Spinoza in China | 2 novembre 2011

 
 
 
Spinoza in China est également une collection de 58 albums de bandes dessinées, répartis en 4 séries et 2 numéros hors-série.L’ensemble relate divers moments de la journée d’Ernesto, commencée le 1 er novembre 2011, lors de son embarquement à Charles de Gaulle Airport, et s’achevant le 2 novembre de la même année, lorsqu’il entre dans la chambre 2125 du Furun Hotel Dongsi, à Beijing. À lire en famille, et en toute circonstance.
 
 
 
Première série. Albums n°1 à n°30. Relatifs à l’embarquement d’Ernesto à Charles de Gaulle Airport et dont les titres sont les suivants : Quatre visages d’Ernesto de passage à la douane. Deux profils d’Ernesto avant son embarquement. Ernesto et son premier contrôle aéroportuaire de sécurité. Ernesto se fait confisquer sa bouteille d’eau. Ernesto ah non la bouteille d’eau je ne savais pas. Ernesto sous un portique de contrôle fabriqué dans une usine Alsthom. Ernesto et la question voulez-vous bien s’il vous plaît boire l’eau de votre bouteille Volvic. Ernesto et Volvic et Charles de Gaulle Airport et le contrôleur. Ernesto pris d’un étrange élan de tendresse envers l’humanité toute entière sous un portique de contrôle fabriqué dans une usine Alsthom. Ernesto dans l’après-coup de l’énonciation de l’interdiction de franchissement des liquides. Ernesto et la temporalité de l’interdiction. Ernesto et la localisation de l’interdiction. Ernesto et l’interdiction des franchissements des liquides. Ernesto et les franchissements. Ernesto et l’insistance du contrôleur voulez-vous bien s’il vous plaît boire toute l’eau de votre bouteille Volvic. Ernesto articulant au mieux les mots j’ai pas soif. Ernesto en faute. Ernesto suspect. Ernesto soupçonné. Ernesto regardant la bouteille d’eau dans les mains du contrôleur. Ernesto avec une bouteille de L52 contenant du raki dans son sac à dos passant sous le portique de contrôle fabriqué dans une usine Alsthom. Ernesto avec un stylo-plume à deux balles dans la poche avant droite de son blue-jeans passant sous le portique de contrôle fabriqué dans une usine Alsthom. Ernesto et l’affûtage mental de la plume de son stylo. Ernesto fixant des yeux la jugulaire du contrôleur. Ernesto et les techniques de contrôle. Ernesto et les pulsions meurtrières. Ernesto et les techniques du progrès. Ernesto pensant à son cutter jaune et noir dans un bagage en soute. Ernesto pensant au petit couteau de son arrière-grand-père dans un bagage en soute. Ernesto : alors, quelle arme ?
 
 
 
• 2 novembre 2011 • ce jour-là → est visible sur le visage d’ernesto → le visage de diresh raja → commerçant à londres → il tient depuis vingt-cinq ans une boutique de vitamines → + → de plantes → + → de médicaments sans ordonnance → aux abords de l’hôpital university college of london → il a augmenté cette année ses ventes de 35% → aux abords de ce bâtiment ultramoderne → inauguré par la reine d’angleterre en 2005 → ici → en angleterre → le gouvernement depuis la crise des subprimes en 2008 opère des coupes budgétaires dans le secteur public → particulièrement → dans le secteur de la santé → jugé trop dépensier → = → 20 milliards de livres d’économies → sont à réaliser d’ici 2015 → + → une refonte du système → = → les gens cherchent des alternatives → = → ils se tournent vers la médecine préventive → = → c’est bon pour mon business → = → d’ici cinq à dix ans le secteur de la santé sera entièrement privatisé.
 
 
 
Deuxième série. Albums n°31 à n°39. Relatifs au vol Paris-Beijing et plus particulièrement relatifs à l’arrivée à Beijing. Les titres sont les suivants : Ernesto muet dans l’avion pendant douze heures entre Charles de Gaulle Airport et Beijing. Trois gros plans sur le visage d’Ernesto quand l’avion atterrit à Beijing. Ernesto à son voisin de droite : est-ce que tu connais Beijing ? Le voisin de droite à Ernesto : oui je connais. Ernesto à son voisin de droite : est-ce que tu sais où je peux prendre un taxi ? Le voisin de droite à Ernesto : oui je sais. Ernesto à son voisin de droite : est-ce que tu sais ce que peut un corps ? Le voisin de droite à Ernesto : demande à l’hôtesse avant de quitter l’avion. Ernesto demande pas à l’hôtesse.
 
 
 
• 2 novembre 2011 • ce jour-là → est visible sur le visage d’ernesto → le visage de jeni klugman → auteure principale d’un rapport du programme des nations unies pour le développement → elle déclare → nos analyses montrent qu’une taxe sur les opérations de change très faibles pourrait rapporter sans aucun surcoût administratif environ 40 milliards de dollars → c’est-à-dire → 29,3 milliards d’euros → par an → c’est ce que souligne notre rapport annuel 2011 sur le développement humain → les marchés de capitaux mondiaux → avec 178.000 milliards d’actifs financiers → ont la taille et la profondeur nécessaires pour relever le défi.
 
 
 
Hors-série n°1. Album n°40. Le titre, à lui seul, est tout un programme : Ernesto, alors âgé de dix ans et une seconde, débarque à Beijing à la recherche de sa mère, de sa super-sœur, ou de l’origine de l’univers ce qui somme toute revient à peu près au même, pense-t-il alors.
 
 
 
• 2 novembre 2011 • ce jour-là → est visible sur le visage d’ernesto → le visage de laurence parisot → présidente du medef → + → le visage de christophe de margerie → président direct général de total → + → le visage de louis gallois → président direct général de eads → + → le visage de gérard mestrallet → président direct général de gdf suez → + → le visage de maurice lévy → président directeur général de publicis → + → les visages des présidents d’organisations patronales des pays du g20 → = → environs 120 dirigeants d’entreprises internationales → à l’instant où laurence parisot remet au président de la république française → au titre de la présidence française du g20 → une liste de recommandations demandant de retrouver l’esprit de coopération qui prévalait → en 2008 → au moment de la crise des subprimes → afin de revenir sur le chemin de la croissance → + → de l’emploi → + → construire ensemble les conditions durables d’une compétitivité équitable → + → fondée sur des règles de concurrence → loyale → + → transparente.
 
 
 
Troisième série. Albums n°41 à n°47. Chaque album de cette série est composé de cinq dessins, parfois accompagnés de texte.
 
 
 
Album n°41. Ernesto, dix ans et deux secondes. 1. Avec son petit sac à dos sur les épaules, parmi les voyageurs qui sortent de l’avion. 2. Avec son petit sac à dos sur les épaules, tandis qu’il attend de pouvoir récupérer son gros sac à dos. 3. Tandis qu’il se rapproche d’un douanier, assis derrière un comptoir, avec bulle de pensées relatives aux types de questions auxquels il est susceptible de devoir répondre. 4. Parle pas la langue, vais pas comprendre, sueurs, vertige. 5. Les larmes retenues faisant briller les yeux d’Ernesto et provoquant l’émotion du douanier.
 
 
 
Album n°42. Ernesto, dix ans et deux secondes. 1. Ernesto passe à la douane sans problème. 2. Ernesto prend pas le taxi, cherche des yeux un plan pour rejoindre le métro. Bulle de pensées : parle pas la langue, terreur de, pas me, faire comprendre, me, faire baiser la gueule, par un chauffeur de taxi. 3. Ernesto dans les couloirs souterrains rejoignant l’Airport express. 4. Ernesto, à l’arrêt, reprenant son souffle à l’approche du guichet de l’Airport express, et se donnant une contenance en écrivant dans son gros cahier à rivets métalliques, d’une écriture tremblante : l’Airport express est un train reliant l’aéroport de Beijing au réseau des lignes de métro de Beijing, capitale administrative de la Chine. 5. Ernesto, boule d’angoisse dans le ventre, repassant à la pointe de son stylo plume chaque ligne de chaque lettre de presque chaque mot : Airport, express, est, train, reliant, aéroport, Beijing, réseau, lignes, métro, Beijing, capitale, administrative, Chine, et, plaisir gamin, et sourire, lorsqu’il repasse au stylo bic rouge : l’, un, l’, de, au, des, de, de, la.
 
 
 
Album n°43. Ernesto, dix ans et quatre secondes. 1. Ernesto lève l’index de la main droite pour signifier un. 2. Ernesto tend un billet de banque à la femme derrière le guichet pour payer la carte magnétique valable pour un trajet dans l’Airport express. 3. Ernesto saisit la carte magnétique que la femme derrière le guichet lui tend en échange du billet de banque. 4. Ernesto ramasse la monnaie que la femme derrière le guichet dépose entre elle et lui sous une vitre qui les sépare. 5. Ernesto sourit pour signifier qu’il remercie.
 
 
 
Album n°44. Ernesto, dix ans et cinq secondes. 1. Ernesto dépose ses bagages sur un tapis roulant pour contrôle de sécurité. 2. Ernesto introduit la carte magnétique dans la fente ad hoc de la machine ad hoc. 3. Ernesto rejoint le quai de l’Airport express. 4. Ernesto patiente sur le quai. Bulle de pensées, confuses : je sais lire les tracés des lignes de métro sur une carte ; je sais lire un chiffre sur un billet de banque ; je sais lire les tracés des lignes de train sur une carte ; je sais lire un chiffre sur une pièce en métal ; je sais lire les tracés des rues sur ce plan représentant le réseau intérieur des rues de la capitale administrative de la Chine, Beijing. Ok, tout va bien se passer. 5. Ernesto entre dans un wagon de la rame de l’Airport express qui vient de s’arrêter en station. Bulle de pensées : avec un billet je peux payer ; avec un billet je peux acheter ; avec un billet je peux échanger – dans la limite d’échange incluse par ce type d’échange. Par ailleurs, avec un plan je peux m’orienter, c’est-à-dire, avec un plan je peux comprendre où je suis dans un lieu qui m’est inconnu, c’est-à-dire, avec un plan je peux choisir un chemin dans un lieu qui m’est inconnu.
 
 
 
Album n°45. Ernesto, dix ans et six secondes. Dans l’Airport express, durant le trajet entre l’aéroport de Beijing et Dongzhimen station. 1. Ernesto regarde à travers la vitre du wagon les immeubles en construction, le gris du béton, les grues, géantes, les filets de protection devant les façades. Bulle de pensées : mais quelle est cette confiance que j’accorde à ces tracés sur les cartes ? Quelle est cette confiance que j’accorde à ce tracé m’assurant que l’Airport express rejoint bien le réseau des lignes de métro de Beijing ? 2. Ernesto regarde les voies parallèles des autoroutes, parallèles aux rails sur lesquels fonce l’Airport express : profusion des véhicules, poussière, grise, partout. Bulle de pensées : mais quelle est cette confiance dans ces tracés établis représentant plans ou cartes de lignes de train, plans ou cartes de lignes de métro, plans ou cartes de ville ? Quelle est cette confiance que j’accorde à ces plans établis ? 3. Sacs poubelles dans les branchages des arbres, sacs poubelles dans les branchages des haies séparant les voies des autoroutes, poussière, grise, partout, immeubles en construction, voile de pollution, filets de protection devant les façades d’immeubles en construction. Bulle de pensées : mais quelle est cette confiance en ce billet de banque ? Quelle est cette confiance en la possibilité d’un juste échange établie par telle codification d’équivalence de valeur entre deux objets – ici, un billet de banque à l’effigie de Mao contre une carte magnétique pour un trajet vers le centre de Beijing ? 4. Cube bleu. Bleu cubique. Bâtiment Ikea de Beijing. Bulle de pensées : mais quelle est donc cette confiance en lieu et place d’une parole donnée ? Pourquoi je dis ça ? 5. De l’autre côté de l’allée centrale, dans le wagon, un père avec son fils, de retour d’un voyage – leurs bagages à roulettes, leurs sacs à dos, leur fatigue, leur complicité, welcome back.
 
 
 
Album n°46. Ernesto, dix ans et six secondes. 1. Dongzhimen station. 2. Yonghegong Lama Temple station. 3. Beixinqiao station. 4. Zhangzizhonglu station. 5. Ernesto sort du métro et respire l’air de Beijing.
 
 
 
Album n°47. Ernesto, dix ans et huit secondes. 1. Objectif : rejoindre le Furun Hotel Dongsi. 2. Déplier ce plan de la ville de Beijing, édité en Autriche par Freytag & Berndt, et acheté par Ernesto il y a trois jours, sur les conseils d’un vendeur à barbe rousse, à la Géothèque de Nantes, 10 place du Pilori. 3. Confusion émotionnelle alimentée par le constat, rapide, d’une problématique inadéquation entre la présente réalité toponymique chinoise et ce plan de Beijing, édité en Autriche. 4. Décider d’aller à gauche, c’est-à-dire vers le sud, puis à droite, c’est-à-dire vers l’ouest, et sur le plan de Beijing, édité en Autriche, chercher tous les cent pas quelque réconfort dans les tracés des axes représentant rues, ruelles, roads, avenues, jiē, dà jiē, boulevards, alley, tiáo, hutongs. 5. Fermer le plan, découvrir les hutongs de Beijing.
 
 
 
• 2 novembre 2011 • ce jour-là → est visible sur le visage d’ernesto → le visagede françois baroin → ministre de l’économie → + → des finances → + → de l’industrie → du gouvernement de la république française → + → le visage de valérie pécresse → ministre du budget → + → des comptes publics → + → de la réforme de l’état → du gouvernement de la république française → tandis qu’est promulguée la loi des finances rectificative pour 2011 visant à accorder une garantie de l’état au groupe dexia dans le cadre d’un plan de restructuration → c’est-à-dire → visant à accorder une garantie de refinancement pour 32,85 milliards d’euros → pour → une durée de dix ans → = → cette garantie correspond à la part française de la garantie de 90 milliards d’euros accordée par les trois états concernés → à savoir → 60,5% pour la belgique → 36,5% pour la france → 3% pour le luxembourg → = → cette garantie porte sur les prêts aux collectivités locales consentis par la filiale dexia municipal agency → = → ces prêts doivent être repris par la caisse des dépôts et consignations → c’est-à-dire → la garantie accordée sur ces prêts considérés comme étant des prêts à risque → porte sur un encours maximum de 10 milliards d’euros → c’est-à-dire → si les pertes enregistrées sur ces 10 milliards d’euros de prêts → excèdent les 500 millions d’euros → l’excédent → des pertes → est pris en charge à 70% par l’état français → + → à 30% par dexia → c’est-à-dire → le montant maximum de cette garantie est plafonné pour l’état français à 6,5 milliards d’euros →le plan global de restructuration → prévu pour dexia → vise à assurer la sécurité des dépôts des particuliers → + → la sécurité des collectivités locales → + → permettre au groupe dexia de retrouver un volant suffisant de liquidités → + → permettre au groupe dexia de retrouver un volant suffisant de liquidités → + → permettre au groupe dexia de retrouver un volant suffisant de liquidités → = → le plan global de restructuration comporte trois opérations → opération 1 → permettre au groupe dexia de retrouver un volant suffisant de liquidités → c’est-à-dire → adosser la filiale dexia municipal agency à la caisse des dépôts et consignations → + → créer un consortium formé par la caisse des dépôts et consignations → + → la banque postale → dans le but de continuer à assurer le financement des collectivités locales françaises → + → opération 2 → permettre au groupe dexia de retrouver un volant suffisant de liquidités → = → proposer une offre de rachat par l’état belge de dexia banque belgique → + → opération 3 → permettre au groupe dexia de retrouver un volant suffisant de liquidités → = → ouvrir des négociations avec un investisseur international en vue de la cession de la banque internationale du luxembourg.
 
 
 
Hors-série n°2. Album n°48. Pas du tout un album. C’est un numéro spécial Hutongs de Beijing. Il se présente sous la forme d’une affiche d’un mètre sur un mètre n’ayant été tirée qu’à un seul exemplaire, que l’on peut consulter aujourd’hui dans la bibliothèque d’Ernesto, 29 rue Alexandre Gosselin, à Nantes. Aucun dessin. Que du texte.
 
 
 
Hutongs sont faits de passages. Hutongs sont faits de ruelles. Hutongs sont réseaux constitués de passages et de ruelles. Hutongs sont mongols dérivés de hottog. Hottogs sont puits autour desquels viennent vivre des êtres humains. Hutongs sont réseaux constitués par des lignes de siheyuans. Siheyuans sont habitations emmurées possédant chacune une cour carrée. Hutongs sont quartiers de Beijing reliant siheyuan à autre siheyuan. Aujourd’hui. À Beijing. Destruction des hutongs est en cours. Aujourd’hui. À Beijing. Conservation des hutongs est en cours. Aujourd’hui. À Beijing. Rénovation des hutongs est en cours. Aujourd’hui. À Beijing. Destruction, conservation, rénovation, se font à vitesse rapide. Aujourd’hui. À Beijing. Réalités de la destruction. Aujourd’hui. À Beijing. Réalités de la rénovation, des ruines, de l’effacement. Aujourd’hui. À Beijing. Réalités de la mémoire, de l’oubli. Réalités de la reconstruction, de la conservation, de l’expansion. Aujourd’hui. À Beijing trade mark notre monde : destruction est en cours. Aujourd’hui. À Beijing trade mark notre monde : conservation est en cours. Aujourd’hui. À Beijing trade mark notre monde : rénovation est en cours. Aujourd’hui. À Beijing trade mark notre monde : logique culturelle rentable vient se greffer à tradition ancestrale, ici visible, là invisible, ici encore vivante, là exploitable, ici encore vivante, là exploitée. Aujourd’hui. À Beijing trade mark notre monde : conservation, rénovation, destruction, ruines, effacement, mémoire, oubli, reconstruction, se nourrissent et nourrissent. Notre monde. Quant à la démocratie. Aujourd’hui. À Beijing trade mark notre monde . Filets de protection en façade des immeubles en cours de construction.
 
 
 
En bas de l’affiche, on peut lire deux notes. Note 1. Fascination pour destruction. Vitesse, associée à fascination. Vitesse, associée à destruction. Lenteur, nécessaire pour production de compréhension. Nécessité de productions de formes actualisées, actualisables, par compréhension. Note 2. Mes prises de décision connaissent le rapport commun que chaque prise de décision entretient avec ses conséquences.
 
 
 
• 2 novembre 2011 • ce jour-là → est également visible sur le visage d’ernesto → le visage de wang youde → directeur de la réserve nationale de baijitan dans la région du ningxia → dans le nord de la chine → il bêche le flanc d’une dune pour dresser des petits remparts de paille → il bêche → le flanc d’une dune → afin de planter derrière chaque rempart → une plante → dans cette région balayée par les tempêtes de sable venues du désert de maowusu → il bêche le flanc d’une dune → pour planter derrière chaque rempart → une plante → il bêche → pour juguler l’avancée du désert.
 
 
 
Série n°4. Dernière série. Sous-titrée ERNESTO & TAÏWANANA. Elle court de l’album n°49 à l’album n°58.
 
 
 
Album n°49. ERNESTO & TAÏWANANA, 1. Dans les hutongs de Beijing, Ernesto, plus ou moins à la recherche de l’origine de l’univers, de sa mère, ou d’une super sœur, un peu perdu et ré-ouvrant parfois son plan édité en Autriche, par réflexe, et reprenant la marche, sac à dos somme toute assez lourd sur les épaules, dans les hutongs de Beijing, il est soudain 12h27. Et. À 12h27. Ernesto cesse de marcher car il voit une super jolie petite nana qui doit avoir environ dix ans et quelques secondes, comme lui. Il pense : elle a besoin de moi. Ou. Elle a besoin d’un plan édité en Autriche= je suis son homme, j’ai dix ans, neuf secondes, je vais devenir super grand en quelques pas, c’est-à-dire : je vais me rapprocher d’elle. Tout va bien se passer. Ernesto pense : elle est perdue et moi j’ai un plan, j’ai un super plan, je vais lui montrer mon super plan, je m’approche d’elle. Ou bien c’est elle qui s’approche. On ne sait pas bien. On s’en fout. On voit qu’ils s’approchent l’un de l’autre. Il est 12h28. On voit Ernesto qui montre son plan édité en Autriche, et illico, il devient super grand, et avec ses bras, ou avec l’un des trente-deux mots de son anglais international, Ernesto demande : est-ce que tu es perdue ? Ou : est-ce que tu as besoin de moi ? Ou : est-ce que tu as besoin de mon plan ? Elle a pas l’air perdue du tout.
 
 
 
       — Moi, j’ai besoin de toi.
   
       — Mais je sais pas qui tu es, Ernesto, tu sais ça ?
   
       — Comment tu sais que je m’appelle Ernesto ?
   
       — C’est écrit, là, au revers de ta moufle.
   
       — Et toi, tu t’appelles comment ?
   
       — J’ai quitté Taïwan le mois dernier.
   
       — Est-ce que je peux t’appeler Taïwanana ?
   
       — J’aspire à une vie nouvelle. J’ai pris une décision : partir. Maintenant le temps est super ouvert pour moi.
 
 
 
Ernesto dit on est pas perdus. On a un plan.
 
 
 
Ok. Je vais l’aider.
 
 
 
Ok. Je veux qu’elle m’aide.
 
 
 
Ok. Il veut m’aider.
 
 
 
Album n°50. ERNESTO & TAÏWANANA, 2. J’ai une cuillère, tu as une cuillère, on a chacun une cuillère. Je te donne ma cuillère, tu me donnes ta cuillère, on a chacun une cuillère. J’ai une idée, tu as une idée, on a chacun une idée. Je te donne mon idée, tu me donnes ton idée, on a chacun deux idées. J’ai une cuillère, tu as une cuillère, on a chacun une cuillère. Je te donne ma cuillère, tu me donnes ta cuillère, on a chacun deux cuillères.
 
 
 
Par ailleurs. Taïwanana parle à Ernesto de Taïwan, de TaïPei, de démocratie et de pauvreté.
 
 
 
Par ailleurs. Ernesto dit que d’après Denise De Gohère, professeure de biologie au collège Blaise Pascal à Clermont-Ferrand, il existe des liens ténus entre intelligence de l’enfance et progrès de l’humanité, par la science.
 
 
 
       — Si tu veux, je peux te guider dans la ville.
 
 
 
       — Ok, pareil. Si tu veux, je peux te guider dans la ville.
 
 
 
       — Ok. Si tu veux, je peux brûler mon super plan édité en Autriche.
 
 
 
Ernesto tremble un petit peu et recule de quatre pas.
 
 
 
Pensée intérieure n°1 : elle est aussi perdue que moi, il faut que je fasse super gaffe. Pensée intérieure n°2 : elle est encore plus perdue que moi, pas grave, on va faire un truc ensemble. Pensée intérieure n°3 : elle est en train d’accepter mon aide, ou bien alors elle est en train de me proposer la sienne, je sais pas. Pensée intérieure n°4 : je vais accepter son aide, ça y est, j’accepte son aide, je suis en train de lui tendre la main. Pensée intérieure n°5 : je suis en train de mentalement sortir de la poche arrière droite de mon pantalon le petit couteau de mon arrière-grand-père, et là, je suis en train de mentalement découper en fines lamelles un gamin de dix ans et dix secondes, refusant par principe de terreur toute aide, d’où qu’elle vienne. Pensée intérieure n°6 : ma boussole interne ne se trompe jamais, une boussole interne ne se trompe jamais, on sait ce qui est juste, on sait ce qu’on ressent, on sait ce qu’il faut faire, toujours, et, le gamin de dix ans et dix secondes, refusant par principe de terreur toute aide d’où qu’elle vienne, ce gamin pleurnichard et tellement charmant et charmeur, avec ses petites larmes, toutes mignonnes, charmant, charmeur, dans sa drapure de pleurs, contre une barrière en bois, si possible, donnant accès à un jardin derrière une ferme, si possible, dans le département de l’Allier, si possible, ce gamin de dix ans et dix secondes, Ernesto, présentement, le découpe en fines lamelles, adieu.
 
 
 
Ernesto déclare à Taïwanana : tu es exactement la nana que j’attendais, sans savoir que je t’attendais, bien sûr, sinon c’est du pipeau, et là, c’est pas du pipeau, là, c’est tout sauf du pipeau, là c’est super rare, je le sens, je le sens bien, je le sens super bien, tu m’aides à respirer, c’est dingue, j’accepte de respirer, c’est la première fois de ma vie que je respire, c’est complètement dingue, c’est exactement ce dont j’avais besoin, dans les poumons, oui, le souffle, tu me donnes du souffle, et puis ta main, là, dans ma main, et puis et puis et puis Taïwanana coupe Ernesto et lui dit : quand tu te seras calmé, Ernesto, j’aurai deux ou trois trucs à te dire.
 
 
 
Album n°51. ERNESTO & TAÏWANANA, 3. Je réussis dans tout ce que j’entreprends. Je reste avec toi. Tu sais, mon oncle Richard Cœur de Lion disait : on ne refuse pas l’aide de qui vous la propose, c’est une question de politesse. Je ne suis pas d’accord avec mon oncle Richard Cœur de Lion. Ce n’est pas une question de politesse. C’est une question d’amour. C’est une question de production de moments favorables. Ok. On est prêts. Super. Maintenant j’accepte les cadeaux. Tu me donnes, et j’accepte. Il est nécessaire pour moi que tu saches à quel point tu me donnes. Ok. Super. On rejoint l’hôtel. Vite. Si tu veux, on y va lentement. Ok. Avec toi je sens que parler ne veut pas seulement dire se comprendre. On est d’accord. Peut-être pas. On s’en fout. Parler ne veut pas dire se comprendre est le commencement d’un amour. Peut-être pas. Ok. Rejoignons l’hôtel.
 
 
 
Album n°52. ERNESTO & TAÏWANANA, 4. À part ça, la nécessité de la parole s’accouple avec celle de la production. Celle de la production avec celle de l’existence. Celle de l’existence avec celle de l’infini. Celle de l’infini avec celle de la lenteur. Celle de la lenteur avec celle de l’évolution. Celle de l’évolution avec celle de l’accélération. Celle de l’accélération avec celle des passages. Celle des passages avec celle d’un langage commun. Celle d’un langage commun avec tous les disparates. Tous les disparates avec la compréhension du dehors. La compréhension du dehors avec les faits. Bon.
 
 
 
Album n°53. ERNESTO & TAÏWANANA , 5.
 
 
 
       — Tu vas par là ou tu vas par là ?
 
 
 
       — Moi, je vais par là, et toi, tu vas par où ?
 
 
 
       — Moi ? Moi je vais par là.
 
 
 
       — Tu veux pas aller par là ?
 
 
 
       — Par où ?
 
 
 
       — Par là.
 
 
 
       — Ouais, d’accord.
 
 
 Ils s’orientent.
 
 
 Ils se désorientent.
 
 
 Ils s’orientent en même temps qu’ils se désorientent.
 
 
 
       — Tiens, regarde, on est là.
 
 
 
       — Je comprends pas super clairement notre positionnement dans l’histoire en cours, mais je veux bien te suivre un petit peu, ou l’inverse, toi tu me suis, tu as l’air sympa, sympa et perdu, je me demande si c’est pas un piège, non, non, je plaisante. Si tu veux, je peux t’aider à trouver ton hôtel.
 
 
 
       — Ouais, je veux bien.
 
 
 
Album n°54. ERNESTO & TAÏWANANA, 6.
 
 
 
       — Si tu veux, on peut plier nos genoux.
 
 
 
       — Ok.
 
 
 
       — Si tu veux, on peut aussi plier nos idées.
 
 
 
       — Ah bon ?
 
 
 
       — Si tu veux, on peut aussi plier nos mouvements.
 
 
 
       — Je comprends pas.
 
 
 
       — Tu as très peur ?
 
 
 
       — Un petit peu. Oui. Pas mal. Beaucoup.
 
 
 
       — Ok. Détends-toi. Tu me fais confiance ?
 
 
 
       — Je sais pas.
 
 
 
       — Décide-le. Ça va nous aider.
 
 
 
       — Ok. J’essaye.
 
 
 
       — Fais-le.
 
 
 
       — D’accord. On y va.
 
 
 
       — Bon. Alors. Maintenant, je vais te dire un truc qui va alternativement t’émouvoir super fort et te donner super envie de te barrer très très très très très très très très très très très très très très très très très très très loin. Tu es prêt ?
 
 
 
       — Yes.
 
 
 
       — Alors. Voilà. Moi, je vais te faire plier. Et devine ce que je vais te faire plier ? Moi, je vais te faire ployer. Et devine sous quoi je vais te faire ployer ? Moi, je vais faire en sorte que tu plies le moindre de tes mouvements à ce mouvement qui correspond à ma seule nécessité. Et. Tu sais pourquoi je vais faire ça ? Je vais faire ça, gros nigaud, parce que c’est toi qui produis cet appel. Avec ta peur. Avec ta peur déguisée en amour. Viens pas chialer dans mes chiffons. Si tu veux, maintenant tu es grand = maintenant tu produis autre chose, et moi, conséquemment, je suis grande avec toi, et conséquemment, je produis tout autre chose également.
 
 
 
       — C’est carrément excitant ce que tu me racontes.
 
 
 
       — Concentre-toi.
 
 
 
       — Ok.
 
 
 
       — Tu es concentré ?
 
 
 
       — Oui.
 
 
 
       — Attention.
 
 
 
       — …
 
 
 
       — Le dehors : est l’acceptation du dehors.
 
 
 
Ernesto esquisse un sourire.
 
 
 
       — Le plan de Beijing est une représentation. Ernesto ouvre grand les yeux.
 
 
 
Album n°55. ERNESTO & TAÏWANANA, 7.
 
 
 
       — Et ça, c’est quoi ?
 
 
 
       — Ça, c’est une surface. C’est une espèce d’immense plaque à la surface de laquelle il est possible que tu te déplaces. Toi, et d’autres.
 
 
 
Album n°56. ERNESTO & TAÏWANANA, 8.
 
 
 
       — Et ça, c’est quoi ?
 
 
 
       — Ça, ça va avec les surfaces. Ce sont des axes. C’est un peu différent des surfaces, parce que les surfaces, elles sont là quand tu arrives. Je veux dire, quand tu arrives dans un endroit, dans n’importe quel endroit où tu arrives, elles sont là. Et c’est avec elles que tu vas faire ce que tu vas faire. A priori, il n’y aura pas de nouvelles surfaces qui viendront te débouler entre les pattes pendant l’expérience. Les axes, eux, c’est différent. Quand tu arrives, il y en a qui sont déjà là, mais il y en a aussi un maximum qui n’arrêtent pas d’être créés, sans arrêt, par toutes celles et tous ceux qui sont en train de trafiquer, en même temps que toi, à la surface de telle ou telle autre surface. On peut tous emprunter tous les axes, comme on emprunte des chemins, ou des routes, ou des rues, pour marcher. Les axes, en fait, c’est comme les surfaces, c’est pour se déplacer. Mais pour les surfaces, tu peux seulement te déplacer sur des surfaces déjà existantes. Par contre, avec les axes, tu peux te déplacer, soit sur un axe qui existe déjà, soit sur un axe que tu crées toi-même en te déplaçant.
 
 
 
Ernesto a un sourire qui lui prend tout le visage.
 
 
 
       — Est-ce que les axes pourraient pas devenir cause de l’existence de nouvelles surfaces ?
 
 
 
Silence.
 
 
 
       — Est-ce que la création de nouveaux axes pourrait pas créer comme les coordonnées de nouvelles surfaces, et conséquemment, de nouvelles surfaces ?
 
 
 
       — Ernesto ?
 
 
 
       — Oui.
 
 
 
       — Tu me plais bien.
 
 
 
       — Tu as tous tes bagages avec toi ?
 
 
 
       — Non.
 
 
 
Album n°57. ERNESTO & TAÏWANANA, 9. Ernesto est assis dans la salle d’un restaurant. Une jeune femme lui amène deux livres. Un livre avec des images, un livre sans images. Ernesto ouvre le livre avec les images, il le feuillette. Ernesto prend le temps de regarder les images. Ernesto montre une image à la jeune femme. Il montre une autre image, puis encore une autre, puis encore une. Ernesto montre les images pour ce qu’il croit y reconnaître. De la nourriture. Ernesto laisse fermé l’autre livre, plus épais, que d’autres clients, assis à une autre table, dans la salle du restaurant, sont en train de feuilleter. Ernesto voit, de loin, dans l’autre livre, à l’autre table, les menus rédigés en caractères chinois. Ernesto est rejoint par Taïwanana.
 
 
 
       — J’ai choisi notre repas en choisissant des images.
 
 
 
       — Je te dirai ce que c’est.
 
 
 
Album n°58. ERNESTO & TAÏWANANA, 10. Ils prennent leur temps. Chacun leur tour. Souvent. Parfois longtemps. Ils se prennent par la main. Parfois. Ils mangent. Ils quittent le restaurant. Ils rejoignent le Furun Hotel Dongsi. Ils entrent dans la chambre. C’est la chambre 2125.
 
 
 
 
 
 
 

… jour suivant →


 
 
 
 
 
 
 
couverture_Spinoza in China_pour impression
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

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