Spinoza in China | 8 novembre 2011

 
 
 
Et. Le 8 novembre 2011. Alors que le jour est en train de se lever, on voit Ernesto sortir du lit, dans la chambre 2125 du Furun Hotel Dongsi. On le voit se faire chauffer de l’eau dans une bouilloire électrique. On le voit remplir une tasse avec l’eau bouillante. On le voit plonger un sachet de thé dans l’eau bouillante. On le voit manger deux biscuits. Boire le thé. On le voit marcher jusque vers la salle de bain. Prendre une douche. On le voit s’habiller. Saisir son petit sac à dos. Et sortir.
 
 
 
— À qui sont nécessaires les stratagèmes d’invention de formes ?
 
 
 
— Les formes sont simples d’abord, puis elles se complexifient.
 
 
 
• 8 novembre 2011 • ce jour-là → est visible sur le visage d’ernesto → rien.
 
 
 
Et. Dans les hutongs de Beijing. Ernesto entend le chant d’un coq et lui revient en mémoire une marche au lever du jour, dans Porto. Au matin du 5 août 1989. Ce matin-là, tout est calme sur la place Tian’anmen.
 
 
 
— Pouvez-vous nous dire en cinq secondes chrono ce que représente pour vous la Cité interdite ?
 
 
 
— Oui. Je crois bien que la Cité interdite est un film de Jean-Jacques Annaud réalisé par Bernardo Bertollucci autant dire une double imposture. Est-ce que je me trompe ?
 
 
 
• 8 novembre 2011 • ce jour-là → est visible sur le visage d’ernesto → rien.
 
 
 
Et. Là. Des hommes qui jouent aux cartes, dans les rues. Là, des hommes assis, dehors, qui jouent aux cartes. Des hommes, assis autour de petites tables basses, en train de jouer aux cartes, aux dames, au mah-jong. Des tables de jeu dans les rues. Des hommes assis, qui jouent autour de tables basses. Des hommes debout, tout autour, qui les regardent. Ernesto, dans les hutongs de Beijing. Ernesto, qui regarde avec eux.
 
 
 
— Pouvez-vous nous dire en vingt et une secondes chrono ce que représente pour vous la Cité interdite ?
 
 
 
— Oui. Je peux. Je peux vous dire que La Cité interdite est un parc d’attractions avec des groupes de Chinois et parfois trois ou quatre Occidentos blancos, tous portant casques et drapeaux et suivant leur guide comme on suit quand on suit son chef de classe en train de réexpliquer pour la énième fois au mégaphone ce que le président Mao a voulu dire lorsque le 5 juin 1966 il lança le mot d’ordre FEU SUR LE QUARTIER GÉNÉRAL !
 
 
 
• 8 novembre 2011 • ce jour-là → est visible sur le visage d’ernesto → rien.
 
 
 
Un mannequin, de type occidental, dans la vitrine d’un magasin médical. Un mannequin, ressemblant à Bouddha, dans la vitrine d’un magasin médical. Un mannequin, ressemblant à Vajrakilaya, dans la vitrine d’un magasin médical. Une file d’attente, devant l’ambassade d’Allemagne.
 
 
 
— Savez-vous quel est le rapport entre ces boîtes de marchandises, en jade, ces boîtes exposées dans cette vitrine du pavillon de l’Harmonie Soutenue de la Cité interdite, savez-vous quel est le rapport entre ces boîtes de marchandises en jade et les hutongs de Beijing ?
 
 
 
— Non. Je ne sais pas très bien. Ce que je sais, par contre, c’est que la Bank of China a été fondée en 1912. Ce que je sais, c’est que la Bank of China est aujourd’hui l’une des quatre plus grosses banques commerciales d’État de la République populaire de Chine. Je sais que la Bank of China jusqu’en 2006 est détenue à cent pour cent par le gouvernement central de la République populaire de Chine. Je sais que la Bank of China est ensuite introduite en bourse. Je sais que la Bank of China est aujourd’hui la huitième banque au niveau mondial par sa capitalisation boursière.
 
 
 
• 8 novembre 2011 • ce jour-là → est visible sur le visage d’ernesto → rien.
 
 
 
À la nuit tombée. Devant le Théâtre du Peuple. On danse sur de la musique tradi qu’on amène nous-mêmes, et qui se mixe avec ce que diffusent les enceintes du restaurant, ici, sur Huguosi Dajie, au niveau du numéro 101. Il est entre sept et huit heures, le soir. On danse devant le Théâtre du Peuple. On danse, aussi, parfois, devant le Musée des Beaux-Arts. Devant le Palais de l’Assemblée du Peuple ? C’est plus risqué. Devant le Palais de l’Assemblée du Peuple, c’est même carrément impossible. Il y a les lieux, ici, comme partout, qui prétendent accueillir ceux qui prétendent nous représenter, et il y a les lieux où l’on danse. Devant le Palais de l’Assemblée du Peuple, c’est carrément impossible.
 
 
 
— Avez-vous un projet d’avenir alliant communisme et félicité ?
 
 
 
— À Shanghai, j’arriverai à Central Station. J’aurai plus qu’à prendre la ligne de métro, numéro un. Et descendre à la station Hengshan road. Il m’attendra dehors.
 
 
 
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couverture_Spinoza in China_pour impression
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

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