Spinoza in China 26 novembre 2011 | 10 juillet 2015

 
 
 
Et. Ne se connaissant lui-même que par les affections de son corps. Ernesto développe sa puissance d’agir dans l’expérience de cette connaissance. Et. S’efforçant d’imaginer ce qui développe cette puissance d’agir. Et. Parvenant à imaginer deux ou trois trucs qui développent cette puissance. Ernesto. Aujourd’hui. Est affecté de joie. C’est tout pour aujourd’hui.
 
 
 

 
 
 
et, le 10 juillet 2015, je demande à Angela mais si les propositions du gouvernement grec répondent positivement aux attentes de celles et ceux nommés les créanciers alors ces propositions sont-elles une trahison du gouvernement grec à l’égard de celles et ceux qui ont voté pour Syriza ? Ou bien s’agit-il d’une trahison à l’égard de l’ensemble du peuple grec – qu’est-ce qu’un peuple ? ce à quoi Angela répond : il y a un film de Roberto Rossellini, La machine à tuer les méchants, qui est projeté tout à l’heure, à 14h30, au Katorza, tu viens avec moi ? et, en début d’après-midi, avec Angela on va voir La machine à tuer les méchants, c’est l’été, la température extérieure est de 32°C, c’est bon, le soleil est bon, sa chaleur est bonne, et, dans La machine à tuer les méchants, parmi les multiples choses que l’on voit, on voit ceci : on est en 1948, c’est l’été, aussi, et, une famille d’Américains arrive dans un petit village italien car le père de la famille d’Américains, qui fut soldat et débarqua sur les côtes italiennes pour libérer l’Europe du joug nazi, selon l’expression en usage, est actuellement en pourparler avec le maire du petit village italien pour acheter un morceau de terrain, et construire un hôtel, peut-être, en déplaçant le cimetière du village, si nécessaire, et, durant tout le film on voit la famille d’Américains ne trouver aucune maison qui lui convienne pour se loger, essentiellement parce que dans chaque maison où la famille d’Américains arrive, une personne humaine meurt, et, durant tout le film la famille d’Américains est baladée d’une maison à une autre maison et à chaque fois qu’ils arrivent dans une nouvelle maison, une nouvelle personne humaine meurt, mais, l’arrivée de la famille d’Américains n’est pas la cause explicite de chacune de ces morts, non, la cause explicite de chacune de ces morts est la suivante : il y a, dans le village, un photographe qui au tout début du film fait la découverte suivante : il découvre que lorsqu’il prend en photo une photo sur laquelle est visible une personne humaine qu’il a par le passé photographiée, à l’instant où il prend la photo en photo : la personne humaine meurt dans la vie présente, et, chose remarquable, la personne humaine meurt dans la même position que celle dans laquelle la photo l’avait, oui, immortalisée, et quand le photographe s’aperçoit une première fois par accident de ce pouvoir qu’il a entre les mains, il souhaite avoir confirmation de ce pouvoir, qu’il a entre les mains, et, pour cela, il fait un test, et sur qui fait-il le test ? il ne fait pas le test sur une personne humaine, non, il fait le test sur un animal, oui, il sort de sa boutique, et il prend en photo le premier âne qui passe par là, il développe et révèle la photo, il prend en photo la photo de l’âne, et l’animal meurt, il a bien ce pouvoir de pouvoir tuer, et, ensuite, il tue les personnes humaines méchantes qui pourrissent la vie du village, et comment le photographe établit-il qui est méchant et mérite d’être tué ? il l’établit selon le jugement suivant : est méchant ou méchante quiconque vit sous le régime des chiffres, des nombres et des comptages, si si, je vous assure, par exemple, parmi les nombreuses personnes humaines que le photographe tue, il tue un ancien fasciste, qui est toujours fasciste, bien sûr, et, c’est drôle, c’est très drôle, c’est un film très drôle parce que l’on y voit les choses très clairement, on y voit, par exemple, que l’ancien fasciste est toujours fasciste, et, quand le photographe tue l’ancien fasciste toujours fasciste, en prenant en photo une photo du fasciste en train de faire le salut fasciste, l’ancien fasciste toujours fasciste meurt avec le bras bien raide du salut fasciste, et, dans La machine à tuer les méchants, on voit le cercueil avec dedans le fasciste mort, dont le bras mort a gardé par sa raideur de mort le salut fasciste, on voit le cercueil qui traverse le village avec une excroissance phallique dans laquelle gît la raideur morte du salut fasciste, et après la projection avec Angela on va boire une bière et deux en terrasse du bar Le Landru, c’est un nouveau bar, ouvert il y a huit mois par Thierry qui ouvre un nouveau bar tous les cinq ans, il a ouvert Le Violon dingue, il a ouvert le Stakhanov, il en a ouvert d’autres, peut-être, avant, je ne sais pas, et quand on lui demande : est-ce que tu organiseras des concerts dans ton nouveau bar, comme tu faisais au Violon dingue et au Stakhanov ? Thierry nous dit non merci, j’ai fait ça pendant dix ans et plus, là, j’arrête, c’est super épuisant, avec Le Landru, je retourne aux fondamentaux,
 
 
 
l’expression nous plaît bien, retourner aux fondamentaux,
 
 
 
et, je demande à Angela : est-ce que tu crois que c’est retourner aux fondamentaux qu’ont pensé possible celles et ceux qui ont voté pour oxi, en Grèce ? et, sortant son carnet de dessins de son sac en bandoulière et commençant à dessiner dans son carnet avec des feutres aux couleurs super vives, Angela me demande ce que j’entends par fondamentaux, et je dis que pour les fondamentaux, j’en reste à la définition suivante : les fondamentaux sont les modalités permettant de considérer la vie des personnes humaines avec amour, je rougis un peu, je regarde les couleurs vives pétantes du dessin d’Angela, et, je rappelle Patrick qui m’a laissé un message hier en me disant : ce que j’ai à te dire, je ne peux pas te le dire en te laissant un message, et, ce qu’il me dit aujourd’hui c’est ceci : j’ai quarante-sept ans, comme tu sais, et comme tu sais, je n’ai toujours pas rencontré mon père, eh bien, figure-toi que mon père a décroché son téléphone, pas pour m’appeler, d’abord, non, pour la bonne et simple raison qu’il ne savait pas que j’existais, avant de décrocher son téléphone, non, il a décroché son téléphone pour appeler ma mère, qu’il ne savait pas être ma mère, non plus, il n’appelait pas ma mère, il appelait un amour de jeunesse à qui après quarante-sept années de silence il souhaitait à nouveau parler, ou, pour être plus précis, et plus juste, parler avec cet amour de jeunesse lui était nécessaire pour se mettre au clair avec sa conscience, après quarante-sept années de vie avec une conscience pas cent pour cent tranquille, et, bon, il a décroché son téléphone, il a composé le numéro de téléphone de ma mère, le téléphone de ma mère a sonné, ma mère a décroché, ce fut un choc pour elle, oui, ce fut un choc, après quarante-sept années sans entendre la voix de cet homme, de l’entendre, et, pour partie, de la reconnaître, et, après quarante-sept années sans se parler, ils se sont parlé, ma mère lui a dit : tu as un fils, ce fut un choc pour lui, maintenant c’est un choc pour moi, ce père sur l’absence de qui j’ai bâti pendant quarante-sept années ma vie, il n’est plus absent, c’est une chose importante, je voulais te le dire, je voulais partager ça avec toi,
 
 
 
et, le projet de la loi Macron est voté à nouveau par le recours à l’article de la constitution de la République française dit engagement de responsabilité, permettant au gouvernement d’imposer l’adoption d’un texte par l’Assemblée nationale, immédiatement, et, sans vote, et, la police est passée ici régulièrement depuis plusieurs jours pour expliquer qu’il fallait partir avant mercredi soir, et, à l’inverse des places occidentales, l’écrasante majorité des investisseurs des bourses chinoises sont des particuliers s’étant endettés pour investir, et, l’écroulement de la valeur des titres qu’ils ont achetés les prive des moyens d’honorer leur dette, et, la Tunisie annonce la construction d’un mur le long de la frontière avec la Libye pour renforcer sa sécurité,
 
 
 
et, je regarde le dessin qu’est en train de faire Angela, je regarde les couleurs vives et je pense à Patrick, je suis heureux pour lui, je regarde les couleurs vives du dessin d’Angela, je regarde Angela,
 
 
 
 
 
 
 

… jour suivant →


 
 
 
 
 
 
 
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