Ernesto 8 avril 2012

 
 
 
Décision prise de quitter le studio dans lequel il vit depuis maintenant 8 ans. Décision. Décision prise de quitter le studio suivie d’une marche en direction de la gare de Nantes, où, muni d’un billet acheté il y a maintenant deux mois au tarif prem’s → billet non échangeable → billet non remboursable → billet néanmoins négociable sur le site http://www.trocdestrains.com → Ernesto → c’est moi → Ernesto s’installe à la place 25 de la voiture 4 du train qui 2 heures plus tard arrive en gare de Montparnasse à Paris.
 
Dans une option moins réaliste → disons → dans une option fantasque → ou → et → d’imagination → on suivrait Ernesto tandis qu’il chevauche son destrier à robe argentée et l’on pourrait lire → dans une bulle de pensées virevoltant au-dessus de sa tignasse → sa tignasse → en bataille → sa tignasse → dans le vent → on pourrait lire ceci → je m’en vais en ce jour reprendre possession de l’un des biens immobiliers dont je suis propriétaire à Paris → capitale administrative de ce pays où je suis né → la France.
 
Je m’appelle Ernesto. Je suis locataire d’un studio situé au 32 rue Félix Thomas à Nantes. Je suis également propriétaire d’un studio situé rue des Archives à Paris. Je suis également cavalier, chevalier, acrobate, clown, singe, colibri → & → cheval. Je suis → enfin → voire → en tout premier lieu → je suis le fils d’un incertain peuple désuni → à définir → et → ou → à redéfinir. J’ai entre 23 ans et 44 ans.
  
Concernant le studio de la rue des Archives, mon intention d’en reprendre possession est motivée par la décision de le vendre → et de le vendre au prix fort → et → de participer ainsi et de fait à l’indécence du marché immobilier en son état → et → cela → dans le but d’acheter dans les plus brefs délais une maison avec jardin et bonheur garanti à vie.
  
Concernant mes orientations philosophiques : lecture simultanée de La survivance des lucioles → Georges Didi-Huberman → + → Le maître ignorant → Jacques Rancière → + → Spinoza n’est pas encore complètement dans mon cœur parce que je suis plutôt un type du genre lent → mais → il commence à bien circuler dans mes veines.
  
Concernant l’actualité médiatique du pays : campagne quinquennale en cours pour le scrutin des élections présidentielles à venir → qui s’en soucie réellement → je veux dire → dans le fond de son âme ← qu’est-ce que l’âme → vient faire ici → qu’est-ce que l’âme vient faire ici quand l’urgence est de produire une réalité habitable → une → politique → médiatique → n’a jamais produit que le malheur de celles et ceux qui tolèrent de la supporter → une → politique → médiatique → produit un malheur effectif sur la société dans son ensemble → c’est → à dire → c’est → la société dans son ensemble qui supporte. Aussi. Si plus rien ne parvient à représenter ce que nous aurions souhaité qui puisse être représenté : 1. la représentation peut être considérée comme non responsable, et, dès lors : inutile de continuer à participer de son existence ; 2. sont responsables celles et ceux qui ont à répondre de la situation présente ; 3. sont responsables celles et ceux qui prennent la peine d’agir dans la situation présente ; 4. sont responsables celles et ceux qui n’agissent pas dans la situation présente ; 5. je suis, quant à moi, et comme tous les printemps depuis 1968 → je plaisante → détendez-vous → je suis quant à moi en pleine dépression. Et. À ce titre. Je m’avance comme un parfait petit objet d’étude représentatif de ce pays où je suis né + continue de vivre → la France. Bonjour.
  
Chère Angela. Tu peux compter sur moi pour mêler modestie non feinte et orgueil bien tremblant. Je n’en peux plus. D’un côté, je n’en peux plus. De l’autre, je pète la forme en pensant à cet e-mail que je vais t’écrire dans maintenant 71 jours. Because. La décision prise ce matin n’est pas tant celle de quitter ce studio que de tirer un bon gros trait sur cette solitude → pleureuse peureuse et tutti quanti. Faut-il → nous faut-il → chacun → nous faut-il toucher le fond le plus sombre de notre malheur afin d’éprouver jusqu’où il est pour soi supportable d’être mort. Pour chacun j’ignore. Pour une société ou un peuple j’ignore.
 

ils ne commandent plus aucun respect
ils ne commandent que la peur
il suffit de vaincre cette peur
il ne suffit pas d’avoir de l’uranium enrichi
pour faire exploser une bombe atomique
il faut avoir la formule permettant
la réaction en chaîne
un peuple
n’affronte pas tous les aléas et les risques
potentiellement terribles pour lui d’une
révolution
simplement parce que la société est injuste
il faut qu’il soit parvenu au
sentiment
que cette injustice est
illégitime
intolérable

 
→ + → il y a ceci → écrit cette nuit à un ami et que je voudrais aussi partager avec toi → ceci → par quoi je lui expliquais trouver quelques forces → paradoxales → oui → quelques forces à ne pas me sentir seul dans cet état de faiblesse et d’abattement → ne sachant si je devais le déplorer ou si au contraire il n’était pas complètement crétin de penser que c’était par là → que c’est → par là → dans ce fait-là de ne pas me sentir seul → dans cet état de faiblesse et d’abattement → par là qu’une force encore mal définie peut commencer à se former. Une force → qu’il va bien nous falloir un jour ou l’autre nous décider à vivre. Une force → qu’il va bien nous falloir un jour ou l’autre nous décider à mettre en œuvre. Et. Nous décider à la mettre en œuvre avec joie. Oui. Et non plus avec cette rancœur et cette rage que nous qui ça ? ne connaissons que trop. Je t’avoue qu’aujourd’hui je me sens incapable de la moindre action, et, dans le même temps, quelque chose en moi reste confiant. Oui. Confiant + persuadé → qu’un passage est possible, et surtout : vivable. Un passage ouvrant à ce que plus personne n’ose nommer → amour → et pourtant → de quoi d’autre peut-il bien s’agir. Je reste confiant → par un point que je ne parviens là encore pas à définir précisément → mais → c’est un point qui tient. Il tient par ce trafic que nous savons actif pour l’heure en souterrain, et qui demande à vivre au grand air. Ok. Il va nous falloir → maintenant → tout simplement accéder à la vie. Quelque chose comme ça. C’est-à-dire → il va nous falloir naître. Et je te prends à témoin. Il n’est jamais trop tard. Il est possible de naître. Il est possible de vivre. Et cela est possible → grâce à quelques compagnies, dont la tienne. Oui. Quelle qu’elle soit. Quelle qu’elle devienne. Cela est possible par ce trafic par lequel nous nous lions. Ce trafic, oui, j’insiste, ce trafic d’amour. Ce trafic de corps, de parole, de possible joie. De joie possible. Ce trafic ouvert à quelques libérations qui trépignent. Ce trafic. De quelque liberté enfin effective. Je te fais aujourd’hui le pari d’un accès à une vie libre. Pas moins. Et les ricanements de la petite mort, je les entends, et je suis bien conscient → autant qu’il m’est possible de l’être → je suis conscient que ce pari ne vaut, ne vaudra, ne saurait valoir : que si nous savons le peupler. C’est par là, dans ce nous. Par là → dans l’effort permanent de ce nous à ne confisquer la voix de quiconque. C’est par là → que palpite ce qui fait tenir. C’est par là que palpite le vivant de celles et ceux → qui parlent et se parlent et qui peuplent. Chère Angela. Je te dis à très bientôt. Ernesto.
 
 
 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

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