Archives de Catégorie: Ernesto 2013

Ernesto 22 mars 2013

 
 
 
Ernesto → Ernesto prépare la conférence qu’il prononce demain à Beijing. Ernesto → Ernesto prépare ses sacs à dos et fourre dedans le nécessaire pour la conférence → Ernesto → prépare un sac et deux et sans se soucier des conditions relatives aux coûts supplémentaires pour les bagages en soute → Ernesto → fourre dans le premier sac à dos un tee-shirt et 3 paires de chaussettes → + → le jogging vert → + → le nez de clown → + → Ernesto → fourre dans l’autre sac les dossiers numérotés 1, 2, 3 et 4 pour l’échange prévu demain à 11h30 dans la cour de l’hôtel Furun → Ernesto → dans le tramway → Ernesto → dans le bus → Ernesto → à l’aéroport → Ernesto → au comptoir d’enregistrement → non → monsieur → non → le deuxième bagage est payant → madame → s’il vous plaît → votre corsage → madame → votre tailleur → sont aux couleurs de la compagnie volpascher.com → oui → monsieur → l’enregistrement → des bagages en soute est payant → mais vas-y je suis nana cool nana pour toi → aujourd’hui → pour toi c’est gratuit avec une étiquette fragile pour tes dossiers → numérotés 1, 2, 3, et 4 → direction soute à bagages → Ernesto → dit merci nana cool nana → et → file au bar de l’aéroport pour relire le texte de la conférence de demain → tout → est à revoir → ça ne tient pas → Ernesto a encore oublié de construire la structure → il a → toute la journée du lendemain pour construire la structure → ok → 12 heures plus tard → Ernesto arrive à Beijing → + → annule le rendez-vous de 11h30 → = → prévoit une autre modalité d’échange → est-ce que Yameng serait ok pour faire l’intermédiaire → Ernesto → appelle Yameng → Yameng est ok → Ernesto → prend un bus à l’aéroport → Ernesto → descend du bus à la gare routière de Dongzhimen → et là → tout commence à déconner → Ernesto → grimpe dans une voiture jaune pâle, étrangement immatriculée dans le département des Alpes Maritimes en France → puis → trou noir → on retrouve Ernesto dans une pièce en sous-sol qui ressemble un peu à un studio de radio → un tout petit peu → il y a des micros partout → et un type assis derrière une table, qui fait signe à Ernesto de s’asseoir, et, sans préambule, lui demande comment vont tes amours avec Angela → Ernesto → répond que c’est une question super privée en pensant être drôle → et → le type → demande à Ernesto s’il voit un bac à sable et une cage à poules dans la pièce où ils se trouvent tous les deux → Ernesto → sait pas quoi répondre → mais → comme il est toujours debout → au lieu de s’asseoir, il grimpe sur la table → et sur l’air de Maman oh Maman toi qui m’a donné tant de bonheur depuis tant d’années, chanté par l’enfant Roméo en 1973 → Ernesto répond avec sa voix la plus charmante et un sourire impeccable → ok → ok certains d’entre nous ont besoin d’être connus et reconnus par leur nom de propriétaire et d’autres non et d’autres encore ont besoin d’être connu ou reconnu par un autre nom sachant qu’il existe entre ce nom de propriétaire et ce non et ces autres noms un entrelacement de différences voire de différends dans lequel et hors duquel il nous est possible de jongler avec toute sortes d’objets indéterminés relatifs au besoin du connu et du reconnu et aussi relatifs au nom du propriétaire et aussi relatifs aux notions du propre et de l’impropre tout ceci participant d’un travail d’émancipation hyper essentiel n’est-ce pas qui de mon point de vue lorsqu’il est opérant produit des formes ouvertes qui sont les formes mêmes de l’apprentissage c’est-à-dire qui sont les formes mêmes de l’accomplissement de l’émancipation et c’est la définition aussi pour moi de ce qu’est la poésie si on entend le mot poésie comme désignant une technique de production de formes et perso j’entends le mot poésie comme désignant une technique de production de formes ouvertes et sans nom c’est-à-dire une technique super vivante c’est-à-dire une technique super opérante dans la vie et maintenant je crois que je vais descendre de cette table et si ça vous ennuie pas je rejoindrais volontiers la chambre 2125 de l’hôtel Furun because j’ai encore ce léger problème de structure à construire pour ma conférence de tout à l’heure et
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
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Ernesto 9 janvier 2013

 
 
 
1. Ce n’est pas tant la question de se sentir enfermés. Ni la question de se sentir enfermés, ni celle de trouver les moyens pour sortir de cet enfermement. Non. Ici. C’est ici la nécessité de comprendre comment nous sommes nous-mêmes les producteurs de l’enfermement dont nous affirmons subir l’oppression, et, comprendre, oui, comprendre : qu’une libération durable ne passe pas par une action qui nous permettrait de sortir de, mais : passe par une décision très simple : cesser la production de l’enfermement. Alors évidemment, cesser une production ça fait toujours un petit peu mal. Et pourquoi ça fait toujours un petit peu mal ? Ça fait toujours un petit peu mal, parce que produire, ça fait toujours un petit peu jouir. Même si c’est une toute petite jouissance qui est produite, c’est une jouissance qui est produite. Et cesser de jouir. Oui. Cesser de jouir même d’une toute petite jouissance ça fait toujours un petit peu mal. Mais. Ici. Cesser de produire l’enfermement → produira l’évanouissement de l’oppression → et → la libération → dès lors → passage du temps futur au temps présent → la libération n’est plus à produire → et → la liberté n’est plus à conquérir → libération et liberté sont enfin simultanément effectives → par la simple et permanente non-production de l’enfermement. Ainsi. Ainsi vit-on ici dans des états où la petite jouissance associée à son angoisse de petite mort n’a plus aucun pouvoir. Ainsi. Ainsi vit-on ici dans des états de joie. États de joie → fricotant avec quelque chose comme des états de puissance. Joie et puissance : toutes les deux très vivantes, merci. Angela et moi → on ne fait pas trop les marioles because on est en cours d’apprentissage → et → mais → on vous souhaite une super vie → Signé : Ernesto.
 

 
 
 
2. Et certains matins je mets mon bas de jogging vert et les petits chaussons noirs tout fins achetés en Chine et j’enfile un nez de clown et torse nu je dis à Angela → ok → bon → d’accord → assurément tu n’es pas mon ennemie → assurément → assurément c’est moi seul qui me produis de toi une image d’ennemie → et → mais → Angela → n’est pas prête à écouter n’importe quelles conneries au réveil → et → je rectifie → et → je dis → ok → ok les ennemis de classe ou de genre ou que sais-je → ne savent rien produire d’autre que la guerre sociale ou de genre et il serait grand temps → qu’ils cessent de se penser comme → ennemis ou alors qu’ils s’éventrent une bonne fois pour toute et mais → Angela → pas prête à écouter n’importe quelles discours à deux balles au réveil → me demande si je crois vraiment à ce genre d’assertion → oui → elle emploie le mot assertion → alors → je retire mon nez de clown et mais toujours torse nu → je dis ok → impossible de penser une société avec quoi que ce soit d’une quelconque haine sous les ongles → et → Angela → qui n’en est pas une provoc prêt → me dit que la lutte des classes quant à elle → vraiment → elle n’y a jamais vraiment cru → et → mais → bon → elle dit ça → avec un de ces regards éclatant et une espèce d’appel à la bataille des genres qui fait que bon → avec → ma face de nez de clown → j’y vais d’une citation → au hasard → alors, quelle arme ? → et → là → délice des baisers → moiteurs → langues enlacées → dansantes → bouches cavernes → immenses → emboîtement des sexes → tous les animaux → sont convoqués → tendresse → + → comme des dingos → cette matinée → ouais → commence bien →
 
 
 
3. Ou pourquoi ne pas tout fuir et tout arrêter dès lors que la machine ne fonctionne pas comme on l’aurait souhaité solo bien solo dans son petit crâne solo → pourquoi → ne pas tout fuir et tout et tous → tous → on sait tous faire ça très bien → c’est → à la portée de n’importe quelle gamine ou gamin en nous à l’approche de la maternelle → la → phrase → je fuis je fuis je n’arrête pas de fuir mais en fuyant je cherche une arme → produit sans doute une puissance mais dans le même temps nourrit un mouvement par lequel → gamine et gamin continuent d’aller chercher leur consolation à la maternelle → non → merci → aujourd’hui → il est temps de décider que l’arme est là et de ne pas la fuir, cette arme, trouvée, ou fabriquée, qu’importe → Ernesto la regarde → il en est à ce moment de sa vie où la fuite n’est plus possible → il → s’agit → d’une bonne nouvelle → ok → et → mais → c’est quoi cette arme trouvée → fabriquée → et maintenant comment s’en servir → elle → est là → où ça ? → pas seulement dans les mains d’Ernesto → elle → est là → par les circonstances présentes → elle → se modifie → dans le mouvement effectif des circonstances présentes → elle → incarne l’insistance → à ne plus répondre aux pourquoi → elle est notre moment → oui → nous vivons avec elle → qui ça : nous 
 
 
 
4. On t’interdisait de chialer quand t’étais gamin ? J’apprends → quelque chose → en moi → apprend → à pleurer. Quelque chose → apprend → à sortir. J’apprends → hyper, hyper, hyper lentement → à sortir. Ces larmes. Expression. Quelque chose → qui → déborde la parole → émotion → mouvement vers → dehors.
 
 
 
5. Angela se demande comment les hommes se constituent par ce passage – qu’est la mue de leur voix. Par ce passage – où la voix mute. Se demande quoi serait affecté dans l’enfant mâle en train de devenir adulte mâle. Quoi serait affecté à ce moment précis de sa vie. Quoi serait affecté et qui serait la conséquence de l’affectation même de sa voix, c’est-à-dire : de la matérialité de sa parole, tandis → que son sexe devient fertile. On est en train d’apprendre à vivre ensemble. On en est au tout début.
 
 
 
6. comprends pas et non pas tant que ne comprenne pas c’est que please could you speak-slow-ly please j’arrive pas je comprends pas où s’arrêtent où commencent les mots please, voilà, comme ça, merci, oui comme ça oui je comprends, un peu, mieux, voilà, comme ça oui voilà quand tu exprimes ce dont tu as besoin tu le comprends quand tu le comprends ça peut glisser autrement et coulisser moins péniblement, allez oui vas-y, dis juste où tu es, ce que tu entends, ce que tu n’entends pas, dis ce dont tu as besoin, voilà c’est ça : demande.
 
 
 
7. Il n’y a pas de problèmes avec ce lieu. Avec cet endroit. Il n’y a pas de problèmes avec là où tu vis. ← Quand tu accuses le lieu. Quand tu accuses la circonstance. Quand tu participes à la production du lieu. Quand tu participes à la production de la circonstance. Quand tu participes toi-même à la production des causes de l’accusation. Quand tu produis tristesse ou quand tu produis joie. Quant tu es conscient des rapports que tu établis avec telles spécificités extérieures à toi-même. Quand fort de cette conscience tu passes à l’action. Quand tu développes la puissance. Quand Spinoza n’est pas qu’une lecture. Quelque chose. Est en train de s’apprendre. Quelque chose. À partir de quoi le charme pervers de l’impossible peut disparaître.
 
 
 
8. Douche. Bus 92. Direction Leonberg. ORL. Marktplatz. Le chauffeur indique. L’arrêt le plus proche. Marktplatz. Leonberg. Altestadt. La dame. Demander. Où se trouve Marktplatz. Elle indique. Marktplatz. Marktplatz. Une place. Pas une rue. Platz. La dame. La retrouver. Sur la place. Elle veut. Renseigner davantage. Elle indique. Où est le 15. Sur la place. ORL. Leonberg. Petite place. Marktplatz. Le marché. ORL. HNO. La feuille. Du certificat. Provisoire. De remplacement. De la carte. Européenne. D’assurance. Maladie. La secrétaire. Parle anglais. Le docteur. Parle anglais. Un peu français. Le docteur. Explique. Le docteur. Montre sur un dessin. Le docteur. Montre sur un schéma. Le docteur. Montre sur une carte. Au mur. Comme à l’école. L’oreille. Les conduits. Le docteur. Énonce le diagnostique. Quant à l’oreille. Inflammation. Le docteur. Propose plusieurs thérapies. Le docteur. Dit à bientôt. En français. Souhaitons que non. Rires. La pharmacie. Apotheke. Une pharmacienne. Avec un foulard. Sur la tête. Elle parle. En allemand. Ich verstehe. Nicht. Elle traduit. D’un mot. En anglais. Le petit rosier. Dans son pot. Jaune. Les roses. Jaunes. Le marché. Le bus. 92. Le retour. Akademie. Schloss. Solitude. Sms. Envoyé. Angela. Attente. Arrêt de bus. Studio 36. Angela. Rendez-vous. Avec directeur. Repas en commun. Les résidents. Réfectoire. Cantine. Boire un verre. Le soir. Studio 7. Après-midi. Leçon de chinois. Rejoindre. Studio 7. Le trac. Les résidents. Parler anglais. Pas assez. Bien le parler. Parler anglais. Parler français. Le problème. Pas la langue. Le problème. Le rapport. D’autorité. Associé. À la langue. À la parole. Rapport de. Connivence. Quelles connivences. Hein de quoi. On parle. À quoi on. Joue. Comment on. S’approche. Les uns. Des autres. Rengaines. 4 bières. Au bar. Noter. Sur la fiche. De résident. Les consommations. Être. Résident. Être. Invité. Être. Les premiers. Arrivés. Studio 7. La soirée. Agréable. Les liens troubles. Les liens naissant. Les nationalités. Les pays. France. Etats-Unis. D’Amérique. Du Nord. Allemagne. Brésil. Israël. Scission. Artistes. Techniciens. Malaise. Supérieur. Inférieur. Sociologue. Coordinatrice. Écrivain. Poète. Musicien. Compositeur. Anthropologue. Musicienne. Compositrice. Scission. Artistes. Techniciens. Malaise. Supérieur. Inférieur. Heureux. Soirée. Rapports. Sociaux. Arrivée. Une semaine. Bienvenus.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

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Ernesto January 9, 2013

[traduction Anne Kawala & Marc Perrin]

 
 
 
That’s not so much the question to feel imprisoned and to find ways to quit this imprisonment. Here it is the necessity to understand how ourselves are the producers of this imprisonment → this imprisonment of which we affirm that we suffer the oppression. Here → it is the necessity to understand : how a liberation won’t come from an action that would allow us to leave, but, liberation : will come by a very simple decision : and the decision → is → to stop → the production of imprisonment. But. Obviously → to stop a production hurts always a little bit. And why that hurts always a little bit ? That hurts always a little bit because to produce gives always a little bit of enjoyment. Even if it is a very little enjoyment that is produced, it’s an enjoyment that is produced. And when an enjoyment is stoped. Even if the enjoyment is tiny tiny tiny tiny, it always hurts a little bit. But. Here. The stop of the imprisonment’s production → will produce the vanishing of oppression → and → the liberation → here → the liberation has not to be produced anymore → and → freedom is not to be conquered →  here → liberation and freedon are efficient → So → we define here freedom as the very simple non-production of the imprisonment. And. we produce → here → we produce the passage from a little enjoyment with its little anguish of death → to something → like a joy → A joy → in relation with something like → a power. Both of them, joy and power, very bright, and light, and wide → Angela & I, we don’t play too much the fool porque we are in learning process, and, but, we wish you a very nice life. Thank you.
 
 
 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

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