le contient pas.
 
 
 
Une femme de ménage passe une serpillière sur un sol en faux marbre.
 
 
 
Et. Dans le hall d’accueil du Hanting Hotel. Tandis qu’Ernesto écrit dignité, commun, précieux, richesse, quelconque, richesse, discutée, richesse, disputée, pauvreté, sans noblesse.
 
 
 
La femme de ménage vient tapoter sur l’épaule d’Ernesto. Elle le regarde fixement.
 
 
 
La destruction des rives de ton enfance. N’est pas la destruction des rives de mon enfance.
 
 
 
THE TIME LIMIT OF THIS COMPUTER WILL BE RUN OUT IN 2 SECONDS. REMEMBER TO SAVE YOUR DOCUMENTS AND CLOSE THE CORRESPONDING PAGES.
 
 
 

 
 
 
Ernesto sort de l’hôtel. Il tourne à droite. Dans le froid, il passe par le petit jardin. Il écoute le chant des oiseaux dans les cages suspendues aux arbres. Il rejoint le Nai Fen Dessert Café. Il s’assoit sur la banquette, au fond à droite. Il commande un café. Il ouvre l’Éthique.
 
 
 

 
 
 
Et. À 9h03. Ernesto s’efforce d’accomplir ce qu’il imagine être considéré avec joie par les êtres humains.
 
 
 
Et. À 9h04. Ernesto répugne à accomplir ce qu’il imagine être tenu en aversion par les êtres humains.
 
 
 
Et. À 9h05. Imaginant agir pour plaire à une ou plusieurs personnes humaines, mais en agissant au détriment de lui-même, Ernesto fait l’expérience de l’ambition.
 
 
 
Et. À 9h06. Imaginant agir pour plaire à une ou plusieurs personnes humaines, mais en agissant au détriment d’une ou plusieurs autres personnes humaines, Ernesto fait l’expérience de l’ambition.
 
 
 
Et. À 9h07. Imaginant s’abstenir d’agir, afin de plaire à une ou plusieurs personnes humaines, mais en le faisant au détriment de lui-même, Ernesto fait l’expérience de l’ambition.
 
 
 
Et. À 9h08. Imaginant s’abstenir d’agir, afin de plaire à une ou plusieurs personnes humaines, mais en le faisant au détriment d’une ou plusieurs autres personnes humaines, Ernesto fait l’expérience de l’ambition.
 
 
 
Et. À 9h09. Imaginant agir pour plaire à une ou plusieurs personnes humaines, mais sans agir au détriment de qui- conque, Ernesto fait l’expérience de l’humanité.
 
 
 
À 9h10. Ernesto boit son café.
 
 
 
Et. À 9h13. Imaginant agir d’une manière dont il suppose qu’elle affecte les autres de joie, Ernesto fait l’expérience de la gloire.
 
 
 
Et. À 9h14. Imaginant agir d’une manière dont il suppose qu’elle affecte les autres de tristesse, Ernesto fait l’expérience de la honte.
 
 
 
Et. À 9h15. Ernesto commande une part de gâteau.
 
 
 
Et. À 9h16. Ernesto imagine qu’une personne humaine, pour laquelle il éprouve de l’amour, aime un objet pour lequel lui-même éprouve de l’amour. En conséquence de quoi, Ernesto aime cet objet avec encore plus de constance.
 
 
 
Et. À 9h17. Ernesto imagine qu’une personne humaine, pour laquelle il éprouve de l’amour, a de la haine pour un objet envers lequel lui-même a de la haine. En conséquence de quoi, Ernesto a de la haine pour cet objet avec encore plus de constance.
 
 
 
Et. À 9h18. Ernesto imagine qu’une personne humaine, pour laquelle il éprouve de l’amour, a de la haine pour un objet pour lequel il éprouve de l’amour. En conséquence de quoi, Ernesto connaît la fluctuation de l’âme.
 
 
 
Et. À 9h19. Ernesto imagine qu’une personne humaine, pour laquelle il éprouve de l’amour, aime un objet pour lequel il a de la haine. En conséquence de quoi, Ernesto connaît la fluctuation de l’âme.
 
 
 
Et. À 9h20. Ernesto sent son corps en perpétuel équilibre et il rit et il pleure pour la seule raison qu’il voit les autres rire ou pleurer et désire imiter tout ce qu’il voit faire par d’autres et désire tout ce à quoi il imagine que les autres prennent plaisir.
 
 
 
Et. À 9h21. Ernesto commence à lentement déguster sa part de gâteau.
 
 
 
Et. À 10h33. Ernesto imagine aimer une personne humaine et s’efforcer de faire en sorte d’être aimé en retour par cette personne humaine.
 
 
 
Et. À 10h34. Ernesto imagine aimer une personne humaine et s’efforcer d’affecter de joie plus que tout autre personne humaine la personne humaine qu’il aime.
 
 
 
Et. À 10h35. Par-delà la porte vitrée, Ernesto regarde le va-et-vient des automobiles, des piétons, des camions, des scooters, des animaux et des vélos en mouvement dans la rue.
 
 
 
Et. À 10h37. Ernesto imagine que la personne humaine qu’il aime est également affectée envers lui d’un affect d’amour. En conséquence de quoi, Ernesto fait l’expérience de la gloire.
 
 
 
Et. À 10h38. Ernesto imagine que la personne humaine qu’il aime se joint à une autre personne humaine du même lien d’amour ou d’un lien plus étroit encore que celui par lequel Ernesto pensait lui seul être en lien avec la personne humaine qu’il aime. En conséquence de quoi, Ernesto est affecté de haine envers la personne humaine qu’il aime. Et. Il est aussi envieux de l’autre personne humaine. En conséquence de quoi, Ernesto fait l’expérience de la jalousie.
 
 
 
Et. À 10h39. Ernesto imagine qu’une personne humaine prend de la joie à un objet qu’elle seule peut posséder. En conséquence de quoi, Ernesto s’efforce de faire que cette personne humaine n’ait plus la possession exclusive de cet objet.
 
 
 
Et. À 10h40. Ernesto referme l’Éthique.
 
 
 
Et. À 10h41. Ernesto imagine une société où toutes les personnes humaines veulent la même chose. En conséquence de quoi, elles se font toutes également obstacle.
 
 
 
Et. À 10h42. Ernesto imagine une société où toutes les personnes humaines veulent être aimées par toutes les personnes humaines. En conséquence de quoi, elles se tiennent toutes réciproquement en haine.
 
 
 
L’Éthique. Est un livre composé de cinq parties.
 
 
 
Ernesto lit en ce moment la troisième partie : De l’origine et de la nature des affects.
 
 
 

 
 
 
Et. Ernesto assis à l’une des tables à l’extérieur de la petite échoppe. Et. La patronne qui lui apporte les pâtes râpées avant même qu’il ne commande.
 
 
 
Ernesto mange en silence.
 
 
 
Ernesto s’enfonce dans les hutongs.
 
 
 

 
 
 
Et. À 18h00. Ernesto quitte des yeux le portrait de Mao et s’éloigne de la place Tian’anmen. Il regarde furtivement le ciel, bleu, pâlissant, puis commençant à s’obscurcir. Il marche en direction de l’ouest, vers le grand théâtre national de Chine.
 
 
 
Et. À 18h11. Ernesto s’arrête devant le théâtre. Il regarde un instant le bâtiment : une demi-sphère en verre, géante, qui repose au sol. Sur toute l’étendue de la surface de la demi-sphère, des petites lumières électriques sont en train de s’allumer. Sur toute l’étendue de la surface de la demi-sphère, se reflètent également les étoiles réelles.
 
 
 
C’est la tombée de la nuit. Ernesto marche tout autour de la demi-sphère entourée d’un bassin rempli d’eau. Tout est calme.
Profondément calme. Voilà, se dit Ernesto, c’est exactement ça que je cherche. Une situation comme celle-ci. Un moment comme celui-là. Un lieu et un moment où je n’ai de comptes à rendre à personne.
 
 
 
Ça dure deux secondes, à peine.
 
 
 
Ernesto sent bien que quelque chose déconne. Cette histoire de comptes à rendre à personne. Ernesto sent bien que ça déconne.
 
 
 
Et. Ernesto reprend la marche. Il s’éloigne du théâtre. Traverse Beijing en direction du nord. Mais sans plus rien voir de la ville. Il ne s’en aperçoit pas immédiatement. Il ne voit absolument plus rien de la ville autour de lui. Il marche jusqu’au Sea Love.
 
 
 
Comptes à rendre à personne. Ou bien. Comptes à rendre à l’humanité toute entière ?
 
 
 
Je compte quoi ? se demande Ernesto. Je compte les moments de calme ? Les périodes de terreur ? Le nombre de cadavres ? Sur quelles périodes ? Je compte les traités de paix, aussi ? Les pactes de silence ? Les trahisons ? Je compte quoi ?
 
 
 
C’est noir, partout. Ernesto ne voit plus rien. Il y a le bruit de la ville, de plus en plus fort, tout autour de lui. Et aussi quelque chose comme une colère qui n’arriverait pas à trouver sa forme juste pour pouvoir être délivrée. Ernesto perd connaissance.
 
 
 
Et. À 18h38. Au Sea Love. Ouvrant les yeux. Ernesto regarde autour de lui les tables, les chaises, les personnes humaines assises derrière les tables. Il regarde les personnes humaines en train de remplir des verres. Il regarde les personnes humaines en train de vider les verres. Il regarde les rideaux. Il ne voit rien de ce qui l’entoure. Il ferme les yeux.
 
 
 
Et. À 18h39. Il voit. À 18h39. Il voit des paysans brandissant des fourches au-dessus de leurs têtes en train de courir dans les hutongs de Beijing. À 18h39. Il voit des paysans rejoints par des ouvriers. Il les voit, en masse, qui arrivent sur la place Tian’anmen. Il les voit alors à la fois en 1968 et en 1989. En 1968, il les voit, chacun, avec un petit drapeau rouge planté dans le crâne, et du sang qui dégouline sur chaque visage. En 1989, il les voit tous avec une chemise blanche, chacun marchant à la rencontre d’un char de l’armée chinoise, chacun espérant être en capacité de faire vivre la liberté, sur la place, et, dans leurs cœurs, pendant encore quelques secondes.
 
 
 
Ernesto perd connaissance.
 
 
 
Et. Dans la chambre 7721 du Hanting Hotel. Quand il ouvre les yeux. Ernesto n’essaye même pas d’allumer la lumière. Il sent bien que ça ne changerait pas grand-chose à l’obscurité générale.
 
 
 
Il essaye juste de respirer, calmement, le plus calmement possible. Avec cette sensation un tout petit peu spéciale, tout de même, qui prend tout doucement toute la place, au fur et à mesure qu’il reprend connaissance. Ernesto a la sensation que tous ses ancêtres sont là, tapis dans l’obscurité de la chambre, à essayer de respirer le plus calmement possible avec lui.
 
 
 
Autant que faire se peut.
 
 
 
Ernesto parvient à stabiliser sa respiration. Doucement. Et. Tous les comptes à rendre de tous ses ancêtres. Il les oublie.
 
 
 
Autant que faire se peut.
 
 
 
Et. Dans l’obscurité de la chambre 7721 du Hanting Hotel. Le cœur calme. Ernesto allume la lumière. Aucun ancêtre n’est dans les parages.
 
 
 
Hormis peut-être encore, un peu, dans les Vies minuscules.
 
 
 
Il saisit le livre. Il lit la Vie d’Eugène et de Clara. Et. Bien sûr que ces Vies minuscules sont des vies de saints. Des vies de saints, dont l’absence d’un père – ou d’un fils, ou de qui ou de quoi – appelle une tout autre présence. À mon père, inaccessible et caché comme un dieu, je ne saurais directement penser.
 
 
 
Dieu. C’est-à-dire la nature. Se souvient Ernesto. Nulle absence. Tout est présent.
 
 
 

 
 
 
et, le 24 juin 2015, Lucie fête ses cent trois ans dans le jardin, derrière la maison, elle saute par-dessus le feu de la Saint-Jean crépitant dans le jardin, et, avec Angela et Arno et Odile on saute avec elle au-dessus du feu, et, on boit un dernier verre, et encore un, et encore un, et je quitte le groupe un instant pour aller pisser au fond du jardin sous le prunier myrobolan, et, pissant sous le prunier myrobolan et regardant le jet d’urine jaillissant et formant un arc depuis mon sexe jusqu’au sol, je repense à Angela pissant il y a deux jours sur le bas-côté de la route départementale, entre Parzac et Saint-Claud dans le département de la Charente, et, sous le prunier myrobolan je revois le jet d’urine qui jaillit d’entre les jambes écartées d’Angela accroupie derrière la porte ouverte de la Xsara, modèle coupé, turbo diesel, couleur huile d’olive, avec des reflets d’or, et sous le prunier myrobolan je revois le flux d’urine d’Angela couler au sol en une seule rigole et suivre entre Parzac et Saint-Claud exactement la ligne qui fut nommée ligne de démarcation séparant en deux zones, l’une dite occupée, l’autre dite libre, la France entre juin 1940 et novembre 1942,
 
 
 
Lucie, alors, a la trentaine, et certaine nuit dans ses yeux on sent l’inquiétude de voir son mari – nom de code : Fourchette, car il était maigre comme une fourchette – quitter la maison pour aller sectionner quelques câbles électriques sur la route de Bellenaves, de Saint-Pourçain ou de Vichy, et, cette nuit, le 24 juin 2015, ses yeux pétillent,
 
 
 
et je pense aux photos d’Aléxis Tsípras que l’on peut voir en ce moment et je me dis que ses yeux à lui pétillent également, j’espère qu’ils vont pétiller longtemps, et, concernant les interventions en cravate vert fluo que j’ai faites à la maison d’arrêt de la Roche-sur-Yon et à la maison d’arrêt de Fontenay-le-Comte au mois d’avril 2015 je voudrais juste dire que pour un militant de la droite identitaire j’ai acheté Le Figaro, et, ça ne lui a pas fait ouvrir l’Humanité pour autant, je peux pas lire ça, dit-il, ça me fait trop mal, je lui dis eh bien ça nous fait un point commun, ça m’a fait bien mal ce matin d’acheter Le Figaro, je l’ai acheté pour vous,
 
 
 
et, aujourd’hui 24 juin 2015, Lucie fête ses cent trois ans et saute par-dessus le feu de la Saint-Jean crépitant dans le jardin, et, à chaque saut, je pense à tel médecin, tel notaire, tel coiffeur, tel artisan ou tel propriétaire chez qui elle vint faire le ménage, entre 1926 et 1989, elle saute au-dessus du feu de la Saint-Jean et ses yeux pétillent et avec Angela et Arno et Odile on pétille avec elle, durant toute la nuit, et, ce n’est pas seulement la question de ne pas dire nègre en public parce que c’est impoli, c’est l’ensemble de ces réformes, vous l’aurez compris, qui poursuit un seul et même objectif : une flexi-sécurité à la française, avec plus de souplesse pour les entreprises et plus de sécurité et plus de visibilité dans les procédures, notamment pour les salariés, et, c’est la cour d’appel de Cayenne qui annule la condamnation d’Anne-Sophie Leclère, condamnée à neuf mois de prison ferme et cinq ans d’inéligibilité pour avoir comparé Christine Taubira à un singe, et, rien n’est joué, l’Eurogroupe et le conseil européen ont encore leur mot à dire,
 
 
 
 
 
 
 

… jour suivant →


 
 
 
 
 
 
 
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