Spinoza in China 19 novembre 2011 | 29 janvier 2015 | 10 juin 2015

 
 
 
Cher Chien Fou. Dans l’expression contentieux d’autorité, j’entends par contentieux un état de querelle, ou, un état de blocage – relationnel – qui résulte de l’existence d’un litige ou d’un conflit, plus ou moins énoncé, c’est-à-dire, l’existence d’un litige ou d’un conflit, plus ou moins conscient. Par ailleurs, par contentieux j’entends la conséquence d’un litige ou d’un conflit entre deux ou plusieurs parties en profond désaccord. Les parties n’arrivent pas spontanément à résoudre le différend qui les oppose, et pour cause : le différend est plus ou moins conscient, plus ou moins consciemment énoncé, et, le plus souvent, pas énoncé du tout. Cependant, le différend est bel et bien présent. Vient alors à naître entre les parties un état de tension manifeste. Chacun, chacune, campe sur ses positions – et cela, quelle qu’en soit la conscience. Aucun ni aucune n’entend céder à la partie adverse, quand bien même personne ne sait plus précisément sur quoi il importe tant de ne pas céder. Votre message n’a pas été envoyé.
 
 
 
Cher Chien Fou. Dans l’expression contentieux d’autorité, j’entends par autorité ce qui est relatif au fait d’être auteur ou auteure de paroles, de gestes, de vies, de concepts, de ce qu’on voudra. Auteur – le mot auteur – étant un dérivé du verbe latin augere, qui signifie faire croître, augmenter, mais aussi fonder, établir. Et cela, de manières plus ou moins explicites. Cela, de manières plus ou moins énoncées – plus ou moins conscientes. Votre message n’a pas été envoyé.
 
 
 
Cher Chien Fou. Je n’arrête pas de réévaluer l’ensemble de mes relations avec tous les brothers et toutes les sisters à l’aune de la seule question d’autorité. Pire. Je me mets à tout traduire en termes de chef. Il me faut un chef. Un chef, et pas deux. Et quoi que je fasse, toujours j’arrive à deux. Et toujours, toujours c’est moi le deuxième. Et toujours, oui, toujours c’est toi le premier. Voilà. Il y a un chef de trop. Un combat est nécessaire. Votre message n’a pas été envoyé.
 
 
 

 
 
 
Et. Au premier carrefour, sur Gulou Dajie, Ernesto tourne à droite, dans Jiugulou Dajie. Au bout de cinq minutes de marche, il s’arrête devant une petite boutique. Derrière une vitre, il voit des gâteaux, et quelques mots écrits en anglais sur un tableau. Ernesto entre dans la boutique. L’endroit s’appelle Nai Fen Dessert Café. Il y a des banquettes, bien douillettes. Ernesto s’assoit dans l’une d’elle, en fond de salle, avec vue sur toute la pièce et sur la porte d’entrée, vitrée. Dehors, la rue et son trafic. Une serveuse vient pour la commande. Ernesto montre les mots black coffee écrits sur le tableau juste au-dessus du bar. Il prononce les deux mots, black coffee, puis il déplie l’index de la main droite et dit igueu. Ça veut dire un.
 
 
 
Ernesto ouvre son petit sac à dos. Il fouille dedans. Il en sort son exemplaire de l’Éthique de Spinoza.
 
 
 
Son cousin Ki lui a conseillé de commencer le bouquin par le milieu. Par la troisième partie. De l’origine et de la nature des affects. Ernesto suit le conseil de son cousin. Il ouvre le livre. Feuillette jusqu’à la troisième partie. Ernesto commence la lecture de l’Éthique.
 
 
 

 
 
 
D’abord, il y a une préface. Ensuite viennent trois définitions, deux postulats, puis des propositions. Chaque proposition a sa démonstration, et parfois, la démonstration est suivie d’un corollaire, et parfois d’un truc qui s’appelle un scolie. Il y a aussi des notes du traducteur – Robert Misrahi – souvent plus longues que le texte lui-même.
 
 
 
Et. À 9h11. Ernesto se met en connexion directe avec le texte de Spinoza. À 9h11. Ernesto n’est pas un empire dans l’empire. À 9h11. Ernesto est dans la nature, il en fait partie, il n’est ni à côté, ni au-dessus, ni en dessous, ni séparé d’elle, il est dedans. À 9h11. Ernesto ne perturbe pas l’ordre de la nature. Il ne perturbe pas plus la nature qu’il n’exerce un pouvoir absolu sur elle. À 9h11. Ernesto est conscient d’être déterminé par un maximum de trucs, extérieurs à lui-même, et, présents dans la nature. À 9h11. Pour les affects, c’est exactement la même chose. Les affects sont des choses naturelles qui suivent les lois générales de la nature, à laquelle ils participent. Ernesto ferme les yeux.
 
 
 
Et. À 9h12. Un affect est une idée. À 9h12. Un affect est une conscience. À 9h12. Un affect est une idée ou une conscience d’une affection qui marque le corps, ou, et, l’esprit. C’est-à-dire. À 9h12. Un affect est une idée ou une conscience d’une modification, soit de l’étendue – corps, matérialité – soit de la pensée – esprit, immatérialité.
 
 
 
Et.
 
 
 
À 9h13. Ernesto commande une part de gâteau. Il regarde un peu, par-delà la porte d’entrée, la rue et son trafic, dehors. Il copie les définitions un, deux, et trois.
 
 
 
1. J’appelle cause adéquate celle qui permet, par elle-même, de percevoir clairement et distinctement son effet. Mais j’appelle cause inadéquate, ou partielle, celle qui ne permet pas de comprendre son effet par elle seule.
 
 
 
2. Je dis que nous agissons lorsqu’il se produit en nous, ou hors de nous, quelque chose dont nous sommes la cause adéquate, c’est-à-dire, lorsque en nous, ou hors de nous, il suit de notre nature quelque chose qui peut être clairement et distinctement compris par cette seule nature. Mais je dis au contraire que nous sommes passifs lorsqu’il se produit en nous, ou lorsqu’il suit de notre nature, quelque chose dont nous ne sommes que la cause partielle.
 
 
 
3. J’entends par affects les affections du corps par lesquelles sa puissance d’agir est accrue ou réduite, secondée ou réprimée, et en même temps que ces affections, leurs idées.
 
 
 
Et. Si nous pouvons être la cause adéquate de l’une de ces affections, j’entends alors par affect une action, dans les autres cas, une passion.
 
 
 
Il est 10h29.
 
 
 
Et. À 10h29. Le corps d’Ernesto est affecté selon de nombreuses modalités qui accroissent ou réduisent sa puissance d’agir. À 10h29. Le corps d’Ernesto est affecté selon d’autres modalités qui ne rendent sa puissance d’agir ni plus grande ni moins grande. À 10h29. Ernesto esquisse un sourire.
 
 
 
Et. À 10h30. L’esprit et le corps d’Ernesto étant une seule et même chose, tantôt conçue sous l’attribut de la pensée – esprit – tantôt conçue sous l’attribut de l’étendue – corps –, les actions et les passions du corps d’Ernesto sont par nature contemporaines des actions et des passions de son esprit.
 
 
 
Et. À 10h31. Le corps d’Ernesto ne peut pas déterminer son esprit à penser.
 
 
 
Et. À 10h30. L’esprit d’Ernesto ne peut pas déterminer son corps au mouvement, au repos, ou à quelque autre état que ce soit, s’il en existe.
 
 
 
S’il en existe.
 
 
 
Ernesto s’enfonce dans la banquette. Et.
 
 
 
À 10h42. Ernesto n’a pas encore déterminé quel est le pouvoir de son corps. À 10h42. L’expérience d’Ernesto ne lui a pas enseigné, jusqu’à présent, ce que son corps est en mesure d’accomplir par les seules lois de la nature considérée seulement en tant que corporelle. À 10h42. Ernesto n’a pas acquis une connaissance assez précise de la structure de son corps pour en expliquer toutes les fonctions par les seules lois de la nature considérée seulement en tant que corporelle.
 
 
 
Ernesto s’enfonce encore un petit peu dans la banquette. Et, tout en douceur, il s’essaye à considérer les actions humaines, et les appétits, comme s’il était question de lignes, de surfaces, ou bien de corps.
 
 
 

 
 
 
Il est 11h00. Ernesto paye le café et la part de gâteau. Il rejoint les hutongs, derrière le Nai Fen Dessert Café. Il s’arrête dans une petite échoppe, ouverte sur une terrasse faite de trois tables. Ernesto s’assoit. Il mange une soupe de pâtes râpées, avec lardons, ail, coriandre extra fraîche. C’est super bon. Son manteau encore tout neuf traîne par terre et se frotte aux épluchures diverses, aux crachats ici et là qui jonchent le sol. Les ouvriers en train de manger le regardent s’installer, en souriant, deux secondes, puis retournent à leur repas.
 
 
 
Il est midi. Ernesto paye les pâtes. Il s’éloigne de la petite échoppe. Il marche durant toute l’après-midi dans les hutongs.
 
 
 

 
 
 
Au coucher du soleil, aux environs de 17h30, Ernesto est sur la place Tian’anmen.
 
 
 
C’est bientôt l’heure de la cérémonie du drapeau. Elle a lieu deux fois par jour. Une première fois pour le lever du drapeau, en synchronie avec le lever du soleil. Une seconde fois pour la descente du drapeau, avec le soleil couchant.
 
 
 
Ernesto regarde le drapeau rouge qui flotte au centre de la place. Du côté de la Cité interdite, sur un vaste balcon dominant la place, il voit huit soldats qui se positionnent au pied de huit drapeaux. Ernesto regarde les huit soldats descendre les huit drapeaux. Il regarde, aussi, accroché à la façade de la Cité interdite, sous le balcon, juste au-dessus de la porte de la Paix céleste, le portrait de Mao. Est-ce que Mao sourit ?
 
 
 
La circulation est bloquée sur le boulevard deux fois sept voies qui sépare la Cité interdite de la place Tian’anmen. Ernesto quitte des yeux le portrait de Mao, baisse un peu le regard. Et par la porte de la Paix céleste, il voit sortir un détachement d’une vingtaine de soldats. Les soldats traversent le boulevard. Leur pas claque sur le bitume. Leur pas claque sur les pavés. Chaque soldat plaque un fusil avec baïonnette contre son torse, côté gauche. Un jeune soldat, devant les autres, tient une épée brandie à la verticale de son visage.
 
 
 
Sur l’acier de la lame de l’épée, à la verticale du visage du jeune soldat, les reflets rouges des gyrophares de voiture et des camionnettes de la police.
 
 
 
Au centre de la place, des soldats positionnés sur les lignes d’un périmètre de sécurité, autour du drapeau, forment un carré et font le nez à nez avec les touristes spectateurs. Ernesto, touriste spectateur parmi les touristes spectateurs, est pris d’un léger étourdissement.
 
 
 
Du côté de l’ouest, dans le lointain, dans la brume de pollution, Ernesto discerne des barres d’immeubles. Quelques milliers de kilomètres plus loin, le Tibet. Quelques milliers de kilomètres plus loin, l’Afghanistan, l’Algérie, l’Allemagne, la Birmanie, le Congo-Brazzaville, le Congo-Kinshasa, l’Érythrée, la France, la Grèce, l’Iran, Israël, le Liban, la Libye, le Mali, le Mexique, la Palestine, la Russie, la Sierra Leone, le Soudan, la Syrie, la
Turquie…
 
 
 
Et sur l’acier de la lame de l’épée, à la verticale du visage du jeune soldat, se reflètent les slogans patriotiques en caractères chinois – blancs sur fond rouge – diffusés sur toute la longueur des deux écrans vidéo géants barrant la place Tian’anmen.
 
 
 
Se reflètent également sur l’acier de la lame de l’épée, à la verticale du visage du jeune soldat, ainsi que sur les vitres d’une petite guérite, plantée au pied du drapeau rouge et dans laquelle un autre jeune soldat monte la garde, se reflètent également les lumières des gyrophares des véhicules de l’armée qui ont rejoint ceux de la police.
 
 
 
Jeunesse des soldats. Enfants. Enfance. Ernesto pense aux brothers et aux sisters. Il est 18h00.
 
 
 
Un soldat saisit la corde à laquelle est accroché le drapeau rouge, tout en haut de son poteau. Il fait coulisser la corde vers le bas. Lentement. Le drapeau longe le poteau. Le soldat réceptionne le drapeau. Il le plie délicatement.
 
 
 
Et. Les soldats reforment leur détachement armé. L’un d’entre eux se place en tête, brandit son épée à la verticale de son visage. Un autre se place devant. Dans ses bras : le drapeau délicatement plié. Tous rejoignent la Cité interdite. Ils traversent le boulevard. Leur pas claque sur le bitume. Leur pas claque sur les pavés. Leur pas frappe le sol. Fusils. Baïonnettes. La circulation est bloquée sur le boulevard deux fois sept voies. Les soldats traversent. Ils entrent dans la Cité interdite. La cérémonie est terminée. La circulation peut reprend sur le boulevard deux fois sept voies.
 
 
 
Sur les écrans vidéo géants, les slogans en caractères chinois laissent place aux annonces publicitaires. Images des hauts plateaux mongols. Images de la muraille de Chine.
 
 
 
Et. De jeunes policiers évacuent rapidement la place. Des camionnettes foncent sur celles et ceux qui traînent un peu trop. Des ordres de quitter les lieux sont diffusés par des haut-parleurs depuis les camionnettes. En cinq minutes, la place est vide. Fermée. Prête pour la surveillance de nuit.
 
 
 
Ernesto regarde une fois encore le portrait de Mao accroché à la façade de la Cité interdite.
 
 
 
Vol de corbeaux croassant dans le ciel. La nuit est tombée.
 
 
 

 
 
 
Et. À 20h00. Ernesto rejoint le Foreign Language Bookstore sur Wangfujing Dajie. Ernesto a besoin d’un livre. Un livre qui pourrait accompagner sa lecture de l’Éthique. Il n’a pas amené ça avec lui. Au premier étage de la librairie, il trouve les quelques étagères dédiées aux livres écrits en langue française. Là, Vies minuscules, de Pierre Michon. Voilà, c’est ça. Ernesto a besoin de ce livre-là. Ernesto a besoin de lire des vies. Il a besoin d’entendre une voix lui dire ce que furent certaines vies, et, probablement, précisément ces vies-ci. Précisément, les vies de cette terre-ci, là-bas, côté ouest, quelques milliers de kilomètres par là-bas. Ernesto a besoin qu’on lui parle un peu de quelques-unes et quelques-uns de peu, qui parlent peu, ont peu parlé, mais, ont une vie, ont eu une vie. Ernesto a besoin d’entendre ce qu’un autre que lui a su dire de là où, lui, Pierre, et de là où lui, Ernesto, tous les deux viennent. Car, parmi ses multiples naissances, oui, Ernesto est né le 15 mars 1915 à Aubepierre, à côté de la Souterraine, dans le département de la Creuse. Et Vies minuscules de Pierre Michon édité en Folio Gallimard est là parmi les quelques livres présents sur la petite dizaine d’étagères dédiées aux livres écrits en langue française. Dans le Foreign Language Bookstore, Vies minuscules est là. Cadeau.
 
 
 
Il est 21h00. Ernesto mange des brochettes dans une petite échoppe proche du Hanting Hotel.
 
 
 
Il est 22h00. Ernesto ouvre la porte de la chambre 7721. Au sol, des cartes de visite, avec photos de jeunes femmes et numéros de téléphone. Ernesto referme la porte. Il ramasse les cartes au sol et les dépose au bout du lit sur une tablette fixée au mur. Il s’allonge. Il ouvre les Vies minuscules.
 
 
 
Avançons dans la genèse de mes prétentions.
 
 
 

 
 
 
et, le 29 janvier 2015, on est ici un groupe de quatorze animaux mammifères, dont douze animaux humains, on se retrouve dans le salon d’une maison citadine, en marge du centre ville, au 29 rue Alexandre Gosselin, à Nantes, avec Angela on est devenus légalement propriétaires de cette maison le 1er juillet 2013, et, le 29 janvier 2015, avec Amon, Anna, Anouchka, Baruch, Emma, Fausto, Francesca, Géronima, Katia, Nod, Pietro, Virginia, on est là, dans ce salon, on est tous blancs d’extraction chrétienne – sauf Baruch et Virginia – c’est notable, on se réclame tous de gauche, je crois – pour Baruch et Virginia, je ne sais pas – on a chacune et chacun un toit, chacune et chacun on se nourrit à notre faim, de légumes, de viande, de livres, de séances de San Feng ou lacaniennes, de balades en forêt ou de siestes en montagne, et, le 29 janvier 2015, on se retrouve ici pour la première fois et peut-être on sent déjà qu’il va nous falloir trouver des moyens pour nous réunir autrement, on sent peut-être tout simplement qu’il va nous falloir vraiment ouvrir les milieux dans lesquels nous vivons, et, le 29 janvier 2015, on est assis un peu comme en cercle autour des deux chats, Baruch et Virginia, endormis sur une chaise en paille, et là autour d’eux, on parle, on parle de situations très concrètes, vécues depuis l’enchaînement des 7 et 8 et 9 et 10 et 11 janvier 2015, ici, en France, on parle de ces journées-là, et on se demande depuis combien de temps on n’a pas parlé comme ça, dans nos vies, est-ce qu’on n’a jamais parlé comme ça ? est-ce qu’ici, les douze animaux humains que nous sommes, est-ce que nous n’aurions jamais fait l’expérience de cette parole ? est-ce possible ? sommes-nous en train de réactiver sans trop le savoir une expérience commune qui nous ferait défaut ? à cette époque-ci de nos vies, dans ce que certaines et certains d’entre nous nomment encore une société, le 29 janvier 2015, durant toute la soirée il se passe une chose très simple et somme toute, devenue peut-être assez inhabituelle : aucun ni aucune d’entre nous ne vient ici pour imposer une quelconque parole, et, chacune et chacun écoute, et, ça, on sent que c’est bon, on sent que les conditions sont réunies pour que des paroles puissent êtres émises, et reçues, énoncées, et entendues,
 
 
 
et quand on se retrouve tous les quatre, avec Angela et Baruch et Virginia, on prend quelques notes : a) l’écoute est contemporaine de l’énonciation des paroles, et la rend possible ; b) l’effectivité de l’écoute permet à la nécessité de chaque parole de s’affirmer ; c) l’effectivité de l’écoute permet à la puissance de chaque parole de s’accroître ; d) tour à tour, ce soir, l’un ou l’une d’entre nous parlait, et pendant que l’un ou l’une d’entre nous parlait, tous les autres et toutes les autres écoutaient, en commun ; e) plus l’écoute est commune, plus elle permet à la puissance de chaque parole de s’accroître ; f) la puissance de chaque parole accrue par l’écoute permet à l’écoute commune d’accroître à son tour sa propre puissance ; g) c’est par l’écoute que le commun peut venir ou revenir ; h) les paroles diraient la pluralité ; i) le commun saurait les écouter,
 
 
 
et, aujourd’hui, c’est le 10 juin 2015, et avec Angela on ne sait pas combien de temps on va rester dans cette maison, on ne sait pas encore si cette maison est un point fixe sur terre à partir duquel on va souvent partir, ou comment on va y rester, aussi, on ne sait pas du tout, on vient à peine d’arriver, ça fait presque deux ans qu’on est là mais en fait on vient à peine d’arriver,
 
 
 
et je pense aux cinquante ans de mariage de Josefa et Ramon que nous avons fêtés il y a quatre jours, à Chantelle, je pense à ce moment où pendant le repas, entre deux tranches de foie gras poêlé, je demande à Patrick mais combien de temps penses-tu que nous allons continuer à ne pas être révolutionnaires ?
 
 
 
et, le gouvernement grec rend publique une offre d’accord qui respecte le résultat des élections ainsi que les règles communes régissant l’Union européenne, et, cent vingt-sept sénateurs dits républicains et cent sénateurs dits socialistes et vingt-deux sénateurs de la dite union des démocrates et des indépendants votent le projet de loi sur le renseignement présenté par le gouvernement au nom de la lutte contre le terrorisme, et, un fonds britannique contrôlant l’entreprise de distribution d’eau de Tallinn en Estonie porte plainte contre l’État estonien et obtient des dommages et intérêts pour avoir été empêché d’augmenter les tarifs de ses services, et, le climat délétère et le déchaînement de violence orchestrés par le président Erdogan et son parti et l’extrême droite n’ont pu empêcher le Parti démocratique des peuples de franchir la barre des 10% des voix lors des élections législatives, et, les 10% de voix obtenus par le Parti démocratique des peuples privent le président Erdogan et son parti du nombre de sièges nécessaires pour faire passer le projet de présidentialisation de la Constitution, et, l’éthique qui surgit dans la façon de penser et qui prend forme dans la façon de se comporter vient peut-être de l’enfance, et, la France n’a pas abrogé les tribunaux correctionnels pour mineurs pourtant porteurs d’une philosophie rétrograde, et, si les moyens déployés à La Chapelle c’est-à-dire barrières et filets et présence policière vingt-quatre heures sur vingt-quatre étaient consacrés à ouvrir des lieux d’hébergement les solidarités individuelles comme associatives pourraient alors être mises en synergie avec ces moyens publics, et, à l’exception de Malte et de Saint-Martin et d’Andorre l’Irlande est le seul pays européen à interdire l’avortement même en cas de viol ou de malformation grave ou mortelle du fœtus ou de risque pour la santé de la femme, et, la mémoire elle-même est une fiction dans le sens où elle sélectionne les souvenirs et les organise pour en faire une histoire dont les vivants pourront se servir, et, aussi longtemps que les ethnies à l’intérieur des frontières seront entretenues dans la défiance des unes à l’égard des autres la bourgeoisie néocoloniale restera à la direction des affaires,
 
 
 
 
 
 
 

… jour suivant →


 
 
 
 
 
 
 
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