Spinoza in China | 11 novembre 2011 | 26 décembre 2014

 
 
 
Spinoza in China est également un dialogue retranscrit sur un rouleau de papyrus de trois mètres de long sur trente-trois centimètres de large, avec Ernesto, et son maître Wang Taocheng, tous les deux, vivants, à la surface du rouleau.
 
 
 
— Ernesto, tu n’es plus un gamin maintenant. Il serait peut-être temps que tu te décides à te trouver une femme. Te trouver une femme, et enfin avoir une vie normale, non ?
 
 
 
— Si vous le dites monsieur. Peut-être bien. Mais si je me trouve une femme, comme vous dites, je tiens à ce que les choses soient bien claires entre nous. Si je me trouve une femme, moi, je vous laisse tomber comme un vieux machin, je vous laisse tout seul, je vous laisse tomber, là, comme une vieille serpillière, toute pourrie, toute trouée, toute sale et qui pue. Je vous laisse crever, tout seul dans votre coin. Avec plus personne pour s’occuper de vous. C’est ça que vous voulez ? Aujourd’hui ? Qui à part moi s’occupe de vous, aujourd’hui ? Qui va s’occuper de vous si je me trouve une femme comme vous dites ? Est-ce que c’est le bon moment, vous croyez, pour vous ? Pour être tout seul ? Crever tout seul ? Est-ce que vous croyez que c’est le bon moment, pour vous retrouver tout seul, avec tout votre boulot, là, bien lourd, et votre cœur, bien lourd aussi, et vous tout seul à porter tout ça ? C’est ça que vous voulez ? J’ai l’impression que vous êtes super proche de trouver quelque chose. Vous avez vraiment envie de le trouver tout seul ? De vous retrouver tout seul à ce moment-là ? It’s up to you master.
 
 
 
— J’ai un putain de problème, Tony. Je peux t’appeler Tony ?
 
 
 
— Pourquoi pas.
 
 
 
• 11 novembre 2011 • ce jour-là → est visible sur le visage d’ernesto → le visage de riyad mansour → ambassadeur palestinien à l’organisation des nations unies → il comprend que le comité des admissions du conseil de sécurité de l’organisation prend acte de l’absence d’accord sur l’admission de la palestine.
 
 
 
— Tony. Je réalise chaque jour davantage que je ne suis pas grand-chose d’autre qu’un putain de gros paquet plein de vide. Voilà. Je me sens plein de vide. Et j’essaye de trouver un moyen pour produire une espèce de forme, une espèce de forme ou une espèce d’ensemble de formes, je ne sais pas, qui ressemblerait à ce putain de paquet plein de vide. Tu vois ? Mais rien ne vient. Et surtout, ce que je comprends, ce que je comprends chaque jour un peu plus, en théorie, mais que je ne parviens pas à transformer en une réalisation concrète, c’est que plutôt que de produire une forme, une forme ou un ensemble de formes qui ressemblerait à quelque chose de l’ordre du vide, ce que je comprends, c’est qu’il est absolument vain de vouloir produire quoi que ce soit qui ressemble à. Ce qu’il me faudrait parvenir à faire, ce serait ne plus produire. C’est ça, en fait, que j’essaye de faire, depuis plus de trente ans, en cherchant ce quelque chose qui ressemble au vide. Il faudrait juste que j’arrête de produire. Mais j’y arrive pas. Je sais pas comment on fait. Et avec ça, au milieu de ce bordel, je n’arrête pas de penser au boulot de Tuttle. Je ne sais pas si tu connais. Je n’arrête pas de penser à sa série Boys Let’s Be Bad Boys, tu vois ?
 
 
 
— Ce que je vois, monsieur, c’est que vous seriez bien inspiré de ne plus rien faire qui puisse ressembler à quoi que ce soit, en effet, si ce quoi que ce soit est en lien avec le vide. Je pense que vous avez tout simplement besoin d’une femme, vous aussi. D’une femme, ou d’un homme, en tout cas d’une compagnie, amoureuse, ou sexuelle, ou ce que vous voudrez. Et qu’en effet, il est temps que je parte. Et que peut-être, je ne sais pas, il serait peut-être grand temps que vous trouviez une autre modalité d’existence, à la place de ce taf que vous abattez, comme ça, toute la journée, vingt heures sur vingt-quatre, à essayer tout seul de trouver une forme ou des formes pour produire, quand c’est arrêter de produire qui semble être votre souhait number one.
 
 
 
— Tony, est-ce que c’est ça que je t’ai enseigné ?
 
 
 
— Monsieur, vous m’avez enseigné ce que j’ai appris n’est-ce pas ? Très sincèrement, j’espère être un de vos super disciples.
 
 
 
— Tony ?
 
 
 
— Oui monsieur ?
 
 
 
— C’est aujourd’hui le jour des célibataires, tu sais ?
 
 
 
— Oui, je sais.
 
 
 
— C’est aujourd’hui le 11 novembre. Le 11.11. Un, un, un, un. Et aujourd’hui, même, c’est comme tu dirais le super jour des célibataires. 11 novembre 2011. 11.11.11. Un, un, un, un, un, un. Tu peux t’en aller Tony.
 
 
 
— …
 
 
 
— …
 
 
 
— Je peux vous raconter un truc, avant de partir ?
 
 
 
— Si tu veux.
 
 
 
• 11 novembre 2011 • ce jour-là → est visible sur le visage d’ernesto → le visage d’antonio josé seguro → premier secrétaire du parti → dit socialiste → portugais → il dit → relativement à l’abstention du parti → dit socialiste → portugais → à l’occasion du vote du budget 2012 → budget d’une rigueur allant au-delà des mesures recommandées par la commission européenne → + → la banque centrale européenne → + → le fonds monétaire international → en échange du plan d’aide de 78 milliards d’euros → il dit → avant que le budget ne soit adopté sans problème en première lecture → le gouvernement de centre-droit du premier ministre passos coelho disposant d’une confortable majorité → il dit → relativement à l’abstention du parti → dit socialiste → portugais → il dit → l’abstention du parti → dit socialiste → est un vote pour la continuité du portugal → dans la zone euro.
 
 
 
— J’ai envie de vous raconter ce qui m’est arrivé il y a exactement soixante-quatorze ans. Le 11 novembre 1937. J’avais dix ans et une minute, ce jour-là. Je vivais à Chantelle, dans le département de l’Allier, en France, et ce jour-là, à Chantelle, c’était le jour du marché de la loue, sur le champ de foire. Le 11 novembre, en 1937, c’était un jour, à Chantelle, et dans plein de petits villages en France, où les propriétaires des fermes venaient pour louer des fermiers et des ouvriers. Et en même temps qu’ils louaient les fermiers et les ouvriers, ils louaient les familles qui allaient avec. Moi, cette histoire de location humaine ne me concernait pas vraiment. Mon père était maréchal-ferrant, ma mère femme de ménage. Et, au p’tit déj, le 11 novembre 1937, comme j’avais ce jour-là dix ans et une minute, je me suis dit, tiens, je vais leur demander un cadeau. Dix ans et une minute, ça se fête. Alors, j’ai demandé à mes parents s’ils ne voulaient pas m’acheter un accordéon. Il y avait des gitans qui étaient passés dans le village, juste la semaine d’avant. Ils étaient arrivés sur une carriole, ils étaient quatre, cinq, ils s’étaient arrêtés au carrefour, juste à côté de notre maison – le même carrefour où mon brother Andrea ira tous les matins serrer la paluche du vieux soldat allemand, affecté à la surveillance de cette intersection de routes, ici, tout le printemps 44. Là, à ce même endroit, sept ans plus tôt, donc, des gitans s’étaient arrêtés, une heure ou deux, pas plus. Ils s’étaient arrêtés parce qu’il y avait un puits, à cet endroit, avec de l’eau. Ils se sont lavés. Ils ont rempli quelques seaux. Et puis ils sont repartis. Pendant tout le temps qu’ils étaient là, l’un d’entre eux jouait de l’accordéon, et une jeune femme chantait avec lui. Je m’étais approché un petit peu, pas trop. Je m’étais positionné plus ou moins à mi-distance, entre là où ils étaient et la maison où on vivait, avec la family, derrière moi. Je m’étais assis sur un seau en métal renversé. Et j’écoutais le gars qui jouait, et la fille qui chantait, avec lui. Quand ils sont partis, ils m’ont fait des grands signes de la main, en riant très fort. C’est ça qui m’a donné envie d’un accordéon. Tout ce moment-là. Pendant une semaine, je n’ai pas arrêté d’y penser, tous les jours, et, le 11 novembre, au petit déj, pour mes dix ans et une minute, j’ai dit à mes parents : je veux un accordéon. Je veux jouer de l’accordéon. Mes parents m’ont tout de suite arrêté. Ils m’ont dit que c’était pas possible, que ça coûtait vraiment trop cher. Ça coûtait quelque chose comme plus de dix fois ce qu’ils gagnaient en un mois ou une année de travail, je sais plus. Je me souviens juste que c’était une somme d’argent énorme, et l’accordéon, je l’ai pas eu. Mais j’avais envie de faire quelque chose avec mes doigts, avec mes mains. Je me suis rendu compte de ça illico, ce n’était pas tant l’accordéon ou la musique dont j’avais besoin, mais de faire quelque chose avec les mains. Et comme il y avait des œufs durs, sur la table, je me suis dit, tiens, je vais jongler avec les œufs. Jongler avec des œufs, ça, ça coûte presque rien, il suffit d’avoir des œufs. Et c’est comme ça que j’ai laissé tomber l’idée de l’accordéon, et que j’ai commencé l’apprentissage du jonglage, sur le trottoir, devant la maison, avec les œufs. Ça, c’était en 1937, le 11 novembre 1937. À une époque, comme je vous dis, où le 11 novembre, c’était le jour du marché de la loue. Le jour de la loue humaine. Un jour, donc, avec un marché, sur la place du village. Un jour où on loue des êtres humains pour le travail de l’année, à venir, et en même temps, un jour de foire au bétail. Un jour avec des propriétaires qui font leur marché, qui achètent et vendent des animaux, et qui louent en même temps des êtres humains, avec toute leur famille, pour l’année à venir. C’est pratique, c’est rapide. C’est le 11 novembre. C’est le jour de la Saint-Martin. On te loue, le matin, et dans la journée, tu déménages avec toute ta petite famille, en direction de la ferme où tu vas bosser et vivre pendant toute une année. Ça va très vite. Le matin on te loue, et dans la journée tu déménages. C’est pour ça, le 11 novembre, traditionnellement, c’est le grand jour des déménagements. Depuis que la loue humaine a commencé d’exister, bien avant 1937, le 11 novembre, c’est le grand jour des déménagements. Et, d’ailleurs, je me suis souvent demandé si l’inconscient des militaires avait voulu associer cette tradition de la loue humaine, avec déménagement – c’est-à-dire cette tradition de mobilité humaine, associée à du travail – à la signature de l’armistice, le 11 novembre, en 1918. Je me suis aussi souvent demandé s’il y avait d’autres dates, comme ça, qui avaient été associées. Avec d’un côté, une location humaine, avec travail plus ou moins rémunéré, associé à délocalisation du lieu d’habitation, et, de l’autre côté, la signature d’un armistice, ou d’un traité mettant fin à quelque combat, et déclarant plus ou moins la paix. Comme je ne suis pas très fort en histoire, j’ai rien trouvé. Par contre, comme n’importe qui, j’ai un inconscient, avec plein de trucs dedans, et dedans je suis allé chercher une date. J’ai choisi le 22 mars 1968. Et alors ? Et alors je me suis demandé si un jour des militaires ou quelques autres personnes humaines, armées d’une manière ou d’une autre, associeraient cette date de 1968 à la signature d’une paix quelconque, ou bien, au contraire, si cette date serait un jour associée à quelque déclaration d’une hostilité nouvelle, ou, au renforcement d’une hostilité déjà existante, par exemple, je ne sais pas, comme si, dans trois ans, dans la nuit du 21 au 22 mars 2014, par exemple, je ne sais pas, des syndicats dits majoritaires et une organisation patronale signaient quelque chose comme un accord relatif à l’indemnisation du chômage, un accord, qui par exemple aurait pour conséquence, en douce, d’empêcher tout gamin de dix ans et une minute de jongler sur un trottoir, ou, de demander, tranquille, un peu d’argent à un président de la république, comme ça m’est arrivé, à moi, un peu plus tard, en 1972. Vous voulez que je vous raconte ? J’ai envie de vous raconter. Je vous raconte. En 1972, j’étais arrivé à un certain niveau dans ma pratique du jonglage, et j’ai ressenti le besoin de découvrir d’autres techniques qui me permettraient, par exemple, de jongler avec des œufs plus gros, plus denses, ou plus intenses, je ne savais pas exactement, mais ce que je me disais, c’était que le bon endroit pour continuer, ça pouvait être les États-Unis d’Amérique du Nord. Pour découvrir de nouvelles techniques, avec des œufs beaucoup plus gros, beaucoup plus denses, beaucoup plus intenses. Les États-Unis d’Amérique du Nord, je me disais que ça pouvait être un endroit intéressant pour ma pratique du jonglage. Mais. Les États-Unis d’Amérique du Nord, comme mes parents entre 1937 et 1972 n’étaient pas devenus spécialement super riches, il a encore été question d’impossibilité, à cause de l’argent qu’il n’y avait pas, pour payer le voyage. Mais là, moi, j’avais trop la nécessité du cirque et du jonglage en moi. Alors, j’ai inventé un nouveau numéro de jonglerie, sous forme d’un dossier, pas comptable et super cirque, un dossier que j’ai envoyé au président de la République d’alors qui s’appelait Georges Pompidou, et qui avait écrit une anthologie de la poésie française, pas super contemporaine, mais quand même, une anthologie de poésie – ce n’est pas rien, pour un président de la République française. Ce n’était jamais arrivé avant – je crois. En tout cas ce n’est jamais arrivé depuis – ça, c’est sûr. Et je me suis dit que ce type, ce type qui avait écrit une anthologie de la poésie française, pouvait être sensible à ma demande, et ça a pas manqué. Il a été sensible à ma demande. Et il a traduit sa sensibilité en me filant un peu d’argent pour que je m’achète un billet d’avion, et c’est comme ça que j’ai pu aller aux États-Unis d’Amérique du Nord, pour continuer ma recherche avec le jonglage. Alors, j’ai été loin de mes parents, pendant neuf ans. Sauf une fois. Je suis revenu une seule fois, pour des vacances, en 74. Là, quand je suis revenu, à Chantelle, j’ai d’abord vu ma mère, et quand je l’ai vue, I suddenly found that she became old. Et. Mon père. Je ne sais pas où il était à ce moment-là, et je suis retourné aux États-Unis d’Amérique du Nord. J’y suis resté jusqu’en 1981. Quand je suis à nouveau revenu en France, ma mère avait continué de vieillir, je comprenais toujours pas où était mon père, et vous, quand je vous ai vu la première fois, je veux pas dire que j’ai compris davantage où il était, mon père, ni comment ma mère avait vieilli, mais c’est vrai que j’ai pensé à eux deux très fort, en vous voyant. Et vous, votre enfance, ça s’est passé comment ?
 
 
 
• 11 novembre 2011 • ce jour-là → est visible sur le visage d’ernesto → le visage d’adonis georgiadis → député grec issu du parti d’extrême droite laos → coéditeur → en 2006 → d’un pamphlet antisémite de mille quatre cents pages intitulé juifs : l’entière vérité → texte faisant l’apologie d’adolf hitler → + → appelant à l’extermination des juifs → il est nommé secrétaire d’état au développement et à la marine marchande dans le nouveau gouvernement grec de coalition aux côtés de makis voridis → autre député issu du parti d’extrême droite laos → nommé quant à lui ministre des transports.
 
 
 
— Mon enfance ? Moi ? Moi mon enfance, si je peux le dire comme ça, mon enfance a rencontré la politique de l’enfant unique avant que cette politique ne soit devenue une politique d’État, ici, en Chine, dans les années 70. Je ne sais pas si tu connais la politique de l’enfant unique. C’est, avant tout, une politique de la peur du vivant. C’est une politique de contrainte des corps. Et à l’échelle d’un pays l’érigeant en loi, elle produit comme conséquence un excédent de garçons, et en conséquence de conséquence, elle produit un excédent de célibataires de sexe mâle. Il y a un rendez-vous hebdomadaire, ici, à Shanghai. Tous les dimanches. Ça ressemble un peu à ton marché de la loue. Ça s’appelle le marché des célibataires. Ça se passe à People’s Square. Le square du peuple. Dans tout le square, il y a des célibataires, à vendre dirais-je, plutôt qu’à louer. Chacun est assis sur un petit tabouret, avec un panneau autour du cou, et sur le panneau est inscrit le salaire mensuel du gars, son numéro de téléphone, et l’espoir de convenir à telle célibataire femelle et à sa famille venues ce jour-là, pour faire leur marché. Le prochain marché, c’est dans deux jours. Ça va être le super marché des célibataires, en quelque sorte. Deux jours après le super 11.11.11. J’irai faire un tour à People’s Square, dimanche.
 
 
 
— Cool monsieur. Cool.
 
 
 
— Tu peux t’en aller Tony.
 
 
 
— Ok monsieur, take care.
 
 
 

• 11 novembre 2011 • ce jour-là → est visible sur le visage d’ernesto → le visage de zhang jindong → président de suning appliance company limited → le plus important détaillant de produits électroménagers de chine → alors que vient d’être signé un accord pour construire avec ibm → international → business machines → la plus grande plate-forme d’e-commerce au monde.
 
 
 
je voudrais dire ici une chose toute simple
 
 
 
une chose toute simple comme par exemple celle-ci
 
 
 
aujourd’hui c’est le 26 décembre 2014 je me lève dans la nuit et dans la pièce du bas de cette maison dans laquelle nous vivons depuis le mois d’avril dernier angela et moi je lis quelques pages de à nos amis du comité invisible
 
 
 
ma lecture est lente et mon attention souvent flottante fait que souvent je pense à telles situations en rapport avec toute autre chose que ce que je lis et je reprends la lecture en amont ainsi je lis ce matin un nombre considérable de phrases plusieurs fois
 
 
 
par exemple ce matin je lis plusieurs fois habiter un territoire assumer notre configuration située du monde notre façon d’y demeurer la forme de vie et les vérités qui nous portent et depuis là entrer en conflit ou en complicité
 
 
 
je lis aussi se lier stratégiquement aux autres zones de dissidence intensifier les circulations avec les contrées amies sans soucis de frontières je lis aussi dessiner une autre géographie discontinue en archipel une autre géographie intensive
 
 
 
je lis aussi partir à la rencontre des lieux et des territoires qui nous sont proches même s’il faut parcourir dix mille kilomètres
 
 
 
je pense à angela et aux recherches qu’elle mène relativement à la sédentarité au nomadisme à la scripturalité à l’oralité
 
 
 
je pense aux pouvoirs nécessairement méchants et aux puissances de joie
 
 
 
je pense à ce que je connais aujourd’hui des pensées de deleuze et de spinoza
 
 
 
se sentir à la bonne place ou pas c’est-à-dire sentir si cette vie-là est bonne ou ne l’est pas
 
 
 
je sens bien si ce que je vis et si là où je le vis et avec qui je le vis je sens bien si
 
 
 
cela est bon ou ne l’est pas
 
 
 
ce matin je sens que c’est bon est-ce une joie ?
 
 
 
c’est une joie si elle n’est pas que pour ce matin
 
 
 
c’est une joie si elle n’est pas que pour moi
 
 
 
ce matin je pense à la conférence que je vais proposer l’année prochaine à la médiathèque de chantelle dans le département de l’allier elle aura lieu le samedi 7 mars
 
 
 
selon le dernier recensement de 2011 il y a mille soixante-quatorze habitants à chantelle
 
 
 
ce matin je me dis que si les mille soixante-quatorze habitants de chantelle souhaitent venir à la conférence la médiathèque sera trop petite mais l’on pourra toujours aller sur la place devant la mairie
 
 
 
ce matin je me dis que quoi qu’il en soit et qu’ils viennent tous ou pas moi j’écris la conférence pour tous autant que faire se peut
 
 
 
ce matin nous sommes quatre à vivre dans cette maison
 
 
 
deux petits animaux non-humains et angela et moi tous les quatre nous vivons dans cette maison
 
 
 
les petits animaux non-humains ce sont des chats angela et moi nous les avons nommés baruch et virginia
 
 
 
baruch et virginia on les a trouvés sur un parking au bord d’une plage il y a presque cinq mois
 
 
 
on les a trouvés ils avaient à peine une semaine on les a nourris tout l’été avec biberons comme on fait possiblement aussi avec des animaux humains
 
 
 
avec angela et baruch et virginia et quelques amis on est en train de préparer des conférences qu’on trafiquerait dans l’espace public à proximité des panneaux d’affichage libre
 
 
 
ce matin je prends un bus qui me rapproche du centre de la ville et je constate que plus l’on s’approche du centre de la ville et moins nombreux sont les panneaux d’affichage libre
 
 
 
on n’est pas des révolutionnaires pas pour l’instant du moins
 
 
 
on sent bien qu’on est encore dans une manière de vivre qui ne correspond pas au maximum de notre puissance
 
 
 
en même temps on n’arrête pas de comprendre que la puissance n’a pas de maximum
 
 
 
en 2012 avec angela on a fait ce qu’il fallait pour rendre la rencontre possible et la rencontre a eu lieu
 
 
 
depuis 2012 avec angela on fait vivre la rencontre comme on peut certains jours on peut un maximum et d’autres jours c’est moins maxi c’est-à-dire on fait vivre la rencontre comme on comprend la rencontre avec nos possibles bien vivants c’est comme ça que l’on fait comme quiconque fait je pense c’est quelque chose qu’on aime faire
 
 
 
en 2012 et 2013 avec mon cousin ki on s’est vus quelque fois quelques jours à nantes et à paris pour travailler à la compréhension de l’éthique de spinoza
 
 
 
mon cousin ki à vouloir lire tous les commentaires explicatifs et savants de misrahi et macherey et moi énervé par ça et ne jurant que par l’intuition c’est comme ça qu’on a fait mon cousin ki et moi en 2012 et 2013 on a aimé faire ça
 
 
 
en 2010 et 2011 à l’automne et au printemps et en hiver on s’est vus assez régulièrement avec quelques amis dans des bars à nantes pour travailler à la compréhension du premier chapitre du premier livre de capitalisme et schizophrénie de deleuze et guattari
 
 
 
le titre de ce premier chapitre c’est les machines désirantes
 
 
 
avec les machines désirantes le désir est en vie par ce qui se produit et non par ce qui manque
 
 
 
cette manière de penser le désir a été une rencontre importante je travaille à faire vivre cette rencontre importante
 
 
 
en novembre et en décembre cette année je suis allé voir deux fois l’exposition consacrée au travail de marcel duchamp à paris ce fut un grand plaisir
 
 
 
j’avais oublié à quel point j’aimais le travail de marcel duchamp à quel point ç’avait été une rencontre importante j’avais oublié de faire vivre cette rencontre importante ces dernières années
 
 
 
j’ai acheté le livre de maurizzio lazzarato marcel duchamp et le refus du travail je ne l’ai pas encore lu je vais le chercher ce matin dans la bibliothèque et en le retirant de la pile où il se trouve vient avec lui le maître ignorant de jacques rancière
 
 
 
j’ai lu le maître ignorant de jacques rancière ce fut une rencontre importante elle continue de vivre j’aime qu’elle continue de vivre je parle souvent de ce livre j’aime quand ce livre continue de vivre
 
 
 
dans le maître ignorant il est question de l’égalité des intelligences comme préalable à toute rencontre
 
 
 
ce matin je pense à la pluie d’été de duras et à l’intelligence de l’amour et à ce que recouvre pour chacune et chacun la notion de connaissance
 
 
 
parfois pour évoquer une auteure ou un auteur j’emploie son prénom et son nom et parfois je n’emploie que le nom
 
 
 
ce matin lisant quelques pages de à nos amis j’entends des bruits dans la cuisine j’imagine que c’est angela qui fait un café
 
 
 
ce matin avec angela on vit dans cette maison depuis presque huit mois
 
 
 
cette maison est un lieu possible est un lieu en lien avec d’autres maisons et autres lieux
 
 
 
ce matin j’achète cinq exemplaires de à nos amis du comité invisible et cinq exemplaires des années 10 de nathalie quintane
 
 
 
dans les jours qui viennent j’offrirai ces livres aux amis avec qui nous passerons du temps ici dans la maison ou ailleurs
 
 
 
ce temps-ci cette époque ces jours-ci
 
 
 
où que ce soit
 
 
 
ce matin je marche le long de l’erdre c’est un affluant de la loire à nantes
 
 
 
je rejoins la maison j’ai acheté de la viande pour les deux animaux non-humains et du vin et du pâté de campagne pour angela et moi
 
 
 
le pain le plus souvent nous le faisons nous-mêmes
 
 
 
j’aime cette vie avec angela et baruch et virginia et les amis
 
 
 
je crois qu’il est important de le dire
 
 
 
il est important d’aimer cette vie et de la faire aimable
 
 
 
je ne crains pas d’employer le verbe croire
 
 
 
dans un monde connu reconnu comme étant majoritairement invivable
 
 
 
l’aimable que nous pouvons vivre augmente la puissance générale du vivable
 
 
 
aussi puissant que puisse être le majoritairement invivable
 
 
 
l’attention à l’être général me semble une bonne voie
 
 
 
la voie qui peut s’énoncer n’est pas la voie pour toujours
 
 
 
le nom qui peut la nommer n’est pas le nom pour toujours
 
 
 
lao tseu est représenté comme un vieillard à la barbe blanche parfois monté sur un buffle
 
 
 
je voulais dire des choses comme ça plutôt que de raconter je ne sais quoi à propos de la fin de la journée du 11 novembre 2011
 
 
 
À propos de la fin de la journée du 11 novembre 2011. Juste ceci.
 
 
 
Il y a ce moment où Ernesto se retrouve avec Vince Parker, pour boire une bière, dans un bar d’expatriés du quartier de l’ancienne concession française. Il y a ce moment où Vince Parker dit à Ernesto qu’avec Caroline, demain, ils partent pour deux jours. Pour décompresser, dans le sud du pays. Au bord de la mer. Ils ont besoin de ça. Lui, tous les jours à la bibliothèque à bosser comme un dingue sur sa thèse, et elle, à taffer comme une dingue itou jusqu’à minuit et plus, tous les jours, pour l’événement haut de gamme international à ne pas rater.
 
 
 
• 11 novembre 2011 • ce jour-là → est visible sur le visage d’ernesto → le visage de thierry fragnoli → juge d’instruction au pôle antiterroriste du tribunal de grande instance de paris → alors qu’il pense peut-être à l’information judiciaire ouverte cette semaine à nanterre pour faux et pour usage de faux en écriture publique dans l’affaire dite du groupe de tarnac → alors qu’il pense peut-être à l’information judiciaire accusant la police antiterroriste d’avoir rédigé un procès-verbal mensonger ayant permis les arrestations des membres du groupe dit de tarnac → alors qu’il pense peut-être à la déclaration de l’un des avocats des membres du groupe dit de tarnac → ce procès → verbal → est bourré d’invraisemblances → cette instruction → permettra de faire ce que le juge aurait dû faire → c’est-à-dire → des actes à décharge → seront enfin accomplis → les enquêteurs → ne cessent de clamer qu’ils ont des éléments → or → après trois ans → rien.
 
 
 
 
 
 
 

… jour suivant →


 
 
 
 
 
 
 
couverture_Spinoza in China_pour impression
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

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